Altered Charbon: ça ressemble toujours à la Chine le futur

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J'espère que t'as déjà compris qu'on va aborder le sujet d'Altered Carbon, la série de Netflix qui vient de sortir dans un ramdam publicitaire rare. Y'a bien un ou deux bouffons qui vont lever la main pour dire qu'on parle trop de cette ptn de plateforme (et pour cause, on le faisait déjà ici), mais bon...

Mais bon quoi ? Eh benh Altered Charbon est un détour. Il n'est pas indispensable, mais c'est un détour. Vous y trouverez une synthèse assez habile de films qui se multiplient depuis quelques temps (Hunger Games, Divergente, Le Labyrinthe) et de délires plus proches de Philip K. Dick, d'Alien, et de vieux films de SF qui font passer le futur pour un quartier chinois.

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Alors, Chine ou Futur ?[gallery ids="4579,4580,4581,4582" type="rectangular"]

Sauras-tu retrouver lesquelles de ces photos sont prises en Chine ou dans le futur ?

Ce rapprochement étant tout à fait justifié, on ne s'étendra pas dessus et vous vous rendrez compte par vous même que l'architecture des édifices, les couleurs et les ruelles sombres font systématiquement penser à un bled où on te sert des manchons de poulets brûlants avec une pince crade dans une barquette, où tu peux acheter des contrefaçons de bonne facture et de la gnôle frelatée avec des scorpions dans la teille.

Venons-en au fait: Altered Carbon.

Ça cause d'un type qui répond au nom de Takeshi Kovacs. Ce Japonais intergalactique, au passé plutôt flou, était autrefois un "Envoy". Un Envoy, c'est une sorte de super soldat guérillero qui est capable de te mettre un soufflet en karaté à n'importe quel moment. Il est aussi formé pour changer de corps et se faire passer pour quelqu'un d'autre. Il doit en principe créer un groupe de locaux autour de lui afin de remplir sa mission, et ce peu importe où il est largué. Leurs intuitions proviennent d'une éducation complète qu'ils tiennent d'une gourou avec une vision politique de l'avènement d'une société future, et un philosophie assez grecque de la culture du corps comme de l'esprit.

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Il se trouve qu'à l'époque de Takeshi on commence à peine à découvrir le pouvoir d'une "pile" que l'on met dans la nuque des humain à l'âge d'un an. Capable de stocker votre esprit et votre mémoire, votre corps n'a plus beaucoup d'importance. On apprend donc à ces Envoy à maitriser des simulations virtuelles et à se battre correctement afin de lutter contre le "Protectorat". Sorte d'empire galactique sur lequel on ne sait pas grand chose.

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Bref, pour la faire courte l'histoire commence en l'an 250 après Takeshi Kovacs. Il est ramené d'entre "les morts" (en vérité d'un espace de stockage virtuel qui sert de taule pour les durs à cuir dans son genre) et est inséré dans un corps random.Un homme richissime, maître d'une caste appelé "Maths" (pour Mathusalem, personnage de la bible ayant vécu 969 ans), le ramène à la vie pour enquêter sur sa propre mort. En effet les Maths étant un ersatz des 100 familles, ils disposent d'une vie et d'une fortune infinie. Supputant avoir été la victime d'une tentative d'assassinat, il se paye le dernier Envoy pour mener l'enquête.

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Les deux enveloppes de Takeshi Kovacs.

Le pitch est posé, et croyez moi sur parole c'était pas facile de faire si court. Si vous lancez le premier épisode, vous découvrirez ce monde futuriste et cyber punk aux côtés de Takeshi, un cynique suicidaire et politiquement engagé dans sa jeunesse contre l'avenir de la société tel qu'il la vit à son retour du stockage. C'est donc une horreur qu'il va prolonger toute la saison, en acceptant de se faire une place dans un univers changé. Nous errons sur Terre avec lui, afin de résoudre ce qui se présente comme une enquête policière avant de progressivement se splitter en plusieurs sous intrigues.

Qu'est-ce qui est digne d'intérêt dans Altered Carbon ?

Déjà, Netflix a fait des efforts cruciaux pour amorcer le succès de son show. Entre la publicité, les mises en valeur ci et là, l'ouverture d'une boutique éphémère à Paris et le budget pour réaliser la série, on est à peu près calmé. Il est à peu près certain qu'ils ont l'ambition d'en faire un nouveau fer de lance, avec 12 saisons (l'auteur du roman dont la série s'inspire a déjà planché sur plusieurs bouquins) et un engouement record. Bref, ils tiennent leur nouveau marché.

Ce dernier s'inscrit dans la lancée de choses à succès comme l'univers de Blade Runner (et les autres, qui appartiennent à l'esprit de K.Dick - visuellement on peut citer Electric Dreams-), du Cinquième Élément, d'Avatar, voir de délire plus futuriste et moins spatial comme Westworld ou Black Mirror. On retrouvera les ambiances, les décors, les armes et les drogues inventés pour l'occasion. La série tourne beaucoup autour de cette fameuse histoire de "piles" qui contiennent les consciences et des interdits qui vont avec (comme le "double sleevings", ou le "transleeving"). Lors de flashback de Takeshi au cours de ses entrainements, il y a de longues réflexions politiques sur l'avenir d'une société où les humains ont dépassés la mort. Bien sûr, on essayait alors d'éviter l'avènement d'humains immortels et tout puissants, vivant comme des dieux parmi les hommes. Tout cela constitue une assez bonne partie de la série, les partis pris sont intéressants et même si la mise en scène est parfois fade ou réchauffée, on trouve des apports non négligeable à ces univers déjà parcourus.

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Maintenant, faut accrocher sa ceinture parce que c'est le moment où on commence à jeter de l'acide. Comme je le disais plus haut, Altered Charbon souffre d'une ambition détestable. Le but de Netflix étant de créer des shows à succès et de nous scotcher à notre salon pour qu'on mate leurs merdouilles encore et encore, ils ont teintés cet univers de moments faisant écho à des succès commerciaux terribles. A ce titre, il convient de mentionner Hunger Games, Divergente et tous les autres romans de gare pour adolescente en mal d'amour, qui se dévore en 2h20 en présentant une dystopie foireuse où tout le monde est habillé comme un clochard sous ecsta, avec pour héroïne une adolescente molle et pauvre à laquelle tout le monde s'identifie, et un gouvernement avec des soldats sans visage prêt à tout pour faire respecter l'ordre.

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On nous joue donc le numéro de la vieille révolte des peuples pour la liberté dans la galaxie et le retour d'un des rebels avec un esprit à l'ancienne (probablement l'élu d'ailleurs) qui vient botter le cul de tout le monde pour faire régner la paix et la justice. Le pire, c'est qu'il teinte réellement l'image de ce genre de couleur et de niaiserie planplan pour qu'on adhère. C'est un additif dont on ne reprendra pas sans être dûment informé de la douille ainsi glissé, donc je vous préviens.

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Bien sûr, tout cela contribue à octroyer à la série une popularité facile en se basant sur un modèle qui a déjà fait ses preuves. Même si le pitch de départ se prête bien à un renouveau, l'épisode pilote introduit un monde vaste, sans limite et un personnage "nouveau né". Ce qu'il fait de l'intrigue, de son environnement et ce que nous comprenons de son passé aurait pu éviter de mener à une porte ouverte sur un show à rallonge avec une intrigue qu'on a la possibilité d'étendre jusqu'à ce qu'elle ne rapporte plus de pognon. Le pitch semblait si fascinant, et certaines scènes inventent littéralement des choses (là où d'autres scènes pompent gratuitement des références, bonnes ou mauvaises).

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Il y a ce schéma narratif assez peu ragoutant, sans cesse tendu sous l'intrigue principal, qui veut qu'on adhère à tout prix. La volonté de tout expliquer rend souvent la suite des évènements prévisibles, laisse une sensation de déjà vu, voire introduit une tentative de bourrage de crâne pour que nous puissions penser "comme le héros". On ne va pas se mentir, ça va bien deux minutes.

Au niveau visuel, il y avait des ambitions au départ qui sont rattrapées par un manque d'imagination. Cela peut sembler paradoxal, mais tout est dans le titre. On s'inspire un peu par ci, un peu par là, on crée un squelette pour assurer le confort du chaland... Mais on oublie que pour inventer un univers, le faire réellement, il faut en fermer certaines des portes. Les ouvrir en grand, à l'intérieur d'un magasin éphémère et tout au long de la première saison, c'est faire raccrocher les wagons à des gens sans imagination. On force ici la création d'un communauté de fanatiques, par tous les putains de moyens.

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Des Cosplays bien foireux de fanas chtarbé jusqu'à la moelle.

Pour vous redonner de l'espoir, si vous aimez les bastons bien chorégraphiées, ils ont fait un effort dans Altered Carbon. Il est assez rare de voir un film de SF, ou une série, dans laquelle on assiste à des combats à mains nus très fréquemment. ils sont épurés, souvent élaborés, parfois longs et riches. On y ajoute des panoplies de drogues et d'armes, insuffisamment creusés mais pas inintéressantes, qui donneront aussi lieu à des évolutions. Le fait que plusieurs acteurs jouent un même personnage relève aussi de la performance. L'exécution est assez bien maîtrisé, et il est rendu appréciable de passer d'un monde à l'autre et d'un visage à l'autre sans trop de brutalité au final.

Pour conclure, c'est une série dont le potentiel est gâché par la volonté trop marqué de la rendre populaire. Il est fort probable que le succès soit corrélé avec la manière dont on guide le spectateur dans un univers, au même titre que la manière de guider en dit long sur notre imaginaire. Et il semble qu'on nous prenne pour des débiles chez Netflix, ce pour quoi Iter Criminis commence à balafrer ses productions. On le fera à chaque fois s'il le faut, mais la fin de la saison est à la hauteur de la machine à fric que j'imaginais en regardant la saison.

Peut être que vous avez besoin de ça, ou que vous êtes des fanatiques d'Hunger Games et de Divergentes, auquel cas foncez ! Sinon, vous serez happés par des détails et tomberez dans le panneau. Vous vous réveillerez 10 heures après avec un bleu au cerveau et l'intime certitude que des gamines feront la queue devant la boutique pour les 74 prochaines saisons. En fin de compte, le futur ça ressemble toujours à la Chine parce que personne ne se sort plus les doigts pour l'inventer, mais aussi parce que tous ces futurs sont surfaits à la manière d'une contrefaçon chinoise.

Je te conseil vivement d'aller chercher autre chose dans le Menu, et d'aller nous rejoindre sur Facebook parce qu'on y partage pas mal d'autres choses. Allez bouge !

TélévisionCharal