Que reste t-il de John Wick ; l'histoire prétextée au profit d'une baston chorégraphiée novatrice ?

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Ne te laisse pas effrayer par le titre. C'est la question qu'il faut se poser.Le premier opus était marquant, inattendu et recelait une part de jamais vu à mi chemin entre la parodie et la rigueur. Et pour cause, c'est un film réalisé par des cascadeurs ! David Leitch et Chad Stahelski ! Chad étant le stunt coordinator d'un nombre étonnant de film hollywoodien (RED, Expandables, Sherlock Holmes, Wolverine, Rambo, V pour Vendetta, 300... la liste est longue) il recroise une fois de plus le chemin de Keanu Reeves avec John Wick. Étant donné la présence de Chad sur Matrix ou Constantine on comprends l'évidence et la fluidité de la collaboration d'une part, et le parti pris de la réalisation du film par un "stuntman" d'autre part.Alors, ça donne quoi ce joyeux bordel ?Une immense parodie scénaristique au profit de la rigueur technique, de l’exécution de chorégraphie de baston millimétrée et d'une action pure, intense.C'est un film de kung fu, sans trucage aérien, avec une proportion de flingues corrélée à au nombre des mafieux.On nous présentait un homme simple, dans une belle maison, qui fait le deuil de sa femme pour laquelle il a tout quitté. Avec son chien et sa mustang, il a le teint palot d'un américain embourgeoisé qui se reconstruit doucement après un drame, qui tombe comme un couperet dans la quarantaine. Dans une station service, il croise le fils d'un mafieux russe par hasard, qui lui fait une offre pour sa voiture. Elle sera poliment déclinée, et John rentrera se faire une tisane, comme à son habitude.L'histoire, faisant déjà appel à des mécanismes grossiers, transporte tout de même; on connait la musique, donc on attend le personnage au tournant. Et on attend patiemment que la nuit tombée, les jeunes malfrats reviennent lui tirer sa caisse. En prime, une petite extravagance; ils auront la discourtoisie de tuer le chien (qui lui a été offert par sa femme à sa mort, avec une lettre d'adieu et une photographie émouvante).Décidément, pas de bol pour la pègre; Le héros désormais retraité est surnommé le "Boogeyman" (Le "Croque-mitaine) ou "Baba Yaga" (personnage emprunté au folklore Russe, sorcière unijambiste qui garde le royaume des morts) pour les intimes. Après avoir été passé à tabac, John reprends ses esprits, constate la disparition de la Mustang et la mort du chien. Il se rend donc naturellement à la cave avec une masse d'arme pour perforer le béton au sol, et sortir une valise contenant ses pistolets et des doublons d'or.Il va ensuite aller faire les fesses à toute la mafia. Oui, à TOUTE la mafia pendant 1h45 d'une intensité particulière. Les ambiances sont multiples, tantôt une boîte, tantôt un bain turc. Accompagné par Kaleida et Marilyn Manson dans les oreilles, John nous prends par la main et fait ce que tout le monde dit qu'il sait faire un peu partout. Ces atmosphères sont revisitées, car il est purement question de baston. A partir de ce coup d'envoi de l'histoire, John ne fait que remonter la chaîne alimentaire de la mafia pour arriver au grand patron. Les hommes de mains y passent tous sans exceptions, sans que nous puissions chiffrer le charnier du Baba Yaga.Ancien tueur à gage, il est présenté comme le meilleur, et exprime sa maîtrise de l'art du meurtre avec une élégance, ou une violence, assez intéressante. Nous sommes plongés dans un univers proche de celui de la bande dessiné, qui stimule un imaginaire particulier dans lequel les tueurs à gage sont une confrérie, disposant de ressources spécifiques et obéissant à des lois, des codes, que nous acceptons rapidement. Tout se veut facile à digérer, à appréhender, pour permettre une effusion de violence permanente. Cette dernière est extrêmement bien chorégraphiée, empruntant au speed shooting, et à des effets, au même titre que des environnements (bien que connu du spectateur et revisité à la fois) visant à les mettre en valeur. Les bastons empruntent au vocabulaire du sambo et du close combat, et laisse souvent une impression de réalité fascinante.Une fois que nous avons intégré le fait que John Wick est une légende du milieu, et qu'il est quasiment invincible, on peut s'extasier devant cet univers nouveau et déjà poncé par plein de films. Rien n'est complètement nouveau, rien n'est complètement repris, John Wick est un film d'action à part. A la croisée des chemins entre Léon, Die Hard et un remake non documenté des Promesses de l'ombre, on a en face de nous un extra-terrestre. On peut sans mal avancer que John Wick en tant qu'objet cinématographique invente un genre. Avec des scènes qui rappelle un FPS, d'autres où la caméra fait face au héros, qui avance, grossissant la trainée de cadavre derrière lui avec style. Un taquet dans la glotte entre un changement de chargeur du glock et un coup de couteau malicieux, des fake deaths, des headshots bien sentie sous un monceau d'homme de main éventres... L'action est une ligne qui n'en fini jamais. -Et contrairement à des films comme Hyper Tension, dont la volonté était de faire une action constante qui meuble sans arrêt l'image, quitte à lui nuire, John Wick est bien plus pur, rythmé et élégant-John Wick 2, really ?Alors, lorsqu'ils ont sortit un second opus, il était inutile de se presser pour aller le voir. Qu'allait-il trouver à raconter cette fois ci ? La première histoire était déjà une blague douteuse, un prétexte au second degré pour déchainer John Wick. Quid de la seconde ?Eh bien, on met juste l'intrigue au micro-onde. Le film commence sur une scène de derby super violente dans un entrepôt. Eh oui, John Wick n'a pas récupéré sa voiture ! Il vient donc la chercher sur le territoire de l'ancien John Abbruzi de Prison Break (Peter Stormare, qui enfile un accent Russe très moyen pour l'occasion). Incarnant le frère du "badguys" du premier film, il comprends que son heure est venu, le Baba Yaga moissonne son entrepôt.Mais non ! Ce que désire John Wick, c'est une retraite anticipée, pour faire des mots croisés et pêcher la truite avec ses potes contract killer sur le carreaux. Il propose donc la paix, autour d'un shot de vodka, avant de rentrer chez lui enfiler ses pantoufles et retrouver son chien. Comme dans le premier film, il reprends une douche, histoire de subtilement montrer ses tatouages et son passé dans le même plan.Soudain, un ancien client se pointe avec un "marqueur" et le rebalance dans le monde des assassins en deux temps trois mouvement. Il doit honorer le marqueur, et donc exécuter une cible pour retrouver sa liberté. Pourquoi ? C'est comme ça dans le monde des assassins, tu n'y connais rien ok ? Alors arrête de te demander pourquoi John Wick doit retuer des gens pour de l'argent et sa liberté.Dans sa quête, on creuse un peu plus notre connaissance des ces règles, de ce monde, de ces fameux passe droit et services auxquels les tueurs à gage de sa trempe on droit. Dans le premier film, c'était un objet de l'histoire, un moyen de cooliser l'action et de marquer des pauses dans un décor guindé d'éléments qu'on ne comprenait pas forcément. Dans le second opus, on prends le temps de nous expliquer, de nous montrer et de nous amuser avec cet univers bel et bien sortit d'une BD.On accompagne John reprendre du service, s'acheter des flingues et des costards blindés (bien sûr qu'il y a des costards blindés). Après, c'est un nouveau déchainement de violence, qui innove quelque peu et se répète pas mal. La seule nouveauté est la rencontre avec des adversaires nettement plus coriaces (ce qui intensifie un peu la baston et le challenge, bien qu'on sache que John Wick ne peut pas clamser 40 minutes avant la fin du film), et l'apparition de personnages emblématiques de son monde (Notamment le directeur du Continental l’hôtel-restaurant des assassins comme des mafieux).L'intrigue est presque la même passée 30 minutes de film; tout le monde sait que John Wick est prêt et arrive pour enclencher tout ce qui respire et souhaite sa mort. Du coup il fait ce qu'il sait faire: tuer tout le monde. Si je n'avais aucun respect pour le film, je dirais que la richesse de l'univers qu'on entrevoit donne une profondeur à l'intrigue, et que ses rencontres offrent un nouveau rythme à la baston. A cet exemple, une scène en sous sol avec un fusil à pompe dans les mains du héros, rompt avec la fluidité habituelle du tueur, introduit une nouveauté dans la bagarre. Idem pour les intenses tapes au couteau, dans le métro, ou une scène avec un jeu de miroir assez sympa.John Wick est une sorte de warporn, de FPS jouissif avec un scénario qui confine à l'aspect jouissif du jeu. C'est à dire avec une histoire prétextée mais restituant légèrement des choses que nous voulons voir. Il y a une subtilité dans toute cette violence chorégraphiée, il y a des détails qui marquent, qui rappellent un peu Hitman et sa confrérie.A priori, un troisième opus va sortir. La dernière minute du film implique que la retraite se prenne un peu plus tard, ce qui réservera encore deux heures de John Wick au cinéma. Il est possible, vu la tournure que l'intrigue a prise, que le troisième opus soit moins neuneu dans sa construction. On sait à quoi s'attendre désormais.John Wick est donc fidèle à lui même, constant dans son second degré et son sérieux désabusé. Il innove quelque peu, tout en restant lui même, en creusant les choses déjà posées sur la table des négociations à la sortie de la première bande annonce. Nous savons John seul contre tous, et nous attendons de pouvoir conclure cette histoire douteuse par une baston sérieuse.

CinémaCharal