Le Fondateur : Comment un chacal du business a monté en l’air les frères Mcdonalds ?

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Dans les salles obscures l’année dernière, Le Fondateur retraçait l’histoire de Ray Kroc, l’homme derrière le succès de MacDonalds. Une histoire sale et inspirante, qui démontre qu’on peut faire fortune pendant la crise de la quarantaine, larguer sa femme qui nous soutient depuis toujours et niqué tout le monde à la table des négociations grâce à un sens des affaires plus proche de la prédation que de la simple disruptivité d’une idée.

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Au cinéma, ce film ne m’avait pas particulièrement marqué. Il fait partie de ce genre de film auquel un grand écran n’apporte pas grand-chose. Simplement narratif, sans beaucoup d’effets de manche ou d’exercices stylistiques, le film raconte une histoire. Il la raconte d’une manière assez austère, avec le filtre jaune que les 70’s pose sur les images.

Je connaissais déjà l’histoire de Mcdonalds, et il est possible que tout le monde la connaisse vaguement bien qu'aucun restaurants ne la raconte ouvertement. Contrairement à KFC, on n'est pas si fier d'où on vient et de comment on est parvenu à mailler chez Ronald. Nous sommes presque en présence d’une sorte de légende urbaine… Mais ce film la raconte avec une certaine précision, tant dans la reconstitution d'univers visuels que dans la narration, et met des mots, des images et des stratégies sur les évènements qui font l’histoire de la firme. On vient traduire d’abord l’émerveillement d’un pauvre type, en errance sur les routes pour vendre des produits miteux avec des phrases toutes faites, lorsqu’il croise pour la première fois les frères Mcdonalds.

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On voit ce mec passer sa vie dans sa voiture, loin de chez lui et de sa femme qui l’attend en permanence. Vendeur ambulant de machines capables de faire plusieurs milkshake à la fois, il erre littéralement dans tous les drive-in des Etats-Unis. Un beau jour, une société lui commande 8 machines et désire être livré au plus vite pas très loin de San Bernardino. Vous l’avez compris, le business florissant des frères Mcdonalds vient de rencontrer un requin.

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Alors cet alcoolique dépourvu de destiné se rend la-bas, et découvre leur invention : le « fast food ». Plus de drive-in, plus de bagnoles, plus de serveuses. La commande se fait au comptoir et est prête en 30 secondes grâce à une orchestration hors du commun, la chaine de production est contrôlé avec précision par Dick Mcdonalds, qui a mis au point cette routine extraordinaire. Chronomètre à la main, toutes les taches sont coordonnées, millimétrées et leur exécution parfaite permet la rapidité du service. Une fois la commande récupéré, vous êtes libre d’aller la manger où vous voulez.

Bien sûr, Ray va les convaincre de franchiser leur idée. Par le biais d’un contrat, il obtient le droit de vendre la technique des frères en échange d’un pourcentage médiocre du chiffre qui posera très vite problème. C’est là que le génie de Ray va commencer à se faire sentir.

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Si vous êtes amateur du monde de l’entreprenariat, et un fervent fanatique d’Oussama Amar, vous avez probablement entendu que les affaires de restauration sont toujours des business qui reposent en réalité sur l’immobilier. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas le menu qui fait la rentabilité, c’est la scalabilité du concept de départ et la rentabilité des emplacements choisit pour installer un restaurant. Il en va ainsi de Mcdonalds, de Subway (qui divise la taille de la cuisine de ses restaurants par 2 grâce à un repas qui ne nécessite aucune préparation, et accroit ainsi sa rentabilité en augmentant l'espace destiné à la clientèle) et tous les ersatz de ces réussites comme O’tacos ou Bagelstein…Le pitch est simple, Ray s’endette pour acheter les emplacements sur lesquels il franchisera un établissement. Cela lui permet de garder le contrôle sur le respect des contrats (la plus grosse problématique d’une franchise, que le mec se mette à faire n’importe quoi) et assure la rentabilité de sa société puisque le franchisé commence à payer des loyers immédiatement.

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Bien que cela ne soit que peu présent dans le film, l’autre manière de rentabiliser c’est de forcer le franchisé à acheter au franchiseur les produits vendus en magasin. Si cette dimension est peu présente, c’est parce que le film prends le temps de développer comment Ray baise littéralement les deux frères. Ils disposaient au départ d’un droit de regard sur tout ce qui se passait dans les restaurants. Mais quid lorsque l’associé est à la tête de dizaine d’entre eux et possèdent les emplacements sur lesquels ils sont installés ? C'est là que se manifeste les capacités d'adaptations de Ray, qui vraisemblablement se rend insupportable en parlant sans cesse de son "sens des affaires".

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Le film se conclut bien sûr par la vente du nom et du concept par les frères, pour un prix défiant toutes concurrences : un million de dollar chacun après impôts.

Ray va se remarier et s’éteindre dans les années 80 après avoir battit un empire gigantesque. Mcdonalds a autrefois été une start up (de San Bernardino en Californie) ! Et c’est le sens des affaires de Ray, qui va faire la différence. Il va parvenir à rendre rentable un contrat qui ne l’était pas en essayant de comprendre comment il pouvait générer des profits tout en continuant de franchiser. Gérer un restaurant c’est une chose, en ouvrir des milliers en est une autre. Pour garder le contrôle, il fallait garder la terre.

Si le film ne fait que raconter l’histoire, il le fait avec brio et en a saisit tous les détails. C’est donc un must see pour parfaire votre culture start-up et comprendre pourquoi personne ne peut répondre aux appels d’offre de franchise d’un Mcdonald en France. Le modèle est presque toujours le même, et si ouvrir un Macdo est quasiment impossible, d’autres boîtes ont été bien plus souples pour permettre l’ouverture de restaurant, ce qui explique pour partie un succès tout aussi rapide. Le cas Subway est éloquent, puisqu’en moins de dix ans il ouvre plus de restaurant dans le monde que l’on compte de Macdo en générant un tiers de son chiffre d’affaire annuel.

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Cette logique de rentabilité est perturbante, mais bien réel. Il est grand temps de s’y attaquer en commençant par Le Fondateur. On se retrouve très vite dans une ambiance travaillée, léchée et impeccable. Tout est assez agréable, et même si le personnage principal est présenté en opposition aux deux frères généreux, quasiment anti-capitaliste, avec en tête l'envie de créer un espace pour la famille, on comprend assez bien sa valeur ajouté dans la firme. On ne peut pas ôter du business cet état cruel, ce comportement voisin de la prédation, et les frères en prennent conscience. Il y a un loup dans la bergerie, reconnait l'un d'entre eux à un moment. Lorsqu'ils ont perdus jusqu'à leur nom, on serait presque saisit d'effroi, mais le monde est cruel et ce film aussi. Il transcrit bien cette froideur caractéristique, que nous n'associons pas au Mcdonald. On comprend également pourquoi Ray s'attaque à cette idée, à ce restaurant, à cette ambiance et à ce Nom.

Je vous laisse y jeter un œil pour toutes ces raisons ! Sinon vous pouvez aller chercher autre chose dans le Menu, et lâcher un sale like sur Facebook pour qu’on perce grâce à toi.