A beautiful day: Absolument tout sauf le Taxi Driver du XXIème siècle

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Si je vous dis que ce film n'a rien à voir avec taxi driver c'est pour la simple et excellente raison que c'est écrit sur l'affiche. "La Taxi Driver du XXIème siècle.". Y'aura t'il un Taxi driver du XXIIeme siècle ? Y'en a t il un du XIXème ?Pour l'avoir vu récemment, je n'ignore pas le monument cinématographique qu'est ce film; il faut entendre par là le genie de De Niro dans des discussions poignantes devant un Taxi, l'intrigue qui se goupille avec lenteur, en se révélant cran par cran, et l'explosion de brutalité qui règne sur la dernière partie du film. Eh bien, A beautiful day, n'a presque rien a voir avec ça. Et je suis tout aussi sûr qu'il est de mauvais goût de s'inspirer des monuments du cinéma pour en définir un autre, et non pour critiquer, étalonner, comprendre.A beautiful dayOn est sur un Joacquim Phoenix d'exception, qui a pris 100 kilos depuis son rôle de Commode dans Gladiator, et qui porte une fatigue sur sa gueule bien plus marquée qu'en porte d'ordinaire les quadras d'Hollywood. Ce brave homme à la vie terrible et au talent exceptionnel, interprète là un enfant de 50 berges rongé par des phobies de projection, un PTSD au dernier degré, équipé d'un marteau avec lequel il joue les bourreaux dans des maisons de poupée.Je ne vous en dirais pas beaucoup plus, car j'aimerais que vous leviez vos culs de feignants pour voir ça sur grand écran. Aucune excuse possible, c'est un imperatif catégorique.Pourquoi ? Parce que le scénario est d'une simplicité qui honore le travail d'écriture en ce qu'il contient des questions, des surprises, des réponses et des promesses. Et ça, sans trop en faire, rompt avec une tradition de films de merde qui collent sous la chaussure quand on sort des salles obscures. Cette journée est effectivement merveilleuse, beautiful, et inoubliable. Elle change sa vie, et on pourrait dire que c'était le dernier jour avant le premier jour du reste de sa vie. Tu saisis le délire ?L'image est magnifique et répond souvent à cette simplicité, à ce monde puéril mais violent. Violence mise en scène de manière extrêmement sobre et élégante, sinon futile. La démonstration n'est pas permanente, ce n'est pas un tour de force.Maintenant, faut pas se mentir, c'est loin d'être un Feel Good Movie. Emmène pas ta zouz le voir si votre couple n'a pas de tripes et d'expériences dans le domaine. Je te conseille vivement de te réorienter vers une autre connerie.La réalisatrice est une femme dont je ne connaissais pas le nom. Il faut s'intéresser à son travail de très près. Sa manière de suivre un événement unique, de poursuivre un personnage avec son passé, avec son présent et son fameux "Beatiful Day", a de quoi étonner. La moindre des choses sera donc de la nommer, et de comprendre ses délires au travers de sa filmographie dans les semaines à venir.Le geste virtuose repose sur des démonstrations, qui nous interrogent sur la nature même de la monstruosité. Assez vite partagé, on finit par trancher en faveur de l'enfance et du Boogeyman bien intentionné qui vole à son secours. Il y a un parallèle brillant autour de la notion cruelle et fragile d'innocence.Quant à Joaquin, on ne saurait expliquer comment il a travaillé ce rôle. Un fou avec une profondeur et une authenticité hors du commun. Attachant et compréhensible, malgré la distribution de grandes savates avec un marteau dans le tarin de types et d'autres. Une simplicité déconcertante, qui crée une atmosphère complice, larmoyante et assez sanguinolente.Tenu aux tripes par des souvenirs, par des traumatismes, il vit littéralement dans une douleur qui fait cohabiter en lui de très nombreux etats. A l'image de son corps, l'enveloppe de chair et de sang d'un trompe la mort, il est marqué par un passé.Un passé qui explique son présent, qui le définit en tant qu'homme et fait de lui un des seuls personnage du film. Un héros qui ne nous cache presque rien; nous entrons dans ses souvenirs, ses lubies, ses peines et ses désirs. On finit aussi par comprendre sa logique, sa manière de penser et "faire l'adulte". L'humour assez particulier du film, qui existe tout de même, est susceptible de vous glacer le sang autant que vous tordre de rire. Cette décomplexion a tous les niveaux, scotchée a une armature esthétique comme scenaristique épurée, solide et stable, en font un petit chef d'ouvre à mon sens.C'est donc un immense coup de marteau dans la gueule que je vous conseille sans aucun scrupule. Payez la place de ciné, allez le voir tout seul si vous avez que des fiottes dans votre entourage ou trouvez vous un acolyte, mais là il va falloir faire quelque chose.

CinémaCharal