Black Mirror: De la réalité à la fiction.

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En règle général, c'est la fiction qui berce la réalité. On est encore là, à chercher à comprendre pourquoi les ingénieurs n'ont pas réussi à faire naître les produits de Retour vers le futur. Où est mon overboard ? Où sont mes chaussures Nike auto-lacante ? Pourquoi on ne peut pas niquer sa mère dans le passé ?Qui répond à ces problématiques ? Qui est payé pour ça et se branle depuis des décennies ?La réponse à ces questions est assez simple. Les futurologues sont des braves bouffons. Bouffons parce qu'ils intéressent le monde en proposant des alternatives au quotidien dans un futur proche. Braves parce qu'ils proposent des interprétations du présent en se projetant dans le futur (la bravoure étant parfois voisine de la bêtise). Si nous n'avons pas d'overboard, c'est pour la raison simple que tout ce qui existe dans les univers de fiction n'a pas d'attache avec le réel.Je m'explique. Si les voitures pouvaient voler, elles eût volées dès leur conception. Il y a parfois un problème technologique qui nous sépare de l'acquisition d'un progrès. Passer d'un skateboard avec des roulettes en polymères à un réacteur magnétique supra chelou qui flotte sur l'eau; c'est plus proche de la démence ou de la réflexion de voyante dans une roulotte, que de la réalité (même augmentée d'un progrès). C'est une logique de "Black Swan" qui se manifeste ici; les innovations sont imprévisibles, et se montrent comme un "cygne noir". Vous n'en avez jamais vu, et pourtant il existe, et va retourner tout le marché, tout le présent, toute la logique. Il est donc par nature inimaginable.Comprendre en revanche que cet outil n'existera pas, et se projeter réellement pour se demander ce qui pourrait voler, c'est une démarche d’entrepreneur. C'est voir le drone et le futur du drone à l'époque où internet n'existe pas, c'est lancer Parrot en 1994. En 2010 proposer des drones volants comme un jouet, et en 2015 lever 300 millions d'euros pour envahir l'espace semi aérien d'objets volants connectés pour effectuer des livraisons.Si les concepteurs d'un futur fictif se gourre quasiment à chaque fois, c'est pour la simple et bonne raison qu'ils partent d'hypothèses ancrées dans le futur, qui sont des spéculations basées sur des fusions de technologies existantes, pour les appliquer à un présent par définition technologiquement sous évolué. Voilà pourquoi Retour vers le futur montre une voiture volante et une pizza miniature au lieu de parler d'internet, d'imprimante 3D, du bitcoin et des autolibs. Le futur est comme ça, il te tombe sur le coin de la gueule en arrivant pour peu que tu aies eu l'audace de parler de lui.Une des seules manifestations créatives qui s'affranchit volontiers de ce processus, c'est Black Mirror. La série Netflix, à succès, rempile pour une 4ème saison, qui démarre l'année à toute berzingue. La question, c'est comment Black Mirror part de la réalité pour s'inscrire dans la fiction, et non de la fiction à intégrer dans la réalité ?Chaque épisode de Black Mirror n'est pas situé dans la temporalité. On ne sait souvent ni où, ni quand cela se déroule. C'est déjà un game changer, d'ignorer de quelle époque on parle tout en la présentant comme étrangement familière.Chaque épisode choisit une technologie, ou une philosophie appairée à un type de technologie, pour fantasmer sur une dérive humaine. Le dénominateur commun de chaque épisode, qui sont pourtant si différents les uns des autres, c'est la nature humaine. On met en scène sa méchanceté, sa sournoiserie, son intelligence, sa tristesse, son génie, son rapport au masochisme, sa peur de la mort, le regret, la perte de l'être aimé, ou encore l'ambition... L'accent qui change tout, c'est la technologie que l'humain utilise pour se sortir de cette situation.Souvent mis en scène autour du rapport historique entre le corps et l'esprit, les épisodes se concentrent systématiquement sur la compréhension du personnage. Autant de temps est consacré à la description fidèle d'un environnement et d'une personnalité, qu'à son évolution dans la dérive technologique. Enfin, chaque épisode explore cette dérive en partant d'éléments concrets et d'ores et déjà réel.Vous comprenez la différence ? Là où retour vers le futur fusionne volotiers le skate et le petit avion, Black Mirror va continuer l'expérience actuel de réalité augmenté pour la transformer en cauchemar. Un épisode consacré à la notation des gens et des services laissent présager un cauchemar extrême, avec un système qui se multiplie aujourd'hui. Si tu as moins d'une certaine note sur l'application Uber, tu payes plus cher. Si ton chauffeur est trop dévalué, il ne pourra plus être chauffeur. Nous avons déjà ce pouvoir, et l'utiliser à mauvais essient nous plongerait peut être dans une dynamique sauce Black Mirror. Cet épisode de la saison  est quelque peu complété par notre rapport à l'image, par une sorte de popularité numérique sans valeur, que nous offrons déjà à ces instagrameuses retardées qui se pavanent autour de piscine parce qu'assez de viewers la regardent se pavaner autour d'une piscine.En soi, la série complète l'innovation par le fantasme. Et lorsqu'elle innove sur un produit ou service, pour ensuite en présenter l'horreur couplée à l'usage que l'humain en fait, elle le fait en connaissance de cause.Elle invente, ce que nous pourrions inventer, ce que nous avons déjà pensé, ce que nous aimerions avoir et en fait un cauchemar. Il en va ainsi d'un épisode de la dernière saison, où il est possible de protéger ses enfants grâce à une puce. On peut voir ce qu'il voit, savoir où ils sont, et éventuellement brouiller certains contenus choquant qu'ils sont susceptibles de voir. Avez-vous une vague idée du nombre d'entreprise qui propose déjà des services semblables ? N'est-ce pas la continuation naturelle de la société que nous dirigeons ?Du baby phone jusqu'au peluche qui film les nounous, en passant par les milliers de contrôle parentale disponible pour arriver au GPS pour enfant. C'est la peur de la mère qui se traduit en atrocité dans l'épisode, pas la technologie en elle même qui se galvaude d'être "un objet disponnible dans un futur proche". Alors, la puce est une innovation qui ne verra probablement jamais le jour; mais quelle différence avec nos outils actuels ? La puce n'a t-elle pas déjà vu le jour ? C'est là que la série propose une alternative géniale.Cette dimension satyrique de la nature humaine face à la technologie est tout l'objet de la série. La projection dans le futur ne semble pas être son crédo, contrairement à ce qu'on pourrait penser. Son objet, c'est l'humain.J'écrivais que chaque épisode est différent, et ils le sont. A tous les aspects, tant devant la nature l'objet, le sujet, que la manière de filmer, de réaliser, de montrer et de mettre en scène une histoire toujours différentes. Il est impossible que vous regardiez tous les épisodes en les aimant ou en les détestant tous. Mais chacun d'entre eux parlera d'une manière différente à votre sensibilité, et il en sortira forcément quelque chose.Je conseil donc cette expérience, d'une part pour illustrer cette théorie et d'autre part pour vous divertir en vous mettant une grande claque dans la gueule. 

TélévisionCharal