Victor Lustig, l'homme qui vendait la tour Eiffel

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Aujourd'hui, brève biographie d'un escroc pas comme les autres. Qu'est-ce qu'une escroquerie ? Bonne question. L'article 313-1 répond avec franchise: "L'escroquerie est le fait, soit par l'usage d'un faux nom ou d'une fausse qualité, soit par l'abus d'une qualité vraie, soit par l'emploi de manœuvres frauduleuses, de tromper une personne physique ou morale et de la déterminer ainsi, à son préjudice ou au préjudice d'un tiers, à remettre des fonds, des valeurs ou un bien quelconque, à fournir un service ou à consentir un acte opérant obligation ou décharge."

L'idée est donc de tromper, de manœuvrer à la défaveur d'un individu crédule, afin de lui sous tirer quelque chose.Naturellement, on peut aussi se demander quelle savate promet le code à celui qui s'y prête. La réponse est la suivante: "L'escroquerie est punie de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende.".Alors parlons d'escrocs.Lustig c'est un type qui se faisait passer pour un "comte". Eduqué, habile dans le maniement des langues étrangères et faussaire de profession, il a une belle carrière de roublard.Aux États-Unis, dans les années 20, à la belle époque des bootlegers et sous le règne de Capone, le rastaquouère s'impose progressivement. Au début il vendait de mystérieuses petites boîtes. De la taille d'une boîte à chaussure vous y introduisiez un billet de 500 dollars, puis vous n'aviez qu'à attendre dans le salon en profitant d'un repas avec ce brave Victor pour voir votre capital grandir. Quelques heures plus tard, deux billets identiques sortaient de la boîte. Vous demandiez alors, émerveillé, combien pouvait bien couter cette machine.

En roue libre vers une richesse éternelle, vous confiez alors une somme importante à Lustig pour la posséder. Après quoi, il se volatilisait avec votre pognon avant même qu'un second billet soit sortit de la petite machine.Le mécanisme de départ abritait un billet de 500 dollars, et mettait quelques heures à "l'imprimer". En réalité, il le faisait simplement sortir pendant que Victor vous enfumait à vos frais. Une fois la boîte vendue au pigeon, le temps que vous vous rendiez compte que la machine ne pouvait produire qu'un seul billet, enflé par un maître dans cet art délicat, Lustig avait déjà trouvé un autre pigeon dans un autre état américain.
On raconte même qu'un shérif, intéressé par ce mystère de prime abord, retrouva Lustig des semaines plus tard pour lui flanquer la rouste de sa vie. Mais l'escroc est parvenu à mettre la faute sur lui, à rendre son pigeon docile en lui démontrant l'ampleur de sa méprise. Le shérif n'aurait pas suivit les conseils de Lustig.En gage de bonne foi, il lui offra une nouvelle boite et une poignée de faux fafiots, lui réexpliqua, et prit la tangente avant que le shérif ne comprenne que deux fois avec la même douille, c'est légèrement humiliant.

Riche de son succès, il se dirige vers l'Europe. Il prend une chambre au Crillon en Juin 1929, retrouve un complice et médite une nouvelle escroquerie. Il s'avère que le président Gaston Doumergue en personne ne veut plus voir cette Dame de Fer mutiler le paysage parisien. La rumeur veut que la bête soit désossée et vendue.L'escroc va donc réunir des ferrailleurs, en se faisant passer pour un représentant de l’État. A deux reprises il leur propose d'investir dans la déconstruction de la Tour Eiffel, vantant ainsi les juteux bénéfices d'une revente au détail de cette belle bête.Le fer qui la compose sera vendu en gros par la France, pour rien, et cela doit se faire en secret, sans scandale. Les hommes sautent sur l'occasion, et Lustig brade la Dame de Fer.Et pour cause, André Poisson propose un pot de vin au brave "fonctionnaire" pour se réserver le deal. En échange Lustig lui propose la légion d'honneur, car il rend un fier service à la Nation. Lorsqu'André vient exiger son droit, on lui rit au nez si fort qu'il ne dénoncera pas Victor et ne révèlera jamais le montant de la vente.Lustig tentera un doublé, mais son second pigeon le dénoncera cette fois et il devra plier bagage rapidement.

De retour aux États-Unis, il est impliqué dans une affaire de fausse monnaie. Malgré ses pirouettes, on retrouve sur lui la clé d'une consigne. A l'intérieur d'un placard de Times Square sont planqués des fausses petites coupures ainsi que des clichés pour fabriquer de la monnaie.Suite à une petite cavale de 27 jours qui débute la veille de son procès lorsqu'il s'évade avec ses draps (Old School Thug), il est condamné à 15 ans de prison. Il finira ses jours à Alcatraz, avec comme compagnon de cellule Al Capone. Bien qu'il l'ait autrefois allègrement escroqué, il occupa le rôle de comptable dans son organisation mourante.Comble de l'élégance ou nostalgie quelconque, dans sa cellule, le combinard avait en face de lui une photographie de la Tour Eiffel, sous laquelle était inscrite la mention suivante: "vendue 100 000 francs".