Ça (1990) s'en va et Ça (2017) revient: remake d’une adaptation créatrice de coulrophobes.

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Oyé oyé, le clown pittoresque est de retour. Au milieu d’un pitch assez classique (cad la petite ville "paisible" des USA, Derry) un élément ô combien perturbateur refait son apparition.Le remake du film Ça est sorti en salle, et vu qu’on a pas couru au cinéma pour le voir, on va s’attarder sur les deux anciens films (qui sont des téléfilms destinés à la télé, considérés comme une adaptation fidèle du roman).Ca, ou « It », désigne un personnage qui sévit donc dans une petite ville américaine, où le taux de disparition et de meurtre explose littéralement. Vous l’avez probablement vu dans un meme, ce visage blanc innocemment posé sur un crane dégarnie, creusé et livide. Il se présente au petit Georgie depuis un égout, et l’attrape par le bras après une brève discussion. Le propriétaire de ce bateau en papier, offert par son grand frère (le « héros »), perds un bras et clamse d’une hémorragie sur le trottoir (chienne de vie).Évidemment, le clown est une figure qui se présente comme de plus en plus traumatisante. Dans le premier et le second film, qui sont absolument indissociable, on retrouve les mêmes personnages. Une bande d’enfant des sixties qui se sont séparés après avoir chacun leur tour rencontré Ça. Ils vieillissent, font leurs vies et oublient cette histoire après leur départ pour vivre leur puberté dans d’autres petites bourgades. L’un d’eux reste sur place et les rappelle une vingtaine d’année plus tard pour leur annoncer le retour du monstre.Ils vivent donc respectivement et successivement un flashback de leur rencontre avec Ça au fil des coups de téléphone qui préfigure des retrouvailles en vue d’honorer une mystérieuse promesse ; vaincre Ça, s'il venait à revenir. On en apprends donc un peu plus sur l’enfance de chacun d’eux, leur rencontre et leur expérience avec la créature. Un monstre sadique, terrible, qui va chercher son pouvoir dans la peur et dont la présence semble expliquer les horreurs qui arrivent en ville.On voit dans chaque personnage, qui apparait ou se détaille au fur et à mesure de l’histoire, des archétypes intéressants. Du vieil alcoolique, au comptable bien rangé, en passant par la femme de pouvoir acoquiner à un homme nocif, pour finir à une métaphore de Stephen King lui-même ( ?) ; le héros, un écrivain dévoré par la mort de son frère dans son enfance, qui écrit des histoires pour faire peur. Son destin entier semble façonné par la créature, depuis la mort de son frère et ses rencontres avec elle.L’idée de construire le film de cette manière, par épisode concernant individuellement chaque personnage jusqu’à leur retrouvaille dans un but précis et à un âge plus avancés, est très intéressante. Le second film s’inscrit comme une suite directe du premier, à consommer immédiatement pour avoir la suite de l’intrigue ainsi posée (il était d'ailleurs diffusé deux jours après le premier à la télévision américaine), et invite à les personnages à se souvenir des moments « oubliés » par ces derniers.Ils iront ensuite à la rencontre de la créature, alors engagés dans l’âge adulte et se confronter à leurs propres peurs, leurs propres traumatismes dans l’enfance, voire leurs identités et leurs souvenirs. Ce découpage de l’histoire est convainquant, et il semble qu’il ne soit pas repris dans le remake, qui se focalise sur leur enfance et ôte donc de l’esprit des premiers films cette confrontation permanente entre l’enfant et son personnage vieilli, toujours face au même problème. Une lutte contre la peur et son symbole ; un clown creepy qui vit dans les égouts de la ville pour y faire « flotter » les enfants.Assez cheap, plutôt amusant et ambitieux à certains moments, le film est un monument qui aide à se placer aux sources de plusieurs styles. L’idée d’un tel monstre, capable d’être une sorte de cauchemar dans la réalité, dont la forme physique est un clown tueur d’enfant, est fascinante. L’interprétation de celui-ci suscite donc des évolutions dans le ton, comme dans l’apparence du monstre. Il devient de plus en plus intense, intelligent pour effrayer et ne se limite pas à faire grandir ses dents. Il n’est d’ailleurs pas si inhospitalier dans les premiers films. Par comparaison, le nouveau monstre est par nature assez terrifiant.L’ancien clown est daté, mais sympathique. Il est joueur (même dans la peur), amusé et amusant. Dans la scène des égouts, il cherche à convaincre, et c’est lorsqu’il se sent menacés ou qu’il va perdre le contrôle qu’il abuse de ses forces. Son apparat a un goût d’Amérique vieillotte, d’un Ronald McDonald laissé au soleil sur un bord d’autoroute. Figure de l’enfance donc, qui cache aussi l’image d’un raté, grimé de blanc et de rouge, de froufrous incapable de masquer une haleine d’alcoolique au dernier degré. On imagine bien cette figure du clown dépressif, grossier hors de son costume, qui se brise l’échine pour égayer des quotidiens plus pourries que le sien. Ce clown est pourtant un édifice indémodable de cet esprit de fête foraine un peu flippante que servent les américains à plein de sauces différentes (ce cinéma fast-food). En soi, c’est la figure même d’un paradoxe à l’américaine. D’un humain qui fait rire dans le grotesque, et qui s’imbibe dans sa voiture avant de croupir la nuit dans un motel ivre mort pour supporter sa propre existence. On est plus dans cette figure-là du réel, dans une caricature de ce type, qui se révèle en fait appartenir au surnaturel dans le film.Mais il n’est ab initio surnaturel. Au départ, on aurait pu être en présence d’un Killer Clown, d’un humain dépossédé de moral. Ce n’est pas le choix de Stephen, qui aime te trainer dans un coin sombre (les égouts), contre un personnage flippant que tu crois connaître (un clown) qui maitrise en sus le cours de la réalité pour te terrifier enfant.On nage dans les traumatismes pendant ces deux films, et même avec un background très cheap, on se figure assez bien sur quel corde on joue pour nous faire danser. Il apparait aux enfants, et on ignore d’emblée si la créature se nourrie de leur peur.Certes, elle détourne des stéréotypes pour les incarner dans une version du réel, mais quel est son but ? Je vous laisse regarder le film pour le savoir, mais à mon sens c’est ce qui lui manquait dans toute l’intrigue, reste la partie la moins dévoilée, qui se présente à la fin comme par magie en utilisant une ficelle un peu grossière. Ça crée des brèches dans l’intrigue lorsqu’il se révèle, et on se demande presque si on se foutait de notre gueule tout ce temps.Ce qui est le plus digne d’intérêt demeure le personnage, ses contradictions dans l’imaginaire qu’il incarne à merveille pour nous terrifier, mais aussi le rapport à la peur qu’il génère. Il en devient dépendant, et la contraction d’autant d’archétypes contradictoire en fait quelque chose de repoussant. Il est dommage que toutes ces temporalités dans le scénario, comme la modification de son apparence, vienne nuire à une cohérence complexe. Servir des évidences nuira nécessairement à cet équilibre savant, dans un cadre pourtant très daté sinon série B.Bref, on marche. Donc avant de parler de ce nouvel élément dans la boucle qu’est le remake, on vous invite à mater les deux premiers opus pour parfaire votre détestation des clowns et votre connaissance de l’univers de Stephen King.

CinémaCharal