C'est l'heure du du-du-du-du-duel: mais pourquoi au fait ?

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A l'ancienne, il y avait des règles pour régler un conflit. On envoyait la bonne au grenier chercher une mallette avec deux calibres, on faisait des pas dos à dos, et ça effaçait miraculeusement le problème de se déchirer la chaire tendre avec un bout de plomb projeté à grande vitesse.

Nous ne retracerons pas l'histoire du duel, ni sa légalité, mais mentionneront des faits visant à expliciter ses buts, son objectif. Le premier but est bien d'effacer miraculeusement un problème dans une violence concertée, encadrée et décidée.Miraculeux non ? Paradoxalement, le duel est une institution qui limite la violence dans la société. C'est une manière de résoudre un problème juridique, de l'ordre du droit pénal, entre concitoyens éclairés. On a là une mise en abîme d'une violence encadré dans la société. Cela rend le procédé assez charmant en lui conférant une allure respectable. Un contrat pénal, qui met en scène des duellistes; le vainqueur aura raison. La force est l'instrument de mesure des prétentions et le succès de l'action, revient à celui qui verse le premier sang.Le duel a eu une existence dans le droit et s’interprétait historiquement comme un contrat. On reparait à travers lui une "offense" et la provocation en duel n'était rien d'autre qu'une invitation. La notion d'honneur et de respect, sont au cœur de cette institution.

Ce "mètre de fer à la ceinture" était un gage de respect, d'autorité, et la bagarre figurait en bonne place pour maintenir un statut quo. Ceci dit, le droit encadrant la pratique, la sauvagerie a laissée place à une élégance intéressante, à des règles, une science, sinon un art du duel. On ne peut pas juste s'en foutre plein la gueule sans arrêt et dès qu'on est pas d'accord; l'Etat, n'a historiquement pas laissé faire ça.Étymologiquement, on parle d'une guerre à deux; un "duellum", qui vient de bellum, la guerre et de duo, deux. On retrouve le duel partout, de l'antiquité au moyen âge, jusqu'au Pont gris décrit par Théophile Gautier dans le Maître de chausson.Un pont parisien sur lequel on se retrouve pour régler un soucis du quotidien, un problème lié à des intérêts non convergents, ou une querelle attachée à une gonze. On se décide sur les modalités, on se demande si "il en va de tout", et puis on s'écharpe calmement.

Mais la violence a décrue jusqu'à la suppression de ce mode de résolution des conflits. On se souvient tous du "Trial by combat" dans GoT, et pour les plus fanatiques du Mak'gora dans l'univers de Warcraft. La tradition Orc les pousse à se foutre sur la gueule en un contre un, et cela confère une autorité, des droits. Celui d'être le chef, ou juste de gagner sa place dans la Horde. Ce sont des honneurs qui reviennent au vainqueur, car il a montré l'étendu de sa force. On voit bien en quoi le duel en appelle à moins de violence. Un Orc mécontent évite un choc de clan et réglant le problème avec un autre chef. Par la même, on permet à celui dont les arguments sont impossibles à faire valoir de se sortir d'une situation inextricable à la force de ses propres bras, ou à défaut ceux de son représentant; un champion.

On se souvient aussi d'Achilles contre Boagrius.

https://www.youtube.com/watch?v=Sq-uMIZGETs

Vous trouvez ça barbare ? Ce n'est rien a côté du Mensur. Le duel peut avoir d'autres buts que de réguler la violence en société, éviter une guerre ou réparer son honneur. On peut bâtir sa légende et sa carrière avec le Mensur.Dans les fraternités allemandes, cet exercice léger oppose deux duellistes lourdement protégés partout, sauf au visage (à l'exception des globes oculaires et du cou, quand même on est pas des sauvages). Le but, c'est la quête de la balafre.C'est une distinction, une marque d'honneur, de bravoure et j'en passe. La bonne marque en travers de la tronche, ça aide avec les gonzesses et ça te fait passer pour un guerrier. Vu qu'à ce stade tu penses encore qu'un sabre ne laisse aucune marque et que t'es toujours sous la divine emprise de la précision d'Achilles, je vais te proposer un florilège.

Mensur cut

Ces marques avaient une signification sociale. Il faut entendre par là, que celui qui les porte se distingue. Il s'agit d'un signe de bravoure qui fait écho à une élite politique et militaire. Vous devenez bon à marier, montrez que vous êtes courageux et votre visage perd son innocence au même instant. En plus du placement, de l'épaisseur, on cherche aussi à en accroître le nombre.Cet usage de la "marque" dans un contexte social est fréquent en criminologie, en sociologie ou en anthropologie; c'est le cas d'autres cicatrices rituels, de tatouages...Cela confère au duel, une portée encore différente. Il ne s'agit pas de mettre fin à un conflit, mais d'aller chercher des honneurs en le goupillant sciemment. Il s'agit d'une démonstration de bravoure dont on veut voir les conséquences.

La peau se souviendra de ces moments intenses lors desquels on se tranchait le visage au sabre entre étudiant. Ainsi, il est bien question d'honneur, de distinction voir de réparation ou de vengeance. Il est aussi question de respect, sans frontière entre les classes (bien qu'un riche maitrisera peut être mieux l'épée qu'un pauvre si il est formé pour cela). Même dans les western spaghetti, on voit le duel comme un exercice qui fixe la solution. Les règles varient, et les aptitudes dans lesquelles il faut exceller aussi.Si on considère le droit comme un instrument au service de la société, dont les limites, la fin, sert la morale dont elle est dépositaire à une certaine époque; que penser de la fin du duel ? Que la violence n'est pas un instrument de mesure des prétentions ? Pourtant, le procès fait bien se rencontrer des individus plus ou moins capables de plaider une cause, et se traduit là une injustice sociale dans la mesure où le meilleur orateur est souvent le plus onéreux pour se défendre. Il y a là l’exercice d'une violence de l'esprit, sur un format semblable, avec pour règles de la procédure.

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Mais la violence physique, stricto sensu, au même titre que le châtiment, le supplice, sont bani. Aujourd'hui, chacun trouverait anormal de régler un conflit avec la violence pour instrument de mesure. On trouverait plus ridicule encore de jouer à se battre avec un sabre pour tirer des balafres une distinction sociale quelconque.Quel monde à un problème ? Les modernes contre les anciens ? Existe t-il une légitimité dans la violence ? On va y revenir rapidement ma caille, en attendant partage moi ça bien et pose des likes partout. 

EnquêtesCharal