L'incroyable histoire de Marty; le mangeur de weed.

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Quincey_-_Confessions_d'un_mangeur_d'opium,_trad._Descreux,_1903.djvu
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Tu ne connais pas l'histoire de Marty ? Le mangeur de Weed de San José ? C'est pourtant un drogué qui mérite de ne pas être oublié !Au même titre que Baudelaire, Gautier, Moreau et Quincey avant eux, Marty est un grand dans le milieu des psychotropes. Les histoires de drogués sont nombreuses et toujours très particulières.Les célèbres Confessions d'un mangeur d'opium, écrites par Thomas de Quincey et publiées en 1822 (bien qu'elle soit d'abord anonymement publié en 1821), racontent la vie de l'auteur, dévoré par son addiction au Laudanum (Vin d'opium).Dans les Paradis artificiels, Charles Baudelaire lui consacre des pensées et rapporte l'histoire de ce jeune homme incroyable. Il intitule son chapitre "Un mangeur d'opium", et propose en ces termes une étude intéressante; "Si des natures grossières et abêties par un travail journalier et sans charme peuvent trouver dans l’opium de vastes consolations, quel en sera donc l’effet sur un esprit subtil et lettré, sur une imagination ardente et cultivée, surtout si elle a été prématurément labourée par la fertilisante douleur".Nous serions en présence d'un fantasme de la littérature, un drogué atypique. Quelqu'un qui ne répond d'aucun stéréotype, et qui tombe malgré lui dans une addiction terrible. Thomas de Quincey, découpe lui même ses mémoires en phases. Elles sont classiques et portent d'abord sur le plaisir, le début de la consommation. Ne viennent qu'ensuite les souffrances inhérentes à sa consommation, peuplé d'horribles constats son récit est lucide sur la condition de l'accoutumé, du dépendant. C'est, somme toute, ce qui le rend fascinant et intéresse ainsi Baudelaire et De Musset qui vont partiellement traduire ce récit de l'anglais.Mais Marty n'a rien à voir avec de Quincey, sinon un profil plus atypique encore de "Mangeur de Weed" et non d'opium. Cette histoire est rapporté par Dr Ronald K.Singer dans son ouvrage sobrement intitulé "Les Paradis Artificiels" (copy pasta de bon goût).Le Dr.Ronald K.Siegel, psycho-pharmacologue aguerri et professeur raconte qu'en 1974 il rencontre un cas très suspect. De la Marijuana confisquée par la police de San José en Californie disparait. Les sacs sont éventrés et systématiquement vidés d'une partie de leur contenu. A San Antonio, d'autres suspects opèrent, et les journaux commencent à narguer la police. On commence à imaginer les scénarios les plus fous, et l'extravagance de l'histoire veut que les locaux de la police abrite des "Sabbats de rongeurs". Dans la culture populaire, le sabbat n'est rien d'autre qu'un rituel de sorcières, et on commence à spéculer sur d'éventuel orgie de grignoteurs.Dans l'état d’Oklahoma, on finit par interpeller un suspect au petit matin, à l'intérieur du dépôt, qui titube sur le sol. Il pèse moins de 30 grammes et semblent radicalement défoncé. Le mulot en question est baptisé Marty. En quelques temps seulement, il avait creusé un réseau de galerie élaboré dans les sacs de marijuana confisqués. Il possédait un "quartier général" à l'intérieur d'un carton où il pouvait se planquer, bien peinard. Il s'est fait avoir par un piège, préparé par les forces polices, qui contenait un appât maison.

La recette de celui ci reposait sur une quantité agréable de beurre de cacahouète mélangée à de la marijuana; autant dire l'ambroisie de ce mulot foncedé.Il a été recueillie par la police, et le tribunal de San José le condamna à servir de mascotte à vie. Ce dernier était un grand fan de graines de marijuana et le Docteur Ronal K.Siegel va l'étudier un temps en laboratoire.La graine ne modifiait pas son comportement tant qu'il possédait à côté de la nourriture classique. Beaucoup d'animaux, parmi lesquels on compte les rongeurs et les oiseaux, raffolent de ces graines. Mais à court de bouffe normal, Marty s'est attaqué aux tiges et aux feuilles de la plante pour y puiser de précieux nutriments malgré leur goût dont il raffolait moins...Une fois en captivité dans une cage confortable, disposant d'une pipette d'eau fraiche et d'une roue pour faire de l'exercice, le mulot est observé après avoir été mis au régime: rien d'autres à manger à part de la weed ! Le psycho-pharmacologue rapporte que le rongeur "développait une stratégie alimentaire prudente" en commençant par les graines avant de s'attaquer aux restes de la plante (les feuilles en dernier) pour y tirer des nutriments et ainsi assurer sa survie.

Son comportement se trouve impacté quand même, malgré sa consommation dites "prudente". Il est nettement moins actif, diminue son exercice à l'intérieur de la roue et se présente souvent d'humeur plus capricieuse. On nous rapporte qu'il se désintéresse totalement de la femelle qui occupe la cage avec lui, et on suppute que Marty soit le sujet d'hallucinations.A l'issu de l'expérience, Marty reprends un régime normal composé partiellement de marijuana. Il ne s'attaque dès lors, qu'à la plante que ponctuellement pour retrouver les sensations provoqués par la drogue. Le docteur est sceptique, et est tenté de conclure que ce brave Marty utilise la plante comme une nourriture, tout en manifestant des comportements de drogués qui cherche à redécouvrir sans cesse un état singulier.

D'autres animaux, comme les mangoustes, sont des fléaux pour les cultivateurs de cannabis qui se heurtent à des raids incessants de ces bêtes raffolant de leurs plants.Marty sera finalement reconduit à San José pour purger sa peine et devenir la mascotte de la police local.Dans son ouvrage le psycho-pharmacologiste explique que les rats sont aussi d'excellents suspects pour expliquer les carnages qui ont lieu la nuit dans les plantations. Les oiseaux seraient particulièrement doués pour extraire les graines des cosses, et les poissons en raffoleraient également. A ce titre, après avoir mangé des graines, le perroquet serait plus bavards, le rossignol se mettrait à chanter, et la totalité des piafs ressentiraient une ivresse qui les mettent en confiance. En confiance au point de sensiblement les exciter sexuellement; les Grecs avait déjà remarqués les propriétés aphrodisiaques de la graine, et les oiseaux semblent au courant.

Les chevaux, les daims, les sauterelles... Les animaux se nourrissent vraisemblablement de la plante lorsqu'ils en ont l'occasion. Au total ce serait près de 2000 espèces d'animaux qui consomment de la gnôle ou des narcotiques. On rapporte parfois l'anecdote d'éléphants qui se murgent à plusieurs en buvant des litres d'eau mélangés à des fruits macérés dans une fosse. D'autres comme Marty préfèrent la verte...Le plus amusant dans tout ça, c'est que la plante elle même, dans son développement, se protège des prédateurs. Les tiges deviennent plus dures et fibreuses, ce qui dissuade le rongeur. Enfin, l'odeur caractéristique de la plante vient également empêcher les animaux de s'en nourrir. Produite par des glandes qui protège le fruit, non moins de 17 substances chimiques génèrent une senteur toxique. Les quelques humains errants dans un champs géant, comme les paysans, seraient frappés "de vertiges, de maux de têtes voir de crise de délire".Les romantiques ne sont donc pas les seuls à s'intéresser à cette plante, puisque ce brave Marty s'en est gavé dans un paradis pour rongeur: le local des scellés de la police de San José.