Kingsman : le James Bond sous ecstas.

kingsman-the-golden-circle-colin-firth-959957.jpg

Vous n’ignorez pas l’existence des Kingsmans ? Si ? Sûrement parce que c’est une agence d’élite, de renseignement, de contre-espionnage, donc ultrasecrète, avec pour couverture un tailleur londonien appelé Kingsman. Les agents de cette organisation sont donc des bestioles surentrainés, qui cultivent aussi une grande culture de la sappe.

Kingsman1.jpg

Kingsman1.jpg

Globalement, nous sommes bien en présence d’un James Bond sous ecstasy.L’univers est loufoque au possible tout en empruntant toujours à ces codes indémodables posés par les nombreux 007. La classe, qui se trouve être une extravagance dans Kingsman. Mais aussi le Gadget, petit objet pratique (dont les James Bond récent diminue drastiquement le nombre), qui devient carrément dopé dans Kingsman ; du parapluie pare-balles avec écran numérique jusqu’au visio-conférence intégrée dans les lunettes modés, en passant par l’attaché case Gatling ou la mousse qui sauve d’une balle dans la tête.

kingsman-umbrella

kingsman-umbrella

L’intrigue aussi, de ce second opus, est très capillotractée. Pour faire simple, tout est au service de cette intense loufoquerie. Absolument, tout. Dans le cadre classique, on déforme tout pour justifier l’existence du film. Pour autant, après avoir vu le second on n’a pas passé un mauvais moment, et le goût du navet boueux n’assèche pas la gorge si méchamment que vous pouvez le penser. Cette extravagance, ce trop plein de tout dégoulinant, fait plus penser à une grosse et fraiche gorgée de coca dans une bouche sèche pleine de chips salés. Kingsman c’est une sorte de contrattaque sucré dans un monde bien trop sérieux. En définitive, c'est un cocktail plein d'additifs, plein de saveurs communes, mais plaisante, qu'on consomme sans se poser de questions.

On se lève du siège bordeaux avec une envie dévorante de sauver le monde d’une futilité comme –attention prends une bonne bouffée d’air pour lire cette phrase mon pote- une toxine mortelle transformant la couleur de ton sang après t’avoir épuisé par une dévorante envie de danser, une brève paralysie et une hémorragie, injectée à l’intérieur des produits stupéfiants et illégaux distribués à l’échelle mondiale par une baronne de la drogue qui a fait Harvard et de l’HP avant de faire construire un décor de centre-ville américain des sixties au milieu de la jungle pour passer son mal du pays.

DKXAxiEU8AE8iKS

DKXAxiEU8AE8iKS

En définitive, ce n’est pas une mission pour toi. C’est une mission pour Kingsman. Le héros est un jeune agent, formé avec le meilleur (bien sûr) qui est mort dans le premier opus (ptn je t’ai spoilé le premier film). Au début du film, tous les quartiers généraux et agent du Kingsman se font faire les fesses par des missiles téléguidés capables de détruire ton étage, ton immeuble, ton quartier, les fondations du quartier, les égouts, puis creuser le trou d’un bon kilomètre encore.

KingsmanTheGoldenCircle3

KingsmanTheGoldenCircle3

kingsman2

kingsman2

Il reste donc deux agents, qui n’étaient pas chez eux ce soir-là, pour activer le protocole « Apocalypse » de l’agence. A l’intérieur du coffre-fort, se trouve une bouteille du bourbon de la distillerie « Statesman ». Ils vont donc s’y rendre, outre Atlantique, et rencontrer leurs cousins américains pour y trouver les ressources adéquates à une contre-attaque. Dans le même temps, le virus se propage et le « leader du monde libre », le président américain, doit légaliser toutes les drogues ou voir les drogués du monde entier mourir. D’accord. Oui.

Donc, deux agents surentrainés et suréquipés sauvent les drogués. A l’intérieur du carcan posé par un scénario injustifiable, c’est un monde qui se développe. Le film n’est pas seulement un prétexte pour y déployer une armada d’effets spéciaux. Le but est de faire entrer un univers qui se contrefous un peu de la logique classique et attendu par un spectateur. Le film d’action invite à se tirer de là, et impose son extravagance, l’assume et la revendique dans un second film. On voit la méchante du film faire mettre des badguys dans le broyeur pour les transformer en des hamburgers, et offrir son affection à des chiens rebots redoutables. A l’intérieur de sa salle de concert privée, elle prépare une sorte de comédie musicale avec son prisonnier : Elton John.

Elton-John-in-Kingsman-2

Elton-John-in-Kingsman-2

En ce sens, rien n’est sérieux. On serait à deux doigts à certains moments de voir les personnages dans le film suspendre son court, traverser l’écran et nous dire : « Oui, je vais le faire mec. Je vais faire un trou dans la vitre de la cabine téléférique -qui dévale le flanc de montagne à pleine vitesse- avec le lasso laser de mon pote, puis déployer son parachute pour en ralentir la chute afin que nous ne percutions pas les pensionnaires d’une maison de retraite Suisse en contrebas. Y’a quoi ? ». True story.

MV5BNTBlOWZhZTctOTY0MC00Y2QyLTljMmYtZDkxZDFlMWU4Y2EyXkEyXkFqcGdeQXVyNDg2MjUxNjM@._V1_UY1200_CR90,0,630,1200_AL_

MV5BNTBlOWZhZTctOTY0MC00Y2QyLTljMmYtZDkxZDFlMWU4Y2EyXkEyXkFqcGdeQXVyNDg2MjUxNjM@._V1_UY1200_CR90,0,630,1200_AL_

KingsmanTGC_Charlie

KingsmanTGC_Charlie

Le rythme est soutenu, et si vous êtes amateurs de ce genre de choses les deux heures passeront vite. Aucune profondeur n’est à saisir, tout est superficiel et explosif. Le cocktail est réussi. Bien sûr, si ce n’est pas votre tasse de thé, je ne vous le conseille pas et vous avez dû voir sur l’affiche que ça ne vous ressemblerai pas.Ceci étant, pour formuler une ébauche de critique, on pourrait s’attarder sur l’idée même de caricature revendiquée par le genre. C’est peut être comme ça, que nous parviendrons à expliquer le succès des deux premiers Kingsman. Ce film est une blague, une mise en scène, une sorte de claque sur l’épaule qui dit « C’est pas sérieux, mais c’est sympa. ». L’extravagance n’est pas un mal et elle est très recherchée. Dans l’esthétique surtout, car c’est le point du film. Le tailleur Kingsman vient rhabiller les services secrets. Tout est à leur disposition, la limite est l’imagination. Le parapluie blindée, l’attachée case mitrailleuse, le lance-missile autoguidé à l'arrière la voiture (quand le minimalisme des James Bond avec Daniel Craig, le limite à un Walter PPK et un GPS), les bras robots, les chiens robots, les dentistes robots… Les lassos lasers, appartiennent seulement aux américains, à ces proto-Kingsmans que sont les Statesmans, une caricature de leurs voisins anglais qui pue le bourbon et s’éclatent dans des rodéos.De la même manière mais sur un plan opposé, leurs ennemies sont à leur hauteur. Les menaces que les Kingsmans traitent sont leurs alter ego maléfiques et disposent de ressources semlables. Des bad guys avec des moyens démentiels, dont la stature est telle qu’elle échappe à des services de renseignements «classiques ». Les boulots de Bond, sont pour Bond, et les boulots des Kingsmans reviennent aux Kingsmans. Cet univers parallèle est plein de logique (bien qu'elle soit assez évidente à saisir, et ça explique pour partie le succès grand public), et de ressources aussi. Car ce second opus ne fait pas que répéter l’histoire du premier. Il repousse un peu la configuration de maître/élève du premier, élude la formation en conservant ses traits caractéristiques, en foisonnant de clin d’œil. En revanche, il complète habilement son univers en faisant apparaître ces Statesmans, agent américain plus risible que leurs cousins.

La noirceur des méchants excentriques est simulé, elle se moque d'elle même une fois de plus, pour correspondre au caractère quasi absurde de cet univers. Samuel Jackson grimmé en adolescent dans le premier opus, est rattrapé par Julianne Moore qui interprète Poppy; une baronne de la drogue complètement frappée, qui a le mal du pays et une armada de robot surpuissant. Elle dispose également, d'un "bras droit" en acier trempé, un Kingsman recalé qui cherche à se venger de l'organisation. Homme augmenté d'un bras métallique lui octroyant une force surpuissante, il y a là une métaphore intéressante du gadget intégré, comme des rencontres avec le dernier Kingsman. Bien sûr, on sait d'avance qui va gagner; mais la victoire parachève l'entrainement de ce jeune homme perdu, devenu agent secret déjanté, et assoit en ce sens la supériorité de son organisation.

Kingsman-Golden-Circle-Comic-Con-Panel-Details-Sdcc

Kingsman-Golden-Circle-Comic-Con-Panel-Details-Sdcc

On vient faussement bousculer l'équilibre des choses, qui sera invariablement rétablit à la fin du film (malgré des épreuves, des pertes substantielles et des périodes de questionnement intenses), pour ouvrir une autoroute libre de toutes contraintes.D'un point de vue technique, c'est bien sûr un film plein d'effets spéciaux en tout genre, qui sacralise cette volonté de tout permettre. Sans ça, le film n'aurait aucun sens. Mais d'un autre côté, même dans les scènes de baston les plus terre à terre, il y a des leviers intéressants. Comme des rebonds dans l'image, ou des chorégraphies à la hauteur de ces individus hors norme. On joue habilement avec le cadre pour rendre le plus vrai possible ces échanges, tout en se défoulant allègrement. Si rien n'est réel, tout est fidèle et authentique à cette intrigue à côté de la plaque que nous nous sommes choisit de suivre en achetant la place de cinéma. Nous sommes probablement en train d'aborder le point qui explique son succès, sa manière séduisante de s'inviter dans un monde que nous connaissons, pour lui donner un aspect dopé, tout en prétextant rester très sérieux par moment.

Ce film s’invente donc un monde, et trouve des ressorts pour y résoudre les problèmes qu’il implique. Vous pouvez choisir d’y consacrer un intérêt, ou de vous intéresser à un autre film à travers nos autres articles, ou même d’aller vous faire foutre.

CinémaCharal