Histoire et culture du Haschich

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Tu désires en connaître un peu plus sur ce produit stupéfiant ? On te fait une synthèse ma caille !

Tu peux retrouver notre premier article à ce sujet ici: https://iter-criminis.com/precis-dargot-sur-le-hasch/La légende veut que l’étymologie du mot Haschich ait pour origine les Nizarites. C’est une hypothèse, qui semble assez peu crédible tout de même (quand bien même le mot viendrait bien de là, la légende qui enrobe le terme demeure très incertaine). En principe, le mot « Assassin » serait une dérivation de « Hashishiyyin », mot persan désignant les fumeurs de Haschich. Une secte de tueurs à gage, celles des Nizarites ou Hashâchines, verrait son chef doper les hommes sous sa coupe avec du Hash. Après cette ingestion ils errent dans des jardins luxuriants, et parviennent à se convaincre que la mort les conduirait à nouveau dans ces lieux saints. La mort ne serait donc plus à craindre et l’état dans lequel la drogue les plonge permet de les reformater, de les convaincre d’accomplir des volontés diaboliques. Cette mystérieuse mixture fait office de potion magique et figure dans les petits papiers de Marco Polo, qui nous rapporte son témoignage ;

Sous son emprise, les hommes accompliraient la volonté de leur maître. Cette dépendance les conduirait à commettre des assassinats politiques dans le monde entier. Le terme sera repris plus tard dans la langue Italienne, « assassino », pour désigner les tueurs. Cela met en lumière une proximité entre la drogue et la qualité de meurtrier, et demeure l’étymologie la plus « communément » admise.

Or, il apparait que cette proximité est probablement dénuée de sens. Si le terme « Hashishiyyin » désignait bien les consommateurs de Haschich, le lien avec les assassins Nizarites semblent un peu fortuit. Les sources qui nous rapportent la légende sont pour partie biaisée, et la logique voudrait que tout cela n’ait aucun sens. Le témoignage de Marco Polo est amoindri quant à sa véracité en raison de son caractère tardif, mais aussi de ses descriptions incohérentes. Quant aux renseignements qu’il fournit relativement à l’éducation, sinon le conditionnement, des « fedayin » (assassin de la secte), il ne fait pas mention stricto sensu du Haschich. On pourrait cependant reconnaitre l’opium, ou d’autres substances…

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En sus, les propriétés du Haschich ne sont pas de nature à formater un esprit et de le préparer à tuer, comme à respecter aveuglément les directives d’un maitre ou aliéner son consentement. Il n’est pas non plus de nature à conférer des capacités surhumaines, à altérer la conscience au point d’ignorer les conséquences de certains actes, ou que sais-je encore. Très clairement, le  « bon shit sa mère », ne dispose d’aucunes propriétés pharmaceutiques susceptibles d’aider dans la tâche de l’assassinat politique. Il existe assurément des mixtures plus indiqués. Dès lors, la parenté entre les deux termes ne semble qu’être le produit d’une confusion.

Il est à ce titre tout à fait possible que les adeptes de cette secte soient tout simplement des fidèles, empreint d’une ferveur qui laisse pensif et stimule l’imagination. Il est possible que leur éthique et leur discipline provienne de la foi, dans laquelle il plaçait les fondements de leur éducation. Le terme aurait été mal compris, puis transformé. Il n’y a vraisemblablement aucune parenté réelle entre le Haschich et l’assassinat, mais leurs histoires sont étroitement liées pour d’obscures raisons.

Cependant, le « vieux de la montagne » était un dignitaire religieux, dans la forteresse d’Alamut (« le nid de l’aigle »), responsable d’une secte Ismaélienne (branche du chiisme), et voulait convaincre de la véracité de son interprétation de la religion. La confusion sémantique entre assassin (terme qui désignait en fait les « Sarazins ») et Haschischin (terme qui désigne en fait un groupe de fondamentaliste religieux) a de quoi étonner.Bernard Lewis a longuement étudié la question, et il est probable que le Haschich ne soit en rien responsable de ces exactions fanatiques. La préparation que prenait ces guerriers était en revanche enrichie de dérivé des solanacées (famille de plantes psychotropes, parmi lesquelles on compte la belladone, la datura, la mandragore…), avaient des visions extatiques du paradis.Ce lien n’est donc qu’une pure fantaisie et une création des orientalistes du 19ème siècle. (Passage extrait de l’histoire du Haschich sur France Culture)

Le nom de « Hashishiyyin » n’aurait dont rien à voir avec le Hash ! Aucune secte fantasmagorique ne se serait servie de la substance pour commettre d’horribles assassinats politiques ou d’exactions terribles dans les vallées de ce lointain pays.

Mais alors qu’est-ce que c’est que le Haschich bordel ?!

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Au sens littéral, c’est une « herbe » en Arabe (générique, agricole), et une préparation à base de Cannabis. La plante en tant que tel trouve son origine dans l’Himalaya indien, et aurait été diffusé dans le monde entier au gré des guerres, des échanges, des contacts entre les civilisations. D’abord populaire en Asie, puis en Afrique, en Europe, et enfin en Amérique (Georges Washington en personne en avait dans son jardin et ordonna que l’on plante du Chanvre, autant que faire se peut).

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Le chanvre a d’abord été consommé comme ça (sous une forme non transformée, par divers mode d’absorption), dès l’Antiquité, pour ses propriétés évasives, mais sa culture s’attache à de nombreux impératifs. La plante est utilisé pour fabriquer des cordages (essentiel pour la navigation et les constructions afférentes, comme les voiles), dans le textile (sa fibre étant intéressante pour fabriquer de quoi se vêtir), et cache le secret du papier (qui sera transmis par des prisonniers chinois en Orient).Cette plante va se disperser partout, et même son usage médical n’est pas réprimé jusque très tard dans les pays qui en produisent. Charlemagne va même accompagner son développement et sa prolifération. Denrée stratégique depuis sa découverte, au cours du dix-huitième siècle, les nouvelles colonies accompagneront sa prolifération également (Aux Amériques, au Canada, par le biais de subventions, de régimes fiscaux dérogatoires…).

Pour mémoire, la première interdiction du Cannabis se fera en terre d’Islam ; en 1378 l’émir Soudoun Sheikouni va interdire sa culture et sa consommation. Quiconque sera pris en train d’en consommer aura les dents arrachées.

Napoléon en personne, lors de sa campagne en Egypte prendra par décret le 8 octobre 1800 des mesures visant son interdiction dans tout le pays à la suite d’une tentative d’assassinat intentée par un Egyptien sous son emprise.

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Durant le début de notre civilisation le Chanvre se popularise sans gênes, il demeure une ressource essentielle au progrès. En sus, ses apparitions se multiplient dans les traités médicaux, il trouve une véritable place aux côtés de véritables médications.

Ce qu’il convient d’être retenu, c’est que nous parlons ici de Chanvre (le Cannabis étant le nom latin et savant de la plante). Le Hasch, est un produit qui découle d’un traitement de la plante en elle-même pour en extraire la résine. Il arrive que dans des ouvrages du siècle dernier des confusions soient faites entre tous les termes, mais en principe le Haschich est la résine qui est extraite de la plante. Elle est ensuite ingéré par divers moyen, mais ne sera fumé que très tardivement dans son histoire.

Théophile Gautier relève que le Haschich se développe dans le monde arabe car le vin est proscrit par le Coran. On interdit tout produit susceptible de détourner l’attention. Les gens qui prenaient du Haschich étaient considéré par les juristes comme des libertins, des libres penseurs. Mais le produit est parfois mis en valeur, par les soufis notamment, qui crée une branche de l’Islam plus contemplative et encourage la consommation ; c’est un ingrédient positif. A l’inverse d’autres sectes musulmanes y voit une forme aigüe de sorcellerie.

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Le nom plus policier du Haschich, c’est la « résine de Cannabis ». En effet, le Taga, c’est de la résine. La résine végétale est une substance qui est secrétée par certains végétaux. C’est un liquide poisseux, avec des propriétés différentes selon la plante ou l’arbre dont on l’extrait.

A vrai dire, j’ignore lorsque la préparation a été mise au point, lorsqu’on a fait de la résine destinée à être telle qu’on la connait. Il apparait qu’elle était au départ promise à l’ingestion.La résine en tant que tel provient de différentes régions, avec différentes techniques qui se sont transmises et adaptées les unes aux autres. La résine est transformée, ou extraite de façon très différente selon la coutume. Ce que nous savons, c’est que le chanvre fait son apparition au Maroc au VIIème siècle, mais la production ne s’implantera à Kétama qu’au XVème siècle. Jusque-là, il s’avère qu’on avale le Haschich, on ne le fumera qu’ultérieurement.Il est possible qu’elle existe également sous la forme d’une pate destiné à être brulé comme de l’encens depuis des temps immémoriaux.

Enfin, on profite des effets du chanvre sans pour autant en arriver à la production de Hasch. En principe l’usage est interdit en tant que drogue, au même titre que le Vin, par le Coran. Si il ne fait pas mention du Haschich, c’est parce que sa rédaction est concomitante à l’apparition de cette plante en Orient.En revanche, des savants expérimentent petit à petit les effets du chanvre, notamment sous forme d’huile extraite de la plante. Tabari (839-923), exégète intéressé par la médecine, va employer les savoirs Grec (Materia Medica Dioscoride et De simplicium medicamentorum temperamentis ac facultatibus de Galien) traduit en arabe, relatifs à la question, pour développer la connaissance de la plante. Il faut savoir que les Grecs avaient déjà fait la même chose, leurs savoirs remontent à la mention du Qunnabu, Cannabis en Mésopotamie, que l’on peut rencontrer dans des textes qui datent du 18ème siècle Avant JC. La défonce, c’est une longue histoire.

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Mais on recherche des propriétés médicales au départ, et la « défonce » c’est une conception récente de l’usage du Cannabis. En Orient la résine élève, détend, apaise, ou soigne, elle n’est pas considérée comme aussi « récréative » et la pudeur rituelle qui entoure les modes de consommation depuis des siècles en témoigne. Les Chinois avaient découvert ses propriétés antalgiques, et les Arabes vont approfondir toutes les connaissances que l’on a de la plante. Ibn Masawayh va préconiser l’emploi de ces huiles pour réduire les inflammations de l’oreille, soigner l’otite. D’autres lui attribueront des propriétés vermifuges, des capacités réparatrices en matière de dermatologie…Dans le monde du Mythe, le Haschich va prendre sa place. Son ingestion est le ressort d’une intrigue des Milles et une Nuit, le Roi Oma s’en sert pour provoquer la somnolence de la princesse Abrizah.Cet onirisme va séduire l’occident et on va vite recherche dans ce produit quelque chose de semblable. Sa consommation va ravir le romantisme, qui vont faire usage de la pharmacopée pour dépasser le rigueur des classiques.

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Dans le monde du Mythe Européen, l’ingestion semble être le premier contact du Hasch avec le gentilhomme. Le premier à en parler, bien qu’on n’ignore point qu’il ait demeuré des amateurs de Haschich en Europe plus tôt, c’est Moreau de Tours dans son ouvrage « Du Haschich et de l’aliénation mentale ». Il va, dans les premières pages de son ouvrage, jusqu’à ôter le droit d’en parler à qui n’en a pas pris dans des quantités raisonnables de manière répétés (« L’expérience personnelle est ici le criterium de la vérité »).

Dans Du Haschich et de l’aliénation mentale, il voit la folie comme identique au rêve. Il y a là une conception bien singulière de l’égarement, qui trouverait une explication dans le chanvre. C’est la première « psychose expérimentale », avec pour sujet le Haschich. On en reproduira tout au long du XXème siècle, avec d’autres drogues, et Jean Paul Sartre se prêtera à l’expérience ; une injection de Mescaline, la drogue de l’imaginaire, dont il fera un livre. Ce qui fascine Moreau de Tour, ce sont les « petites morts de l’esprit », la « phantastica ». Il désigne le Haschich comme aussi populaire en Orient que la liqueur en Europe, ou l’Opium en Chine. On fait bouillir la plante avec du beurre, après évaporation il en reste un sirop qui passé dans un linge laisse une sorte de beurre. Il est « chargé en principe actif  et empreint d’une couleur verdâtre ». Si il ne peut pas être ingéré tel quel à cause de son goût « vireux et nauséabond », il sert de base à toute sorte de préparation ; nougats aromatisés, mais surtout le Dawamesk.

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Le Dawamesk est une pâte, une confiture verdâtre. « La plus usitée de ces confitures, le dawamesk, est un mélange d'extrait gras, de sucre et de divers aromates, tels que vanille, cannelle, pistaches, amandes, musc. Quelquefois même on y ajoute un peu de cantharide, dans un but qui n'a rien de commun avec les résultats ordinaires du haschich. Sous cette forme nouvelle, le haschich n'a rien de désagréable, et on peut le prendre à la dose de 15, 20 et 30 grammes, soit enveloppé dans une feuille de pain à chanter, soit dans une tasse de café. » Ecrivait Charles Baudelaire dans les Paradis Artificiels.

Bien qu’il eût détesté l’endroit et la compagnie, il apparait que Baudelaire fréquenta l’Hôtel Pimodan. Aussi connu sous le nom de Club des Haschichins, c’est Moreau de Tour qui en est le créateur. Ce que l’on pourrait assimiler à un salon (anglicisé en « Club » pour crâner comme des Lords) prend place chez un peintre, Joseph Ferdinand Boissard de Boisdenier. Les artistes, et les médecins se retrouvent (très lié à l’époque semble-t-il) pour faire l’expérience du Haschich. Ils dinent, puis avec un café à la mode orientale ils prennent une noisette de Dawamesk (environ 30 grammes) qui les plongent dans une torpeur profonde.

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Chacun écrira à ce sujet, Baudelaire (Les paradis artificiels), Théophile Gautier (Le Club des Haschichins) et quelques autres encore. Ils relatent leurs expériences, la compagnie et décrivent le lieu, le moment présent. Certains livrent des considérations philosophiques sur la question, voir médicale ou psychiatrique. C’est cela qui permet au Hash de trouver sa place dans la société au milieu du 19ème et de créer un certains nombres de mythes autour de la drogue. A l’époque elle n’est pas pénalisé, il est très facile pour eux de s’en procurer bien qu’elle ne soit pas populaire. Plus nous avancerons vers le XXème siècle, plus l’Etat va s’intéresser à ces questions sous l’angle de la santé publique.

Au début du siècle on compte 12 000 fumeries à Paris semble-t-il. L’Opium est la première drogue visée, puis le Hash, le poison Bosch (Cocaïne)… Dès la fin du siècle on commence à faire la guerre à ces substances. Cette lutte prendra forme en 1911, puis en 1916 avec des lois nouvelles prohibant les « substances vénéneuses » et les valeurs anti belliqueuse afférente. Il faut des hommes valident pour faire la guerre, et couper court à la rentabilité du Poison Bosch (fabriqué en Allemagne à cette époque). Ainsi le Haschich sera victime de ces exactions de parlementaire dans un monde en pleine croissance.

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Nous y reviendrons lors d’un second d’épisode pour connaître l’histoire du Hasch depuis le début du siècle dernier à nos jours !

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