Cyber-Harcèlement: Bilan de la moralisation et renaissance des carrières.

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Vous connaissez Marion Séclin pas vrai ? C'est une comédienne qui nous vient de la première fournée des Trublions de l'internet français. Même si en général, ces pauvres types ne nous inspire pas grand chose, il faut saluer en quelques lignes la remontada d'un personnage qu'Internet croyait avoir tué.A ses débuts, elle bosse quelque temps avec la ferme Jérôme, puis fait son trou au studio Bagel tout en s'installant chez Mademoiselle.com. Elle avait quelque chose de sympa, un air ingénu légèrement grunge et un humour communicatif à ses débuts.

https://www.youtube.com/watch?v=7MVtApdDjCU

C'est d'ailleurs assez drôle de voir que l'une des premières apparitions de Marion est une caricature de la femme insupportable dans les rayons d'un magasin, qui cherche à dominer son mâle avec un comportement rétrograde pour assouvir une pulsion de modeuse assez insignifiante. Par suite, elle envoi des gros skuds dans la tronche des vendeuses de chez Citadium; ça en fera marrer certains, parce que c'est de "l'humour".

A un moment donné, il y a eu un couac dont tout internet a entendu parler en France, parti de la chaine de Mademoizelle.Mademoiselle.com est un site (ça s'écrit madmoiZelle.com), qui se définit facilement comme l'inverse d'Iter Criminis; c'est à dire une site qui parle d'actualités culturelles comme "ces personnages de séries avec lesquels je suis ami dans ma tête" ou encore "5 idées reçues sur le viol expliquées à Onfray et Luc Ferry". En gros du vent, du vent, du vent... Mais du vent qui moralise les comportements et encadre les gens.

L'une des chroniques sympas qui existe étant le Street Tattoos, tourné dans la cours d'immeuble de la rédaction avec toutes sortes de personnages. On partage parfois des histoires riches sur les tatouages d'inconnus ou de personnalités; bref l'idée se vaut.Mis à part cette rubrique, on a souvent droit dans leurs contenus à un ramassis de bullshit bien pensant, progressiste, abordant une vision de la société très moralisatrice. On te réduit à l'état d'un vieillard dégénérescent de la pensée et on te fait la morale fréquemment si tu partages pas les "5 idées reçues sur le viol" ou le harcèlement... Se dégage de cette logorrhée, un sentiment de supériorité s'apparentant à une école de pensée divine et divinisée par les lectrices.

Le pire étant je crois ce genre de merde livide et infernale.https://youtu.be/KEIpmIpEBus

Liste de 3 idées minables et apparemment "reçues" (Top bien pute à clique): 1) le BDSM c'est pas forcément ultra violent, 2) Le BDSM n'est pas une déviance, 3) Le BDSM ne nécessite pas de matériel. Elles ont dû être cherchées pendant des mois par une équipe de choc, composés de fins connaisseurs du BDSM et ses déclinaisons, de son histoire et de la pratique que ça suppose. On peut dire sans mal qu'à priori elle n'y connait rien, qu'elle introduit un sujet auquel elle ne comprendra jamais rien, et pour le prouver je m'engage à écrire sur le sujet afin que vous constatiez la différence entre les gens qui parlent et les gens qui réfléchissent.

Rendez-vous compte, il faut tout de même 5 minutes pour lui faire dire 3 conneries pareilles. Elle pense aller éduquer des petites zoulettes bien fragiles, qui veulent donner des ailes à leurs sexualités (naissantes) parce qu'elles sont chiantes à mourir. Même pour elles, c'était pas des idées reçues. En revanche c'est bien sponsorisé par la sortie de la plus grande caricature du BDSM que l'histoire ait connu: 50 nuances de conneries, où la romance rencontre un coup de cravache sur la cellulite d'une ingrate vénale et où on nous fait croire que ça revient à la mode. Tout ça sera revenu à la mode quand on rouvrira les donjons métro Edgar Quinet et qu'on pourra parler du Marquis de Sade au bac de français: c'est ça la libéralisation des mœurs, pas un blockbuster minable écrit par une dinde devenue millionnaire en faisant les poches des cougars en mal de fantasmes dans la société américaine.Faut aussi mentionner que la chroniqueuse possède une série "The Boy's club" qui traite de la masculinité. Comme ça elle s’accapare aussi des moyens de discuter de ce que les hommes doivent faire, penser, ou comment percevoir classiquement des situations.

https://www.youtube.com/watch?v=DMH3BIewLCI

On nage en plein délire là... En plein délire. "La rubrique masculinité de Mademoiselle"... "Une des composantes de la masculinité est de ne pas parler des sujets qui fâche, donc je me saisis du sujet et j'en parle à ta place, parce que tu sais que dire bite, donc je donne objectivement la parole à mon mec pour qu'ils répondent à mes questions." Woaw rectitude intellectuelle de bolchévik mal assuré qui force l'admiration des directeurs de la propagande de tous les régimes fascisants de l'histoire.

Bref reprenons sur Séclin je vais m'énerver sinon. Elle fait aussi une vidéo de ce genre pour parler du harcèlement dans la rue, ce qui goupille une tempête super violente.

C'est là qu'intervient le couac si tu te souviens bien de tout ça. Dans tout ce shitstorm va s'inviter un soucis de taille. Prendre beaucoup d'assurance pour démontrer quelque chose, pour apporter une nouvelle manière de voir le monde, et le faire sur internet, c'est plutôt dangereux. On a déjà expérimenté des harcèlements de masse aux USA grâce à 4chan. Entre les types qui torturaient des chats et qui ont reçu plus de Pizza chez eux, qu'en vende tous les ritals de Paris en un an, et les Jessy Slaughter dont la souffrance n'a d'égal que celle de Marion Séclin.

https://www.youtube.com/watch?v=q_ZUHQFHMBI

Préface visionnaire aux procès et aux hashtags vindicateurs Balance ton porc ou Metoo, qui vient poser des débats de sociétés stériles et nullissimes autour du droit de draguer. Alors Harceler les femmes dans la rue c'est interdit, comme harceler n'importe qui. C'est le ton un peu haut perché qui a fait qu'un scandale super violent déchaine la toile lorsqu'on confond la drague et le harcèlement. Les skuds fusent de partout désormais, proviennent de Haters de compétition de la Youtube Sphère ou de gens plus rationnels qui posent le débat pour démêler la confusion.

Ce qui est terrible dans cette affaire, reste que défendre une femme harcelée est une évidence. Il s'agit de déterminer des situations (et non laisser le flou d'une féministe qui fera n'importe quoi de cette incertitude pour toujours avoir raison) qui ne sont acceptable pour personne, et de mettre en place des mécanismes pour les prévenir, les gérer, seul ou en société. Il est aussi inutiles de lancer des Hashtags puérils que de faire des procès sans fin à des situations vécues par tout le monde, du matin au soir, en culpabilisant un "homme" sans forme ni visage. Il y a des fortes chances que ce terrorisme intellectuel primaire ait conduit la pauvre Marion a devenir une martyr à son tour.

Il faut avouer que je ne la portais pas dans mon cœur, sans bien sûr me réjouir de son sort. Internet est vilain, il faut toujours en plaindre les cibles, et je la croyais broyée par ses velléités, emportée dans un tourment que même la communauté de Madmoizelle ne saurait corriger. Et pourtant... Marion multiplie les apparitions et se retrouve plus mesurée que jamais, sinon soutenue par une communauté qui sort de terre (et qui, j'imagine, a dû l'accompagner dans la galère d'une année entière de violence quotidienne sur internet). Ainsi le site qui l'a mise dans la merde lance les hostilités en réinvitant leur figure de proue sur un canapé connu des internautes friands de choses de filles.

https://www.youtube.com/watch?v=3P29EoOjhOE&t=676s

Marion livre également son expérience lors d'une TEDx et sur les ondes de Nouvelle Ecole (un podcast très enrichissant que je vous invite à découvrir, sur de nombreux sujets et avec des invités très inspirants). Elle revient bien sûr sur son vécu, sur la réalité de la situation, et se révèle d'une sagesse assez éloquente sur ces questions. Dans la foulée, elle lance sa Chaine Youtube, et plébiscitée par un grand nombre de tronches connues du YT Game français, elle atteint 150k d'abonnés en quelque jours seulement.

https://www.youtube.com/watch?v=sphZS8JVwNc

Finalement, une fille intéressée par un grand nombre de sujets, qui parle un argot élaboré et se plait dans ses baskets de créatrice, se prend un tourgnole injuste pour avoir diffusée une idée. Elle se reconstruit, et ce retour est un coup de communication assez extraordinaire. Il semblerait que tout le monde s'intéresse à elle (même Iter Criminis se fait avoir ptn). C'est tantôt une leçon de courage, tantôt une leçon de bêtise qui se présente à nous. Revenir d'entre les morts est un hobby qui sied à des mecs comme James Bond ou Highlander, mais quid d'une youtubeuse cyberharcelée pendant des mois ?

Eh bien, elle revient. Elle s'installe et elle fournit un assez un bon retour d'expérience sur ce qu'elle a vécue pendant des mois. Elle ne bannit pas non plus de son vocabulaire tous les petits pics qui l'ont conduit ici, mais quel intérêt ? Désormais blindée, elle n'en a rien à carrer. Il est probable également, que certains lui ait démontrés que la drague dans la rue n'était perçu de la façon dont elle la décrivait que par certaines personnes. La confusion entre harcèlement et drague à vite été surmontée par la demoiselle moyenne. Elle avait en fait mis le doigt sur un truc qui menaçait d'exploser, sur une souffrance palpable. Seule, elle n'avait pas mis les bons mots, et le manque de compréhension d'une communauté corrosive d'internet (pleine à craquer de mecs qui ne draguent jamais dans la rue par ailleurs) l'a conduite à se faire emmerder pendant des mois.

Il apparait qu'on s'en sort. Et cette phrase qu'elle prononce dans le Podcast de nouvelle école est assez profonde (tout en gardant ce côté ingénu qu'on adore): "On ne meurt pas d'humiliation, on ne meurt de rien à part de la mort."  

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