Brutal Black Project: Tatoueurs nietzschéens et hurlements de douleur

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https://www.youtube.com/watch?v=l9X6nSXwcasUne fois n'est pas coûtume, alors parlons un peu d'un chouette boulot de Vice. Plus habitué à des articles à moitié stupide, pute à clique et sans le moindre fond, il convient de saluer un vrai projet.La nouvelle émission Rite of Passage, tente de formuler des problématiques dans le cadre d'une sociologie moderne et assez ambitieuse. Le premier épisode sur les gangs et les rites d'initiations, témoignent d'un grand savoir faire en matière d'investigation et d'un style à l'image brute de décoffrage. Un travail assez sympa, où le journaliste est invisible, bien qu'on l'imagine mettre chaque protagoniste devant sa caméra sur la voie d'un discours intéressant et profond.Alors, quid du brutal black project ?Le brutal black project, est une idée partagée par deux tatoueurs Italiens. Dans leur habitat Lombardien, ils se passionnent pour le tatouage, puis pour un style graphique pas évident à maitriser, le noir et blanc. Cela ne s'arrête pas là, car dans cette histoire il y a autant de techniques que de philosophies.Le brutal black project s’appréhende comme une expérience de vie. Voir une expérience sociale, une expérience humaine, sinon une expérience de civilisation. Les volontaires acceptent de se faire tatouer des motifs sans diriger une seconde les séances qu'ils vont éprouver. Le but est de restituer le Noir, de couvrir le corps, dans une espèce de sauvagerie dénuée de la moindre pitié.Il faut aller le plus loin possible, souffrir sans broncher pendant que trois ritals avec des dermographes six fois plus gros que d'habitude te mettent en charpie à divers endroits. Les mains, le cou, le visage, tout y passe, tout est marqué. La douleur se fait rapidement sentir, et c'est là tout l'objet du projet; parvenir à se connaître, à se dépasser et à se ressembler.A se connaître en identifiant sa limite dans cette cruauté organisée, et à l'avoir marqué sur nous. La fin du tatouage, c'est la frontière qu'on ne peut plus supporter. Pour avoir l'air brutal, pour se montrer comme tel au reste du monde avec les encres qui en témoignent, il faut "passer par le processus" ("Going through the process" comme dit si bien Valerio). La fin du processus, c'est votre degré de brutalité, affiché sur vous, sous votre peau maculé d'encre noir et de sang.L'intensité de l'expérience, comparé par l'un des tatoués à une torture médiévale quand on enveloppe son visage dans du cellophane, est telle qu'elle vous marque dans l'instant et pour le futur. Il est bien évident que cette résistance est quelque chose de nouveau, une manière d'utiliser le tatouage à des fins spirituelles et non esthétique.C'est là que se cache la dimension assez nietzschéene du Brutal Black Project. Il faut sortir de sa condition, se dépasser et le noir témoignera de cette élévation. Un homme augmenté, passé par le processus, qui sociologiquement affirme connaître (sinon aimer) les bienfaits de la douleur. Qui se complète dans la souffrance qui découle d'un artisanat créatif; le tatouage.L'un des tatoueurs va jusqu'à dire que la figure maternelle, adoucissant parfois la cruauté de la vie, plaignant son fils pour une raison X ou Y, ne lui rend pas service. C'est la douleur qui façonne des émotions nobles et positives, c'est la crainte d'avoir mal qui confine à la lâcheté, à la misère. Encore une fois, cette dimension dans un tatouage demeure réellement fascinante, car il a vocation à durer, à la manière d'une cicatrice, l'épreuve est encrée, marquée là, sur tout le corps.Ce refus de la société, tant idéologiquement que physiquement, est incarné par ces freaks. Ces personnages très particuliers qui acceptent une mutilation sociale pour une raison dur à cerner. Ils ne veulent pas prouver qu'ils sont plus forts, mais à jamais se distinguer. Non pas animée par une pure volonté de se distinguer, mais pour avoir d'une part la certitude de ne plus jamais leur ressembler, en échange de la promesse de rejoindre une communauté qui véhicule le même état d'esprit.Le protagoniste interviewé qui clôture le Brutal Black Project avoue vouloir se "ressembler". Sentiment qu'il décrit comme assez humain, tout compte fait. Aspirer à être tel que nous nous voyons, tel que nous nous désirons. Devenir un être plus complet, plus fini. Cette volonté rejoint chez lui une sorte de folie, de déraison dont il a conscience, qu'il côtoie et aime vraisemblablement exprimer. Son rapport à la douleur est aussi extrêmement particulier, quelque part entre le masochisme gratuit et la représentation artistique de la douleur, il y a une ambition magnifique.Car être couvert de noir, sans logique ni motif, est un frein à n'importe quel ambition "classique" en société. Ce sacrifice esthétique au profit de la douleur, au profit de l'adhésion à un état d'esprit, comme la pulsion qui pousse à se faire couvrir entièrement quitte à hurler à la mort, c'est intime, c'est profondément ancré dans la marginalité. Faire l'effort de venir comprendre est une noble démarche, et faire l'effort d'observer, de ne pas juger en connaissance de cause mais en tachant de comprendre, de se détacher de nos opinions préfabriquées, c'est une étape de plus.Si les motifs ne correspondaient pas à ce qu'ils sont sous leur peau, on pourrait dire que ce travail est un gâchis, que le corps eût été marqué pour rien. Mais ce n'est pas le cas, ces gens aspirent à se prouver, et à prouver aux autres quelque chose d'intemporel, qui à l'image de n'importe quel autre tatouage ne pourra mourir qu'avec eux. Il y a là une vocation pour transformer le corps physiquement, dans un cadre social et interactif standardisé, et montrer les sévices d'une doctrine philosophique qui laisse des traces.Voilà donc un rite de passage assez profond et complexe à comprendre, très bien mis en lumière et exprimé par VICE. Pour une fois que ça ne parle pas de lire l'avenir dans son vomi, ni de puceaux qui détruisent les maisons de campagne pendant vos soirées, ni de comment le gluten rend stérile, faut le dire.

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