Fitzcarraldo et la démesure

gal

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Avant de commencer la cet article, j’aimerai vous poser la question suivante. Quel est le dernier film gros budget qui vous a profondément marqué? Simple question, mais ne répondez pas Blade Runner 2049 ou autres merdes dans le genre auquel cas il serait inutile de lire la suite. En fait, pas si simple comme question quand on y pense. certesquelques irréductibles réalisateurs résistent encore et toujours aux producteurs, mais à part Fincher, Scorsese, Nolan (oui j’ai bien dit Nolan) et deux trois autres tarés, il ne reste plus grand monde pour porter ses couilles et avoir de l’audace. Mais ce triste phénomène est surtout visible de nos jours, et les anciens nous rappellent qu’il fût un temps où les artistes pouvaient réaliser un film sans qu'un vil producteur capitalisto-imperialiste, avide de jeunes femmes et d’argent ne détruise son oeuvre.

Cette époque, je l’appelle, le miracle des années 80. Ainsi, c’est dans ce contexte de prospérité que sort le film qui va à jamais changer la définition de la démesure, ce film, c’est Fitzcarraldo.

herzog-grizzly-man

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Réalisé par ce gars,

il cache bien son jeu, car aux premiers abords, on le dirai presque sain d’esprit. Aussi connu sous le nom de Werner Herzog, il à déjà dans son palmarès quelques énormes classiques du cinéma comme Nosferatu ou encore Aguirre la colère de Dieu. Deux points communs lient ces trois films. Ils ont tous été réalisé par Herzog, et y figurent tous un certain bonhomme du nom de Klaus Kinski.

Alors lui, il ne cache même pas son jeu, il a une bonne tête de psychopathe, et ferait passer la tronche Javier Bardem pour celle d’un enfant de coeur. C’est cet homme qui interprétera magnifiquement le personnage de Fitzgerald, businessman dont le rêve est de construire un opéra au milieu de la jungle dans le trou du cul du Pérou. Sans s’arrêter sur les raisons qui le poussent à faire cela, en partie parce qu’il n’y en a pas, il décide d’acheter des terres afin d’exploiter le caoutchouc et de faire assez de thunes pour construire son opéra. Seul problème, le lieu est inaccessible directement par bateau, il faut passer par un autre fleuve, plus calme, puis tout simplement enjamber une montagne. L'idée semblerait con aux yeux de n'importe qui, mais pour Fitzgerald c'est un bon plan, et il se lance résolument dans l'idée. Ce projet démesuré, n’a pas moins de sens que le film en lui même, qui verra se réaliser littéralement toutes les connerie de Fitzgerald, mais dans la réalité.

 

La production a évidemment été chaotique, presque plus que son précédent film, Aguirre la colère de Dieu, mais faut pas pousser. Parce que oui, je vous l’ai pas dit mais alors que 40% de la production était faite, ils ont dû recommencer le film à 0 pour prendre Kinski à la place de Jason Robards pour le rôle principal. Ça et quelques inondations, accidents en tous genres, un Kinski qui pète un câble sur le plateau à maintes reprises et j’en passe.

C’est que ce film dont la réalisation est magnifiquement bordélique et titanesque, bah il ressemble un peut au projet de Fitzgerald non? Herzog ne fait rien au hasard et Fitzgerald n’est pas n’importe qui, c’est la représentation de l’idéal de Herzog. C’est le personnage qui non seulement, ne laisse personne se mettre en travers de ses projets les plus fou mais qui voit la démesure non pas comme un obstacle, mais comme une justification. Pour lui, elle se vaut en elle même. Et c’est beau putain, quelle est la dernière fois où tu t’es lancé un défi dans le seul but de le réaliser sans aucun bénéfice à la clé ? Bah jamais gros con. Mais donc si Herzog a créé Fitzgerald à son image, c’est pour une raison. On se rend compte que le film entier est une reproduction du fantasme Herzogien si je me permet l’expression. Mater ce film c’est entrer dans sa tête, s’y enfoncer profondément comme on s’enfonce dans ce fleuve sans fin. Et à s’y enfoncer, on entre dans le même fonctionnement que Apocalypse Now. À chaque tournant du fleuve, on ne sais pas à quoi il faut s’attendre. Si on doit se préparer à affronter l’angoisse du temps qui s’étend, au point où ton équipage ne te fais plus confiance. Si on doit affronter un problème dont tu es le seul responsable. Chaque stade de l’avancée du bateau est une strate plus profonde dans le crâne de Herzog. Le film nous prouve à maintes reprises que Herzog à un cerveau magnifiquement dérangé, et tous ces moments parfaitement irréels nous le montre. Lorsqu’il met du Caruso scambiato per Dio par dessus les tambours indiens pour les calmer où lorsqu’un parapluie flotte sur le fleuve, venu de nul par, ou tout simplement lorsqu’un bateau de plusieurs tonnes s’élève sur un montagne.

herzog-cover

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On ressent profondément la jouissance que la musique lui procure. D’ailleurs, il se trimbalera tout le long du film avec son putain de gramophone qu’il brandira à chaque fois comme un bouclier face aux obstacles. Ce détail apparaît comme secondaire, mais prend tout son sens lorsque l’on comprend que Herzog, à travers ce film, nous confie intimement, l’effet que lui procure le cinéma. Il prend un autre sens est devient une motivation pour s’aventurer dans les confins de la jungle, et hisser un navire sur une montagne.

En bref, ce film est un grand délire qui réinvente le cinéma d’ambiance, c’est à dire le cinéma de genre. Le rythme du film se perd dans la contemplation hypnotique de la folie humaine comme on l’aime. Celle qui nous pousse à accomplir de grandes chose et à être un peu plus qu’un misérable bipède. Je vais m’arrêter là, parce que parler de ce film en sa totalité serait un long supplice que seuls quelques amis sont prêts à supporter. J’espère juste avoir accompli mon but ultime, vous donner envie de mater ce bijou (ou plutôt cet ovni).

Goeür

Cinémagoeur