Précis d'argot sur le Hasch

L’univers d’un vocabulaire

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Si tu t’es toujours demandé ce que pouvait bien être le Haschisch, tu tombes bien ! Veinard. Peut-être bien que tu ne l’as pas entendu sous cette appellation, mais une autre, plus obscure, sous la forme d’un mot étrange et mystérieux. Nous reviendrons sur son histoire lors de prochains articles. Pour l'heure accroche toi à ton siège, tu vas devenir un "street-linguiste".Sache que pléthore de mots d’argot désignent le Haschich. L’argot, la langue des voleurs, dissimule le message qu’on veut faire passer en employant un terme inconnu à celui qui voudrait réprimer l’interaction en cours, et ceci pour qu’il ignore ce qui est en train de se passer.Au regard de l’histoire, le Hasch étant quelque chose d’hors la loi et introduit sous la forme que l’on connait en Occident depuis relativement peu de temps, on le retrouve dans de nombreuses expressions récentes (au même titre que de nombreuses autres drogues squattent les dicos d’argot pour la même raison). On cherche à cacher ce mot, pour en faire quelque chose que seuls les initiés peuvent connaître, demander, et de facto chercher et trouver.L’influence non négligeable du nord de l’Afrique dans sa culture, a également permis d’enrichir les termes qui le désigne, ce qui explique un certain nombre de mots dérivés de la langue Arabe.Tu as pu entendre parler du Hasch sans le savoir ; c’est la magie des figures de style venues de la rue qui transforment le terme sans cesse pour qu’il t’apparaisse toujours méconnaissable. Faisons donc un catalogue des appellations les plus populaires, couramment employées ou significatives, afin que l’on sache de quoi on parle.

"Du taga taga à ve-her"

On parle vulgairement de « Shit » (qui en verlan donnera « Teushi », continué en « Teuteu », abrégé en Teush), anglicisme qui désigne la « merde ». Cela s’explique très simplement par les différents composants qui peuvent être ajoutés à la drogue (Caoutchouc et solvants, pour les cocktails bien dangereux, henné ou diverses crèmes, produits…), comme à cause de sa couleur et sa consistance qui pourraient aisément rappeler de la merde.

Un bidon de solvant, un tapis de yoga (c'est un rouleau de caoutchouc, ndlr), et de la crème Nivea.

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Les hispaniques parlent de « Chocolaté » en désignant la même matière ; un peu plus glamour ces espingouins.On parle également de « Hasch », comme évident diminutif du Haschisch, son nom originel dont l’explication est plus que fumeuse, mais patience, nous y reviendrons.Le terme s’est indéniablement transformé des milliers de fois, et il y a de fortes chances que si vous dites « kiffer » quelque chose, vous fassiez un écho lointain et inconscient au « Kif » (petit nom des plants séchés dont on a extrait la résine dans les pays producteurs comme le Maroc). On peut rappeler l’existence dans l’art orientaliste des fameux fumeurs de « Kif » ; ces anciens qui mélangent la plante séchée et du tabac dans une pipe nommé « sibsi ».On le désigne aussi par la région dont il provient ; on parle alors de l’afghan, du libanais, du marocain, du népalais… Les propriétés, notamment la couleur, la consistance ou les effets, ne sont pas les mêmes. La préparation de la drogue emprunte des voies différentes selon la région où elle est produite, ce qui explique des différences. Ceci étant, dans un commerce sous le manteau, illégal et s’assimilant à un trafic, il est difficile de pouvoir faire ces distinctions.

Elles n’ont pour ainsi dire pas lieu d’être et les termes sont aujourd’hui anecdotiques (à moins que tu bouges au Népal pour pécho).En fonction de sa couleur, on peut parler du « Marron », comme on reparlera de la « Verte », les deux produits du « Cannabis » (petit nom latin du Chanvre). On peut aussi parler de Chocolat, ou indifféremment de Matos, de Tosma, de Cons’ (diminutif de consommation), pour qualifier le Shit.Le millier de mots existants pour désigner le joint, moyen classique et ordinaire de fumer la substance, désigne aussi indirectement ce qui s’y trouve, vous avez donc pu entendre d’autres choses encore qui contenaient à priori du Shit ; le Niax (Synonyme de Joint), le Maroc (Manière de rouler, avec pour filtre le bout d’une cigarette remplaçant le Carton, « Tonc » ou « Toncar »), le Bob, le Oinj, le Teh (ou Ter, vient de l’arabe « Terma », signifie Pétard), le pet (diminutif de pétard), le chichon, le bédo, le spliff, le tarpé, le pilon (qualifie en l’espèce aussi bien la substance que le Joint qui sert à la fumer)... 

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Il est bon de savoir que nombre de ces termes sont générationnels. Parfois, on se les passe d’une génération à une autre, pour les plus populaires d’entre eux. Parfois ils meurent, disparaissent ou demeurent exploités par des anciens. Un vieux teufer vous apprendra sûrement deux trois mots pour parler de la même chose que vous ! On peut aussi qualifier le Haschisch en fonction de sa forme ou de sa taille.Ainsi la « Barrette » désigne la forme que prends le Shit, une petite barre sur laquelle on prélève un joint.On peut parler de la « Plaquette », de la « Quette-pla » si le format est plus conséquent. C’est pour être vendu au détail que l’on divise une plaquette en barrettes. C’est les noms par lesquels on désigne le produit conditionné pour la vente.La consommation courante, c’est le Douze, le « Zedou », c’est-à-dire 12 grammes de résine (autrefois l’équivalent de cinquante euros, aujourd’hui le fameux zedou est tronqué et fera plutôt entre 6 et 8 grammes).

Le zedou, de Busta Flex, grand classique du rap français.

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On parle aussi des « Boulettes », des « Queues de rats », pour qualifier la manière dont il est modelé par celui qui roule pour en faire un joint. On fait de petites boulettes avec la matière entre les doigts, ou une queue de rat, ensuite mélangée avec du tabac.Enfin, désigner le Haschich au regard de l’effet qu’il produit est tout aussi courant. Le ou la « Zetla » signifie l’extase dans un dialecte Maghrébin et désigne la drogue en général.Pour en finir sur les synonymes, on parle de Taga, de Chira, de Tchernobyl (ou tcherno, en référence à la centrale ukrainienne, désigne du Shit de mauvaise qualité)…Il porte parfois un nom à part entière, reposant par exemple sur son procédé d’extraction (Comme « l’Ice-O-Lator », ou le « double zéro » aka « 00 » à cause du tamis sur lequel on récolte la résine frôlant dans la légende 0 micron), parce qu’il est un produit à part entière (Cas du King Hassan à Amsterdam), en l’honneur de la région qui le produit (Kétama, région historique de production au Maroc), ou ses propriétés particulières (Primero, Hia, Tibsla…).Comme tu le vois, la rue, la culture de quartier, et les consommateurs outre-méditerranée se sont approprié la substance. Ils en font par nature une partie de leur quotidien, la nomme et l’utilise pour ressentir les effets qu’elle produit. Il y a donc un monde du Haschich moderne, très uniformisé là où il est exporté et illégal malgré le nombre de mots qui le qualifie. Mais le Haschich ne date pas d’hier, et de petites précisions quant à son histoire s’imposent.Nous verrons plus tard les affres de la longue histoire de ce stup' dans le monde.

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