"Wrong Side": L'artiste et le critique au pays des fachos.

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 En ce moment, tout le monde devient spécialiste des fachos et les citoyens du monde se révoltent pour les dénoncer, les caricaturer, leur rentrer dedans. C'est pas nouveau, mais on observe qu'après la chasse aux porcs on ouvre la chasse aux fafs.Pourquoi pas ? Un facho c'est méchant, et comme disait si justement Saint Just "Pas de liberté pour les ennemis de la liberté". Raisonnement républicain, répondant de la logique habituelle, qui honore systématiquement ceux qui font barrage. A l'époque où on confond tout, et où le FN gagne du terrain à chaque élection, on se demande si on se pose les bonnes questions, si on formule les bonnes problématiques, et si la visibilité du problème n'est pas obérée par un shitstorm absolument incompréhensible qui cancane en se disant "artistique et politique".Dernier exemple en date qui fait tiquer, le clip de Shaka Ponk, qui sort un nouvel album et donc des nouveaux clips. Qu'on aime ou non, faut le voir ce dernier clip.https://youtu.be/CAOn_hoPQ7AIntitulé "Wrong Side", donc "mauvais côté" (J'aime traduire l'anglais), cette vidéo est une sorte de projection, "habillée skinhead" pour l'occasion, des paroles qui nous conseillent de ne pas "Mess around" après un passage au liquor store ( https://www.paroles.net/shaka-ponk/paroles-wrong-side ). En gros ne pas devenir Nazi quand on est bourré.Sans juger de la performance musicale une seconde, parce que ce n'est pas ma came, je voulais m'attarder sur un sujet de fond: la représentation du faf dans l'art populaire pour contester leur idéologie. Parce qu'autour du clip, il faut en appréhender la réception et la "critique".La rédaction de Jack, créatrice de contenus d'exception et pleins de fond (mdr), lance punchlines lapidaires sur bons mots lacunaires (56 mots au total, soit 3 phrases). Pour faire un résumé de la critique (mdr x2), ils en disent du "bien" (premier adjectif), remarque que c'est en "noir et blanc" (chaud, ils remarquent les couleurs) et lisent une "critique de la montée de l'extrême droite en Europe" (Carrément).Heureusement que ces passionnés de culture font le lien avec American History X, et sortent les doctorats en sciences politiques pour approcher la "montée de l'extrême droite en Europe". Ce qui fait de ce morceau, un "son engagé" (mdr x3).En réalité, ce clip n'a aucun rapport avec le film désavoué de Tony Kaye. Sinon que c'est en noir et blanc et que ça parle de nazis. Mais lesquels ? Et quel usage du noir et blanc ?Mettre le navet irréel Un Français de Diastème en noir et blanc n'en aura pas fait une meilleure saloperie et ne l'aurait pas rapprochée d'American History X. Malgré la performance d'Alban Lenoir dans ce film, la pellicule déjà bonne à javeliser et ne fait rien d'engagé. L'art engagé, c'est bien tout autre chose que la vague représentation d'une réalité caricaturée et inconnue par le portraitiste borgne qui en parle. Alors faisons un truc simple, montrons de l'art engagé, et mettons toutes les bouses au même niveau.Qu'est-ce que c'est que l'art engagé alors ? Des querelles qui remontent à celle des Parnassiens (et avant encore au table des philosophes et des artistes) qui vantent le mérite de faire l'art pour l'art, opposent l'esthète aux philosophes, aux politiciens. C'est toute l'histoire de l'art de définir ce qui est engagé, en diffusant ouvertement une idée (pour en faire la promotion ou la tourner en dérision) ou en montrant simplement une reproduction picturale de la réalité (ou de n'importe quoi d'autre d'ailleurs). Voir en intégrant subtilement, dans une des dimensions interprétatives de l'oeuvre, un élement engagé (Genre Velasquez qui se met dans un de ses tableaux ou Holbein le jeune dans son oeuvre magistrale "Les Ambassadeurs" qui bourre la toile de détails splendides, dont une anamorphose).L'art engagé suppose néanmoins, qu'une chose soit montrée et que la critique d'une idée soit expressément montrée et intuitivement valable: sans quoi n'importe quoi devient le fer de lance de n'importe quelle cause. En outre, il convient de hiérarchiser ce que nous appelons art engagé, sans quoi n'importe quoi en devient en voulant en devenir. Ce qui pose la question de la nécessité pour un artiste de prendre position.Promouvoir une idée ? Critiquer une idée ? Moquer une idée ? Et donc, par la même, la manière qu'il choisit pour critiquer. Tout cela traduit au final la vision qu'il en a, et son art la traduit en la critiquant, en la valorisant, en l'interprétant. Il devient interprète d'une idée. Et son art devient une interprétation vivante, une focale pour l'observer ou un témoignage... Elle prend une autre tournure.Pour former ton esprit critique, regardons un peu d'art engagé ensemble.Un Staline et son salut romain guidant le peuple. Une petite affiche de propagande bien rouge, avec des étendards de 70 mètres de haut et des rangées de soldats interminables (prêt à mourir avec un fusil pour deux, tout à fait calmement).Tu le sens l'art engagé là ? Bien ?Tu sens que celui qui tient le pinceau est inspiré pour imprimer des kilomètres d'affiches censées vanter le régime, galvaniser les troupes voire donner une fausse image du réel, déformer la doctrine pour époustoufler.  On a demandé à Ziegler de contrer la vague d'art "dégénéré", et voilà qu'il nous a pondu. Un triptyque avec des blondes à oilpé, soit disant fertiles, qui représentent les quatre éléments. Ode vaguement déguisée à tout ce qu'incarne le Nazisme, en rupture totale avec les courants populaires de l'époque, Ziegler engage son art aussi. Il montre des aryennes, posées sur un carrelage en damier qui rappelle la belle époque Italienne de la peinture (au même titre que la manière de peindre les tissus, qui sont aussi de quatre couleurs différentes). Il y a là l'éloge de la race, de la maternité, de la fertilité, et celle de la violence des éléments. Quatre femmes qui cachent une idéologie bien vilaine.Plus abstrait, moins revendiqué, on a souvent lié les œuvres de Boltanski à la Shoah. Des tas de vêtements vides, des bruits de battements de cœur, un boulot centré autour de la présence, de l'absence... Et beaucoup de scènes de vies sous la forme de nature morte grandeur nature, de vide et d'objets du quotidien. Plus fébrile autour de l'engagement, la représentation laisse pensif à minima.Tu la sens la grosse réalité là ? Mitch rigole pas une seconde. Un mec en position christique qui se fait perfuser du champagne, la bouteille provenant d'un sceau estampillé "The SUN" (ce tabloïd de merde), en fumant sa dernière guinze avec la gueule défoncée. Tu vas finir par me dire qu'il y a tellement de chose à comprendre qu'il n'y a rien à comprendre.

 Non, maintenant je vais te montrer des trucs dans lesquels il n'y a rien à comprendre.

russia-protest

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Un art performatif qui dérange à mort, et qui s'engage sur un versant quasiment incompréhensible, et au moins inutile à tous les niveaux. On appelle ça de l'art, parce qu'in fine on ne sait pas comment l'appeler.

topelement

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Tu vois pas comment ça pourrait être engagé non plus ? Eh bien le but de Milo Moiré, l'artiste Suisse, est de "bouleverser le quotidien des pendulaires". C'est à dire te montrer ce que tu n'as jamais vu dans une performance. Et quelle performance ! Je suis intimement bouleversé. D'où l'idée de hiérarchisation qu'on induisait tout à l'heure, il y avait peut être une meilleure manière de faire pour marquer le coup et "bouleverser" le quotidien des "pendulaires" que de chier des œufs en public.Dès lors, n'y avait-il pas une meilleure manière de "critiquer la montée de l'extrême droite en Europe" ? De montrer des fafs à l'image ? Et qu'est-ce que mal le faire implique réellement ? Surtout lorsque les analystes en vantent les doux mérites et achèvent le taf des artistes par une éloge d'une cinquantaine de mot (mdr x4).

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"Une critique de la montée de l'extrême droite en Europe"/ "Le son engagé du jour"

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On veut donc montrer le "Wrong Side", émettre un jugement de valeur sur le bon et le mauvais côté, montrer un destin nul et expliquer comment quelqu'un se radicalise alors que son humanité va reprendre le dessus sur l'idéologie. 15 minutes après s'être fait virer, le gamin va dans un hangar plein "d'authentiques nazis" (qui ont des marcels, des club de golf sur eux et des bretelles qui pendouillent, un peu comme des rednecks dandys du port du Havre), où les signes de leur appartenance sont d'abord sur des drapeaux, puis tatoués dans le cou du boss (avec un gros 88, pour la huitième lettre de l'alphabet H-H, Heil Hitler, ou la huitième avant la fin S-S, en référence à la Waffen SS). Boss qui ressemble plus à un éducateur spécialisé qu'à un faf d'ailleurs, si on lui ôte le chiffre qu'il a dans le cou.

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Vous avez déjà vu un faf comme ça ? Même dans American History X, où la situation est toute différente (je me permets de rappeler aux lecteurs que ce film porte sur les nazis américains qui sont d'une nature toute différente des Fafs français, tant dans l'idéologie, que l'imagerie et leurs signes d'appartenances, ET QUE MALGRE TOUT ils n'ont pas des SS tatoués sur les bras par un tatoueur indé à la seconde où ils arrivent), le film ne répond pas d'une telle caricature.En fait, tout est une caricature. La chanson ne dit rien. Les images montrent un hangar désaffecté où les fachos détruisent des télé en buvant de la 8.6, appelle un tatoueur pour marquer SS sur le bras du môme, et on prend un polaroid de lui devant une croix gammée avec un ironique "on est chez nous". T'es chez toi, mais bardé de référence à l'occupant ?La morale de l'histoire c'est quoi ? Que quand t'es pas sûr il faut pas te faire tatouer SS sur le bras et prendre des photos devant une croix gammée ? En fait, ça rappelle assez bien certains trucs qui se sont passés qui n'appartiennent pas vraiment à la réalité politique de la "montée de l'extrême droite en Europe".Le vrai problème ce n'est pas tant que des artistes soient incapables de montrer un faf à l'image, ni eux, ni Diasthène, ni personne. Un Facho ça existe oui, tu peux en trouver des photos, des vidéos, et il en existe de toutes sortes. Du skinhead anglais et authentique (qui ressemble à un Gabber ou à un fan de Oï non racisée aussi), en passant par la mode plus casual tirant vers le style hool (qui ressemble à beaucoup de monde dans la rue, à l'exception de certaines marques -qui ne sont pas dans le clip ?-) jusqu'au royaliste qui porte le barbour et un foulard (ce qui évoque bien que le terme Faf n'a plus aucun sens d'ailleurs). Non le problème ce n'est pas tant qu'il ne soit pas capable de fournir un résultat cohérent et visuellement réaliste, ou argumenté. On peut comprendre l'idée, bien que la réalisation soit évidemment portée par le souhait de les dénaturer (le réel aurait renforcé la chose, et c'est ce que fait American History X, mais pour de vrai et avec une morale bien plus discutable et moins tranchée tout de même -ça mérite un article à part entière-).Le problème c'est que le critique de l'artiste, c'est à dire le récepteur avec l'esprit critique (et la notoriété) lui permettant de formuler d'exactes interprétations, fournit une analyse qui fait l'effet d'un coup de fusil. Comparer le clip, à la montée de l'extrême droite ? En Europe ? Là, on est plus simplement dans la facilité artistique et le manque de réalité (sans compter la nullité du scénario) du clip. On sort chez

Jack

, un gros diplôme de Sciences politiques pour fournir une analyse documentée dans une accroche Facebook.Pour rappel en France, si la vocation du clip était de critiquer cet évènement, le Front National est arrivé au deuxième tour. Un évènement dramatique de la démocratie pour certains, un simple exercice de démocratie pour d'autres, nous avons vu bien des explications décevantes et des analyses à chier. Mais en quoi peut-on comparer la montée de cette extrême droite à un jeune paumé qui se fait tatoué le bras avec de l'iconographie nazie ? On ne se situe même plus dans la diabolisation, mais littéralement dans l'affabulation.Avant les élections 74% des français pensaient que le FN serait au second tour. 21.3% au premier tour (soit un cinquième des votants) ont voté pour le Front National et 33.9% des suffrages sont en faveur du FN au second tour. Soit, pour le second tour, un tiers des votants, en gardant tout de même en tête que nous avons eu droit à un des plus grands exercices de marketing pour vendre l'autre candidat, des appels à faire barrage de toutes parts, soit une pirouette médiatique ultra-violente pour n'importe quel téléspéctateur doué de la vue et d'une ouïe convenable.Alors, de quoi on cause ? Le clip est une critique de cette montée de l'extrême droite là ? Et on oublie juste de faire le lien entre cette réalité mal mise en scène, sur un texte qui n'a rien de contestataire ni d'évocateur, et 33.9% des votants français ? Quel rapport ?Le véritable problème c'est qu'on en saura jamais rien, car ce brillant analyste se réserve l'explication en ne proposant qu'une punchline dans le vent, basé sur un clip étrange qu'il rattache à des éléments intéressants à analyser (mais qui n'ont rien à voir, ni visuellement, ni idéologiquement).La véritable critique de cette facette de l'art engagé, si maintenant que vous êtes là vous voulez mon avis, c'est que tout cela vise à attirer l'attention. L'ostensible mise en valeur de violence, le pompage fallacieux d'American History X et la grossièreté des parallèles (autant que les rapprochements faits avec le monde politique français) ne font pas de ce travail quelque chose d'édifiant. Bien au contraire.On fait quelque chose de choquant, avec un vague sous texte politique assez imprécis sinon irréel tant il est marginal, pour tout et rien dire. Mais on ne formule aucune critique construite, fine et intelligente. Chercher à choquer, à fédérer autour de sentiment primaire de dégout, revient à faire de la mauvaise propagande. Pour vendre des disques, à minima attirer l'attention, se faire voir ou pire encore, se donner un style politisé.Au passage, ils ont répondu à la polémique autour de leur affiche (polémique, qui selon le Huffington Post provient de "la fachosphère" et selon le groupe, de gens "à droite, sinon très à droite").

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Ils en ont profités pour expliquer qu'il était question ici de réconciliation avec l'animal, et d'amour. Le propos, c'est "l'amour". Le singe présent depuis le début serait un symbole de l'homme d'avant, "avant qu'ils ne perdent ses poils", qui aurait une vocation de moralisateur pour nous rappeler à l'ordre dans de la musique pop. Bien que ce soit plus intéressant à analyser, et qu'il soit vrai que ce petit singe était génial dans certaines de leurs apparitions et clips, on ôtera pas le caractère un peu choquant et gratuit de ce truc (sans pour autant avoir à être assimilé à un mec de la fachosphère par le Huffington mdr x5).C'est pas étonnant que les gens "à droite voire très à droite" vous tombent dessus maintenant. Ils tombaient déjà, de concert avec la RATP, sur Saez qui mettait une gonzesse nue dans un caddie.https://www.youtube.com/watch?v=U2WGuhRKSLk Alors oui, y'a eu du bon dans le boulot de Shaka Ponk et j'étais le premier à aimer I'm Picky; le fer de lance de leur album de 2011. Là y'avait quelque chose à tous les niveaux. Mais dans le cas présent il faudrait que 1/ les artistes arrêtent de se foutre de notre gueule 2/ les critiques arrêtent de se foutre de notre gueule 3/ qu'on arrête de se laisser foutre de notre gueule.Pose ton like sur

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