Mais dites-voir, c'est quoi un CannonBall ?

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fast and furious

 Le Cannonball, tu ignores complètement ce que c'est. Avoue-le.En revanche, Fast and Furious, ça va te parler... tout naturellement.On peut traduire ça par "Boulet de canon". Mais non, on ne va pas parler de Jack Sparow ou d'autres vieux corsaires avec des chicos en bronze. En revanche, il sera plus question de types qui font passer Vin Diesel et sa Mustang à 17 vitesses pour deux limasses stéroïdés.Fast and Furious ressemble à un spot publicitaire pour une marque de frein à main à côté d'un mythique Cannonball Baker Sea-To-Shining-Sea Memorial Trophy Dash (Oui, c'est le nom complet de l'évènement).Quel est le topo du Cannonball ?-Faire New York-Los Angeles le plus vite possible pour honorer la mémoire d'Erwin Baker.

Quelles sont les règles du Canonball ?
-Aucune restriction (Tu viens avec le véhicule de ton choix).
-Aucune règle (Tu fais ce que tu veux, notamment en matière de vitesse; si tu te fais gauler, c'est toi qui paye la prune).
-Aucun itinéraire particulier à emprunter pour relier le point de départ et d'arrivé.
Une Course effrénée : 5000 bornes de course sépare alors le Ballon Rouge, garage New Yorkais, et le port de Redondo Beach en Californie. A titre d'exemple, un voyage Brest (Bretagne, France)-NY City (USA) représente 5382,47 kilomètres. Un avion de ligne met 7h47 à survoler l'Atlantique en partant de Paris pour rejoindre New York.La course a été organisée en 1971 (deux fois; un premier voyage test et la première vraie course), en 1972, puis en 1975 et 1979. Il fallait une invitation de l'organisateur pour y participer. Il semble que le cinéma ait très largement inspiré le deux créateurs de cette course, ce qui explique précisément que son déroulement (comme les quelques images de cette dinguerie) soit très proche d'un format cinématographique.

L'histoire a connu des adaptations, et est devenue une licence dans les années 1980 que les plus vieux connaissent probablement.Il s'avère que ce premier format cinéma a privé Yates, le créateur de la course, d'une adaptation de son projet sur grand écran. Il sera plus tard le scénariste de la saga Cannonball.On imagine très bien l'excitation du pilote au volant de son bolide, rendu quasiment invulnérable par la vitesse. Il possède à l'intérieur de l'habitacle une CB (pour communiquer avec les autres) et un brouilleur pour bombarder le plus vite possible d'un bout à l'autre des US.Lors des éditions, pas d'incidents majeurs à l'exception d'un bras cassé.Les participants protestent contre les limitations de vitesse et donne un caractère politique à cette course.
Le but est franchir un pallier, toucher du bout du pied en enfonçant la pédale un plafond de verre. Celui ci sera allègrement explosé, popularisé, et deviendra un mythe.Dès la première édition des pros et des semi-pro concourent au titre d'homme le plus rapide, sur les routes du pays, dans l'illégalité la plus totale. Les bolides doivent faire leur score aux éditions, et la maison Ferrari est officieusement représentée par l'initiateur du projet; Yates.Le record absolu (de la course "officielle") est de 32 heures et 51 minutes pour parcourir tous les États-Unis.Le délire de la course illégale à haute vitesse était lancée.


https://www.youtube.com/watch?v=uY_7ofmgdh8
"I've no respect for the 55 miles per hour limit"

C'est sur ce mythe continué maintes et maintes fois que les films à l'américaine vantent la vitesse, les gros gamos et les chauves aérodynamiques. Le délire du milieu underground, où on se retrouve devant un garage vers minuit-1h avec d'autres narvalos équipés de chars nucléaires et d'une copilote à peine vêtue. On est en plein dans le pitch des 8 Fast and Furious, bien que la trame de fond soit teinté de terrorisme international, de hackers sous redbull ou d'anciens catcheur sous amphèts. L'histoire qu'on nous raconte est à chier; formellement tout est pompé sur les films Cannonball, et les films Cannonball sont eux mêmes pompés sur le Cannonball.

https://www.youtube.com/watch?v=GgmaFPR17qY
"God is our co-pilot"

Mais si on se penche sur le versant criminologique du délire, ça fait avancer quoi ?Lorsqu'on considère cette infraction comme volontairement planifiée, en l’occurrence dans une logique de compétition (voir de démonstration de force, ou de geste à la connotation politique), cela prends un tout autre sens. Dans ce type très particulier de transgression, on observe d'une part la remise en question politique de la valeur protégée, et d'autre part la théâtralisation d'une extravagance. Cette dernière répond d'une performance, quasiment d'une prestation, où le pilote doit maitriser le véhicule. Un exploit d'une rare qualité au regard des conditions (trafic, chronométrage, concurrence), qui épouse la forme d'une transgression évidente de la loi. Mais, elle demeure très étrange.

Cette passion pour la vitesse pourrait très bien être le marqueur d'une sorte de pathologie. Dans le besoin de se déplacer rapidement pour se sentir bien (au même titre que d'autres doivent grimper tous les sommets comme le stégophile) ou tout ce qui bouge -comme le nymphomane-, ou comme une addiction pour les comportements dangereux qui procurerait un malin plaisir.Plus simplement, aller vite c'est maitriser son environnement. C'est une composante de notre force. On retrouve des animaux très rapides dans la nature, et la vitesse semble être un domaine où l'homme prends du plaisir à se complaire. Encore une fois, elle est de mise dans de nombreuses performances, fait parti de notre esprit de compétition voir demeure le but ultime; faire un bon temps.Cette caractéristique permet d'éviter le prédateur (ndlr, si t'es perdu dans la jungle), ou d'en demeurer un.

En ce sens, il y a une véritable atteinte faite à l'organe répressif lorsque celui ci ne peut pas physiquement intercepter un individu. Ce jeu du chat et la souris motive le compétiteur, bien sûr. Mais il permet aussi de lui échapper.On connait tous le principe d'un "go-fast". On charge dans un puissant bolide, des quantités industrielles de drogues sur une plage espagnole, et l'équipée maudite trace jusqu'à une zone urbaine dans l'hexagone. Bien que les forces de l'ordre disposent des fameuses Subaru et d'une poignée d'excellents pilotes, il en faudrait parfois plus. Nous sommes donc aussi en présence d'une technique comme une autre, une stratégie fondée sur la performance.

A côté de ça, il règne un besoin d'appartenance, un esprit de communauté. On ne peut pas plus faire plus underground et classe qu'une course secrète. Tu ramènes ton bolide et tu sillonnes le pays de part en part pour arriver premier. C'est déjà une émulation suffisante, au delà de toute considération foireuse sur la Psyché des Vin Diesel des années 70. C'est une réunion, un club privé, sinon secret, qui organise et planifie le passage à l'acte avec des techniciens de la grande vitesse, doublés de compétiteurs. Des spécialistes en bande organisée prêt à tout pour se disputer la première place.Enfin, presque prêt à tout. Comme chez n'importe quel groupe de malfaiteur, des codes existent. Sur le principe des "Gentlemans agreements", il est interdit d'avoir recours à la tricherie, comme cacher une copie conforme de sa caisse à l'arrivée pour faire genre que tu allais plus vite que les autres.

Est-ce qu'on a déjà connu des bandits "too fast too furious" ? On a déjà connu des bandits habiles au volant d'un bolide. Pour commencer, une bonne partie des bootleggers commençaient chauffeur ou garde du corps avant de prendre une place plus significative dans l'organisation. Al Capone et Tonny Acardo semble s'être transmis le charisme du chef de meute en étant formés de la même façon; chauffeur, puis garde du corps. Se faire conduire par Capone au cabaret, ça devait être quelque chose.Un Belge, Kapllan Murat (né en Italie le 25 mai 1962), est aussi entré dans les annales pour être le "Roi de l'évasion" et "L'as du volant" lors de ses célèbres cavales. Il est aussi, pour l'anecdote, un homme réinséré qui vit aujourd'hui encore avec une bastoze de gendarme derrière le céphalé.
A l'occasion d'un vol de petite ampleur sur un parking, les forces de l'ordre lui tirent en plein visage lorsqu'il tente de prendre la fuite en voiture.

 Enfin, et non des moindres, si vous aimez la vitesse, laissez moi vous introduire le Prince Noir. A l'époque, une émission d'investigation en avait le sujet d'un de leur reportage. On le voit bombarder sur le périph si vite qu'il en fait le tour en une vingtaine de minutes.

https://www.youtube.com/watch?v=A5hL1zuq-tY

A côté de la magie des images jaunies démoulées par les vieux tubes cathodiques, les punchlines de la voix off valent le détour. "Pascal a rendez-vous avec la mort.", Sacré Pascal.On voit bien ici la dynamique de bande, de jeu et la logique de performance. Jouer les trompe la mort à ce moment là représente un plaisir. Le circuit sur lequel on pourrait produire ce type d'exploit est dénué du charme de l'interdit. A cette vitesse, pour Pascal, la moindre erreur veut que la seule chose qui resterait de lui soit une trace. Une trace longue de deux cent cinquante mètres et un morceau de moto sur le bas côté.Cette ivresse de la vitesse est passionnante, et constitue un versant de la street-culture, popularisée dans pléthore de navets depuis les années 70.On a un peu oublié qu'au départ, la crédibilité des pilotes dans ce type de film provient de prouesses interdites qui ont eu lieu sur nos routes.

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