Laissez bronzer les cadavres: fétichisme au pays des films de genre

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LaissezBronzerLesCadavres

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https://www.youtube.com/watch?v=FDIs-s4OucgQu'est-ce que c'est que ce film ptn ? C'est ça que tu te dit devant la bande annonce ? Espèce d'ingrat.Pour t'éclairer brièvement sur la nature du film, il va être très difficile de définir avec exactitude le cinéma de genre. En un sens, c'est celui qui ne ressemble à aucun autre, qui s'implique a contre courant du Mainstream, mais qui sait emprunter des codes pour être reconnu. Il y a un classicisme dans cette branche un peu à côté de ses pompes.Un peu à côté de ses pompes, certes. Cependant, cela permet de prendre le temps de montrer d'autres choses, ou de les mettre en valeur de manière différente. D'illustrer un instant avec la liberté qui caractérise le créateur, sans se soucier de filer le tourni à son interlocuteur; le spectateur.Quid de Laisser bronzer les cadavres ?Ce film est l’œuvre de deux réalisateur, Hélène Cattet et Bruno Forzani (Amer, L’Étrange couleur des larmes de ton corps, films qui possèdent des affiches qui niquent déjà tout). Ce couple de cinéaste s'attaque donc au roman de Manchette, et sort Laissez bronzer les cadavres. Le titre ne me disait pas grand chose, on pouvait avoir un peu de mal à se figurer ce qui allait nous tomber sur le coin de la gueule à l'intérieur. Le Lucernaire diffusant cette œuvre le premier Dimanche du mois de novembre, nous nous sommes réfugiés entre couilles dans la salle de 10 fauteuils.De cette agréable perspective, le ventre plein de vent enfoncé dans le molleton rouge, découle une délicieuse surprise. Paré à absorber l'image, un coca cola non loin et la saveur infantile des Sweet&Salty à porté de main. Teinté d’incompréhension et d'obscurité par épisode dans mon cerveau, mais assez clair sur le plan du subconscient, ce film possède une part d'inexplicable que nous tacherons de restituer ensemble. Dans une Corse magnifiée à l'image dès les premières secondes, un village abandonné est le lieu de villégiature d'une artiste. Un peu spéciale, elle héberge des gens de diverses natures, comme un homme fortuné, un avocat, ou des meurtriers.Pour autant, elle persévère dans son art, une sorte de malice faites pour persuader, et mène tout le monde à la baguette. Dans son monde à mi chemin entre nature sauvage et œuvre d'art creepy, elle distribue les ordres. Cet espace immense et magnifique qu'est la nature en présence, vient se refermer comme la gueule d'un loup avec la nuit. Quelques éléments perturbateurs se glissent dans l'intrigue, et la deuxième partie du film se goupille assez lentement.Cependant, c'est le moment où le champ devant la caméra devient un immense terrain de jeux. Les plans sont rapides, saccadés, souvent très très serrés sur les personnages. On constate que les sons, comme les couleurs parfois adjointes à l'image ne correspondent pas à la réalité. Il y a un décalage permanent entre la manière dont nous voyons le monde et la manière que le couple de réalisateur a de nous la montrer. Très subversif à l'image, on vient volontairement casser une routine, un trin-trin et on revisite tout.Pour les plus néophytes d'entre vous quant aux films de ce genre, on ne pourrait même pas rapprocher les Tarantino et autres trublions un peu agités malgré leur popularité, de la violence et de la richesse de l'image qu'on trouve dans Laisser bronzer les cadavres. Cela conduit à ce que des scènes entières soit glissées entre les images, pleines de métaphores et de références, sans pour autant qu'elles trouvent de sens dans la narration stricto sensu. Elles donnent des clés de compréhension, à la rigueur, mais n'ont pas de sens dans le récit.Et finalement, c'est cet aspect du film que j'ai le plus aimé. Avec la semaine de recul que j'ai dans le cornet en écrivant ces mots, j'ai très envie de revoir ce film. Esthétiquement, il est relativement pur et extrêmement soigné, bien que la trame en sous main soit rongé par des angoisses que je trouve non seulement fascinantes et bien représentées. Mais aussi, sinon surtout, placées dans un contexte qui ab initio ne semblait pas opportun. Dès le départ, on sent que l'histoire va être présentée d'une manière très particulière. On fait usage de manières de nous empêcher de voir, ou presque. Bien que la façon soit intéressante, autant que trompeuse et peu évidente, les moments que l'on choisit de nous montrer, les échanges mouvementés, les arrêts sur image, les sons qui ne correspondent à rien ou à autre chose, les plans irréalisables; ne font pas appel à l'onirisme une seconde.Nous sommes entrés dans un non lieu, et avec ça, dans une réalité cruelle, trompeuse et violente. Le massacre d'hommes de loi pour une caisse d'or, dont la représentation est à la limite du surréalisme, se fait face à la caméra avec des masques de Frankenstein. Les santiags contre les falaises escarpées, de l'actrice Elina Löwensohn laisse à penser qu'elle a un rôle important à jouer. Tout au long du film, elle semble se moquer des hommes, prendre partie pour un stoïcisme cynique à mi chemin entre Cicéron et Tyler Durden.Il y a une forme de sauvagerie dans ce personnage assez autoritaire et libéré dans le même temps. Elle déchaine les hommes, aime à se trouver quelque part dans le rôle de maîtresse (d'école, de bandit, de maison...). Cette sauvagerie se répercute sur les personnages, qui font preuve d'une violence extrême dans leur manière de vivre, de manger, de tuer.Ce n'est pas un film qui se regarde pour l'histoire. Dans une plus large mesure, il ne se regarde pas pour ses dialogues, ni pour ses personnages. Il y a peu d’interactions indispensables, nous sommes en présence d'un terrain de jeu. Ce qui est intéressant, ce sont l'ensemble des choix qui gravite autour de la manière de raconter. On a ainsi une scène d'une dizaine de minutes où les flics, tout de cuir vêtus, se pointent dans le village de l'artiste. Recherchés, les bandits ouvrent le feu pendant leur séance de bronzage qui avait l'air de virer à la partouze. Sur un fond noir qui entrecoupe les scènes, on nous indique l'heure exacte. La fliquette prends une balle en pleine tête en ouvrant une porte. Et l'heure repart en arrière, l'histoire sera racontée depuis un autre angle de vue, encore et encore. C'est cette manière de faire, qui laisse presque penser à du scratch, qui est plus fascinante que le background de têtes de turc qu'on ne connait pas et qui grognent en tirant à la mitraillette.La deuxième chose qui hisse se film au rang d'objet d'étude et de réflexion à part entière, c'est sa mise en scène constante du fétiche. Je le disais tout à l'heure, le film est fréquemment ponctué d'épisodes qui ne sont liés à rien, et qui présentent une femme nue et des ombres qui l'observent à contre jour, l'attachent, la flagellent... Ce genre d'extravagance dure, se multiplie, et on pourrait les considérer comme inexplicable. En réalité elles sont fortes de sens et évocatrice. Personnellement, j'ai l'impression que la volonté du film était de nous faire saisir le génie diabolique de l'artiste, qui domine son petit monde du début à la fin. On lui obéit, et ses créations sont des performances, contre la vie, la société, les hommes. Il y a la un rapport de domination et de subversion assez fort, à l'intérieur de cette notion de performance. Il y a aussi, ces symboles et ces images qui font échos sinon références à fétichisme irrévérencieux. On peut citer la croix de Saint André, les cordes du Shibari, même des ombres qui s'exercent à flageller le corps de la femme... Il y a des arrêts sur ses pieds, une mise en scène qui fait écho à un brestfeeding décomplexé à outrance, et des bruitages ravageurs pour les tenues des flics, en cuir luisant de la tête aux pieds.Là où je demeure assez fasciné, c'est que ce film ne fait pas réfléchir, et j'ai la vague impression que c'est le but. Les initiés peuvent percevoir ces symboles, cette idée de la subversion, cette place de la femme machiavélique et sa mise en scène surprenante. On sort de là sans rien en penser (la violence y est pour quelque chose, au même titre que la fin du film qui est une libération après des pérégrinations limitées). Pourquoi serait-ce le but ? Car ce film est une représentation ! Ni une explication, ni une mise en abime, ni une manière de dire quelque chose, de transmettre un message. Il montre, tout simplement, en se souciant peu de la forme et de la nature de l'histoire.https://www.youtube.com/watch?v=3I6Tb1a7dkMC'est l'objet du surréalisme. Très fréquemment, la seule chose à comprendre c'est la représentation. Elle s'examine comme une performance. Exactement comme le fétichisme, c'est à dire une forme d'adoration, sexualisée ou religieuse, qui découle d'un "sortilège" ou d'un instinct. L'introduction de cet art inhabituel, que les réalisateurs avouent compter parmi leurs inspirations, couplé à un fanatisme sexuel tout aussi inhabituel, donne une ton très particuliers à cette œuvre. L'image est sujette à des jeux de matières, de tendances, de liquides mêmes (que ce soit le sang ou le lait). Ils décrivent ce film ensemble comme une expérience.Peut être que vous ne pigerez rien à tout ça et que vous me maudirez pour avoir lu si élogieuse critique. Elle l'est volontairement, mais assortie d'une mise en garde; si vous ne voulez pas vous perdre une heure et demie dans quelque chose de semblable, prenez la critique en soi et passez votre chemin. Autrement, je vous recommande chaudement de le voir en salle et de prendre ça comme je l'ai pris; comme une expérience. Oui, en salle, car je crains fort que ça perde beaucoup de son charme sur le petit écran.Laissez bronzer les cadavres ! C'est un oui assez franc, une promesse de m'intéresser au cinéma des deux réalisateurs (en couple en plus ptn) et un titre laconique à la hauteur du film.

CinémaCharal