Avalon (2001): préface d'une science fiction connue de tous.

affavalon.jpg

Avalon est un film Nippo-Polonais sorti en 2001. L’œuvre signée Mamoru Oshii, au même titre que Ghost in the shell, a de quoi laisser pensif et semble inspirer des images récurrentes dans ces univers types.Le film peut bel et bien être décrit comme "lent et méditatif", car l'intrigue se forme lentement, que les habitudes du personnage mettent un moment à être pleinement intégrées par le spectateur, et que les évolutions/révélations se font au compte goutte, sans affecter réellement la trajectoire de l'intrigue.Pour autant, il n'est pas à déconseiller, loin de là. Surtout si vous êtes un amateur de SF, de jeux vidéos, ou juste de film louche réalisé par un Japonais aussi cultivé qu'inspiré. Les acteurs sont tous polonais (faute de moyen parait-il) et la BO est également en Polonais. Oui, oui, on s'attaque à un petit morceaux.https://www.youtube.com/watch?v=I1BJzKy8TbE

Un opéra envoutant, vous en conviendrez.

 L'intrigue prends place dans un monde que nous entrevoyons à peine, mais que nous pouvons assez facilement imaginer comme assez dur, probablement totalitaire. Il n'y a aucun enthousiasme, aucune effervescence, uniquement des rues plutôt vide et un tramway à moitié plein. L'héroïne, Ash, se rend dans un endroit tenu secret et est notre seule guide à travers la ville. Ses trajets pendulaires entre son chez elle, abritant un Basset (qui fait semble t-il parti de l'univers du réalisateur) et le lieu secret, sont notre seul moyen de se figurer où elle est.Car l'intrigue, et c'est là tout l'intérêt du film, repose précisément sur le fait qu'elle fuit cette réalité en se connectant à un jeu décrété illégal (car il est plus qu'un jeu) par les autorités. Une fois arrivée dans ces salles, qui ressemble à un squat un peu degueu où un toxon se planque pour se piquer, elle s'installe dans un terminal, enfile un casque et disparait dans une sorte de MMO-FPS. A ceci près que certains se font griller le cerveau en jouant, et que la mort dans le jeu n'est pas sans conséquences.Le but est donc de monter en classe dans ce jeu prenant voir quasiment réél. Ce level up constitue le quotidien de Ash (que nous connaissons uniquement sous son pseudo d'ailleurs). Les joueurs suivent les prouesses des autres sur des écrans, se nourrissent de grumeaux, et jouent encore et encore. Inlassablement, ils s'entretuent, accomplissent des missions, et espère passer de la classe C ou B à la fameuse classe A. Les exploits de Ash sont inénarrables, mais son histoire entachée d'une trahison. Petit à petit on déroule avec elle deux objectifs; passer dans la classe Spécial A (1), qui n'est peut être qu'une rumeur, afin de retrouver un ancien acolyte pour laver son honneur (2).Sans entrer trop dans le détail, afin que vous puissiez tout de même vous repaître de l'intrigue devant le film, il faut insister sur le point que nous n'avons aucun point d'encrage avec la réalité dans ce film. Ash est notre seule connaissance, et elle est présentée comme chanceuse de pouvoir manger à sa faim, d'avoir un chez elle hors de la zone de jeu. Ce dernier semble absorber les protagonistes, les maintenir en vie artificiellement dans la réalité et les poursuivre sans cesse, les forçant ainsi à jouer. Certains en vivent, d'autres ne font que survivre grâce à lui. C'est aussi ce qui laisse à penser que la réalité ne réserve presque rien d'intéressant, et que le jeu concentre autant de déserteur du monde réel. Tout s'opère à travers lui. Dans la salle de jeu, on peut retirer ses points en cash au près d'un guichet, se rendre à la cantine ou établir un point d'accès.Mais qu'y a t-il, dans le jeu ?Un univers post apocalyptique, légèrement steampunk, ouvertement rattaché à la légende arthurienne. L'île d'Avalon est celle où l'on va mourir, celle où Arthur disparait, celle qui cache la Fée Morgane. Dans le jeu, Avalon est le lieu où les morts se retrouveront. Alors la quête ultime de l’héroïne devient d'accéder à la classe spécial A, de rejoindre une partie du jeu réservée aux initiés, aux meilleurs.Ce jeu de guerre fait se rencontrer des ennemies de niveaux différents et des joueurs de différentes classes. Le but est d'entrer dans la légende, de s'inscrire sur le tableau des meilleurs et de vivre de ce jeu prenant.Ce qui se révèle assez fort, dans le jeu comme dans le film d'un point de vue technique, c'est la présence d'esprit de montrer ces images. On veut nous initier à un genre nouveau, à une vision du cinéma. Laquelle ? A priori, la transposition de toute l'iconographie Japonaise de la décennie qui précède (et à laquelle répond l’œuvre de Mamoru Oshii). Il y a une ambition particulière, qui répond tantot d'une philosophie nouvelle intégrant des perspectives de réflexions sur le futur, la réalité etc... Tantôt d'une volonté de défendre et d'adapter des univers déjà existant, de lancer une nouvelle vague dans la fiction.Seize piges après, on commence à bader en regardant des interviews de robot, a se demander ce que Youtube fait aux enfants, ou à comprendre la violence de l'impact que va avoir la réalité virtuelle dans la société. Qu'est-ce que ça vous fait de voir qu'un film de 2001 formule déjà des problématiques sensiblement proches de ces sujets, dans un univers froid et polonais, teinté de mythologie ?L'intrigue est de plus en plus haletante, et on se demande assez tôt où se situe la frontière entre réel et irréel, voir ce qui justifie qu'ils soient différenciés. Sans vous spoiler, c'est probablement la finallité d'Avalon. Nous questionner sur les raisons de l'interdiction du jeu (que nous comprenons assez vite, vu sa puissance sur l'esprit, son caractère addictif et la situation de misère dans laquelle se trouve les joueurs) et un peu plus tard sur les raisons qui nous force à distinguer réel et irréel.Plus encore, et je vous laisse vous y intéresser pour obtenir la traduction visuel de mes réflexions, est-ce que le corps et le monde matériel ont une importance ? L'esprit captif de ses lubies, ne dépasse t-il pas de loin la médiocrité du corps ? Ses imperfections et sa temporalité vont-ils le pousser à devenir l'image d'un monde passé ? Et si la lubie qui séduisait l'esprit était plus forte que le réel ? Plus réelle encore ? Dispensant le joueur d'exister ailleurs, capable de le maintenir dans un état nouveau et éternel ?Rejoindriez-vous l'île d'Avalon ? Voilà les raisonnements philosophiques et inspirant que présente ce film, posant ainsi des questions en rafale sur vous et votre connaissance de ces mondes. Si vous galopez parfois dans des collines numériques, ou que vous êtes déjà fan de Oshii, je vous recommande Avalon comme un objet de culture, un point de clivage intéressant des années 2000 à la croisée de beaucoup de références, et comme un sujet de réflexion assez profond pour te noyer dedans avec tes potes toute la soirée.Si tu t'en tapes, va voir ailleurs j'ai probablement d'autres trucs à te présenter susceptible de te plaire.

CinémaCharal