House of Cards: Show mustn't go on

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A l'heure où Netflix augmente ses tarots, sort Mindhunter et Stranger Things, le monde d'Hollywood force la déprogrammation de son show fétiche.House of Cards a presque fait naître la plateforme en ligne et a été un des premiers contenus à attirer les foules. La série originale assez fascinante sur la politique américaine, au cours de laquelle la caméra suit l'ascension de Frank Underwood, prendra fin apres la sixième saison aujourd'hui dans les tuyaux.Pourquoi une si soudaine annulation ? Si on écoute Netflix, la brutalité de l'annonce n'aurait aucun rapport avec la vielle affaire de l'acteur doublement oscarisé; Kevin Spacey.Après Weinstein, Gilbert Rozon et tous les autres porcs vendus à la foule sur twitter comme il se doit, Kevin est à son tour emporté dans la tourmente.Les allégations d'un autre acteur du gratin, relatant des faits d'une gravité certaine datant de 1986, entache sérieusement la réputation de Kevin, enfonce Hollywood dans une merde plus profonde et explique que Netflix "avance en reculant". En effet, agé de 14 ans à l'époque, le jeune homme fut au prise avec Spacey, coincé entre son matelas et son haleine couronnée d'ivresse.Quand bien même les faits remontent à 30 ans, la gravité de cette histoire est incontestable. Elle est d'ailleurs incontestée, car Spacey reconnait ne pas s'en souvenir dans un tweet. Il s'en excuse, et économisant ses interventions fait d'une pierre deux coups, en gratifiant l'acteur pour son travail sur fond de coming out. Il s'est fait allègremment tacler sur ce point, pour la malhonnêteté intellectuelle du geste, qui par ricochet déteint sur toute la communauté LGBT.Dans la foulée, Netflix annonce la fin du château de cartes, qui prend la flotte de toute part et s'effondre dans la foulée. Quid de cette petite affaire ? Salissante au possible, la vague purgatrice qui consiste à balancer les porcs commence à avoir des répercussions sur le monde.La distinction entre réalité des faits et réalité judiciaire n'a pas de prises sur le public. C'est ce qui explique le geste de Netflix, qui sacrifie volontiers la suite du programme et abandonne l'acteur dans le même temps. On ne peut pas s'en satisfaire pleinement. Cette vindicte populaire, venant assurément des petits, conduit à entacher de honte les responsables designés par la clameur publique.On peut s'en féliciter pour partie. Car il était souvent impossible de faire autrement. Criminologiquement, on observe douloureusement la realité d'un système lent, inefficace (au point que les victimes souffrent en silence et s'en detournent, sinon subissent la terreur d'un contre procès en diffamation comme dans l'affaire Baupin). Alors le média, le réseau social, porte la rumeur jusqu'au petit peuple, qui est dans le cas d'Hollywood un spectateur (voire un fanatique du boulot de Spacey), et dans le monde politique un électeur (personne n'admire Baupin, et personne ne peut être insensible à la parole de la victime à ONPC).Lorsque le porc n'était "que" producteur, on le dégageait ou il se dégageait lui même. Les acteurs venaient faire des mea culpa graveleux dans les talkshows la semaine suivante. Reste à observer les suites judiciaires de ce genre d'affaire, qui aux USA prendront une tournure bien différente...Le système français officiera d'une manière, espérons le, plus juste et efficiente selon la juste mesure des faits et des preuves.Alors, l'affaire Netflix est intéressante sur ce point précis. L'acteur dans la tourmente, fer de lance du show, souffre immédiatement du fait d'être en première ligne, d'être l'image renvoyée au spectateur. La stratégie du fusible prends tout son sens, Spacey saute, et il est impossible de ne pas faire de liens entre son dossier crade et la suppression de la série, quoi qu'en dise Netflix. La dernière saison promettait un renouveau durable, un changement du rapport de force dans le clan Underwood, résolument impossible a solder en une saison.On précipite alors la chute, on déprogramme immédiatement. On ne peut pas ignorer non plus, que l'ambivalence et le machiavélisme du personnage, qui n'y sont pour rien.Fréquemment, il interpelle par ses moeurs, franchit le quatrième  mur pour nous bolosser sans pression, et incarne une forme de corruption interiorisée. Le président est un fruit pourri, qui en vient à tout pourir autour de lui en nous montrant l'engin qu'est "la politique americaine" dans son ensemble. Il eut été absolumment insoutenable de le voir poursuivre son oeuvre, lorsque dans la réalité et pendant ses soirées, il s'effondre sur des adolescents pour en profiter.Que l'histoire soit vraie ou non, ce dont nous n'avons aucun droit de douter, la fiction est atteinte par le réel à tel point qu'elle doit mourir pour que l'industrie parachève son oeuvre. C'est à la fois un enjeu de réputation et stratégique pour la plateforme, qui productrice de la série doit se 9 de cette affaire, sans rendre compte dans ses créations ni d'approbation, ni d'un laisser faire dément, ni même d'une tentative de continuer son ouvrage.Décision radicale, immédiate et sans appel, que les fans comprennent. En dépit des éléments necessaires à la compréhension, on joue un peu avec notre intelligence de maniere tres mesintelligentes, et à défaut de se laisser prendre pour un con, une fois les pièces assemblées on entrevoit leurs motivations.Le porc ainsi brocardé près de trente ans après, ne peut pas se defaire de cette boule puante et voit mourir son personnage dans le même instant. Pour l'heure, c'est un cas particulier. Mais ce genre d'histoire comme leurs resolutions dans le futur, vont sans aucun doute se multiplier et toujours trouver une solution identique ou semblable.Show will not go on.

CinémaCharal