Unbreakable: le charme simple du film de (super) héros dont Hollywood devrait s'inspirer.

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A l'heure où les films de super héros se multiplient, devenant de plus en plus ridicule et outrancier, il est clair que la sobriété d'Unbreakable devrait forcer notre admiration.

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On aura tout décliné... Traiter l'immortalité avec Wolverine pour faire se balader un héros d'époque en époque, aborder l'humour noir avec Deadpool qui était initialement une blague dans le monde des comics, et été jusqu'à chercher une ode à l'afrodescendance (qui n'a ni queue ni tête) dans Black Panther. On les mélange, crée des groupes, des spin-off, des préquels, et ces aventures sans fin où le monde doit être sauvé par des freaks en permanence commence à devenir lassante. Lassante parce que ces visages interchangeables dans des combinaisons en latex ne font pas grand chose, et que la porte ouverte dès les années 2000 (avec des adaptations qui au départ n'ont pas connu un tel succès, on en parlait déjà ici ptn) semble ne pas se refermer, en laissant passer de plus en plus d'escroquerie destinée à nous sous tirer du temps et du fric.

Avec un schéma répétitif, on jette de la poudre aux yeux au badin, qui ne sort jamais de la salle émerveillé. Tout juste rassasié de son désir de voir le monde "menacé" puis "sauvé" par un "héros" différent à chaque fois. Bref, c'est une nouvelle culture. Peut être qu'ils finiront par se lasser, par arrêter d'offrir une audience record à ces daubes, qui doivent se distinguer de plus en plus pour rendre le chaland curieux de ce qui va se passer. A l'heure où sort Black Panther, dans lequel "l'Afrique" semble à l'honneur, on attise clairement la curiosité en se plaçant sur une ligne légèrement racialisée. Tout ça commence à devenir fort étrange.

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Ce pourquoi, je vous interroge sur votre expérience d'un héros sobre, réel, sans fioriture, que vous trouverez dans Unbreakable (ou Incassable en français, ou l'Indestructible en Quebequois, ou El Protegido en Espagnol). Bruce Willis y incarne un (Super)Héros.

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On ignore, étant donné le caractère légèrement fantastique du film, s'il est un héros, ou un humain aux performances très supérieurs à la moyenne. Il faut se faire une idée par soi même, il faut appréhender son héroïsme avec une humanité surprenante, ce qui rompt brutalement avec la conception qu'on se fait aujourd'hui du super-héros. Celui qui porte un masque, une cape, une armure, une combinaison en latex, et n'a rien d'humain, puisqu'il est au mieux génétiquement modifié, au pire extra-terrestre ou inter-dimensionné.

Comme on l'écrivait à moultes reprises sur ce site, même les mecs de la trempe du Punisher sont teintés d'un mysticisme capitaliste curieux. Tout est transformé en produit dérivé, et on se pose des questions quant aux anciennes figures de l'héroïsme. Les humains qui mènent des actions extraordinaires, avec un grand cœur, et une maxi paire de couilles, ne font pas beaucoup vendre, ne se déclinent pas bien et au final ne comportent aucun intérêt pour la plèbe qui veut voir mourir sa faim de surnaturel (même les odyssés mythologiques se voient massacrés par des désirs de Titans flingués et du CGI bien cheum). On peut tout caricaturer alors, des Divinités nordiques en passant par la multiplication des figures de Batmans, on n'y comprend plus rien et pour tout dire: ça n'a plus AUCUN intérêt. Le schéma est sensiblement identique d'un film à l'autre, et mis à part l'effet numérique, aucune démonstration de force ou d'intelligence n'est en présence.

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La légitimité repose sur des décennies de Comics (alors qu'en France cette vibes est ultra marginale) dont les scénarios sont parfois douteux et le nombre inépuisable. L'adaptation de tous les héros, les univers, etc... n'aura donc probablement pas de fin. Rabattons-nous alors, sur des morceaux de génie et des films visionnaires, afin de ne pas se lobotomiser trop durablement.

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Unbreakable sort en l'an 2000, sous la direction de Night Shyamalan, et avec comme acteur phare Bruce Willis et Samuel L. Jackson. Pour vous la faire courte, à la suite d'un accident de train dramatique où tous les voyageurs perdent la vie, on retrouve un type qui répond au nom de David Dunn. David va bien, émerge aux urgences sans pression et apprend qu'il est le seul rescapé. On pourrait penser que ça le ferait vriller, qu'il se sentirait horriblement coupable et frappé du fameux syndrome du survivant. Mais non, David commence simplement à se poser des questions.

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A-t-il déjà été malade ? A-t-il déjà frôlé la mort ? Est-il plus fort, robuste et résistant que la moyenne ? Un personnage intéressant, Elijah Price, d'ailleurs fasciné par le monde des Comics, va essayer de le mettre sur la voie. Atteint d'ostéogenèse imparfaite de type 1 (communément appelé "Maladie des os de verre") Elijah a passé sa vie le nez dans les BD sur un lit d'hosto puisque la moindre chute lui brise tous les membres en petits morceaux. Il formule une théorie intéressante ; si la nature permet qu'une créature aussi fragile que lui existe, de l'autre côté de l'éventail, un homme incassable existerait-il ?

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Ainsi, David Dunn se retrouve sans fioriture sur le chemin des héros. Il va petit à petit découvrir son potentiel, et servir à sa manière. Sans extravagances dégoulinantes, et avec une certaine noblesse esthétique (et morale !) le film de Shyamalan surprend. Son constat est assez incertain, puisque lors du film on ne peut pas réellement trancher sur la réalité des faits. D'où son côté fantastique, en revanche on peut s'émouvoir d'une destinée dont la narration est maitrisée à la perfection. Normalement présenté, avec une découverte fortuite, puis une maîtrise des capacités et un investissement dans une cause, comme assez bien conclut par la chute d'un Némésis, le film pose une structure classique pour raconter l'histoire. Tous les Marvels se présentent de la même façon aux spectateurs. Mais il n'y à la, que bien peu de poudre aux yeux.

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Bien au contraire, il y a des crises familiales, des questionnements profonds et les gestes héroïques sont saisissant d'humanité. Voilà pourquoi ce film est un petit chef d’œuvre, enrobé par l'ambiance qu'on adore des films 90-2000 ayant bercé bien des adolescences.

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La quête du héros, sa voie, et ses premiers accomplissements sont consignés dans cette démonstration de force. On retrouve une atmosphère semblable à ces Marvel, mais épuré d'un filtre infâme, de trop plein et de vide scénaristique aussi gros que ceux d'un film de Kev Adams. Tout en simplicité, l'argument passe et on fait un film de super héros unique. Certaines choses sont des clins d’œil assez éloquent aux mondes de la BD, voir à la rué vers l'or de Marvel avant l'heure.Bref, un type simple, un monsieur tout le monde, qui commence à faire rêver sans devenir un homme araignée, sans être un milliardaire arrogant et sans affronter un bagnard mi homme mi sable mouvant, ça fait rêver. Ça ramène une seconde sur terre, ça fait chaud et cœur, et on n'est pas déçu du résultat. La part de surnaturel du film demeure un questionnement qu'il faut conclure par soi même, qu'il faut s'avouer quand même (faut pas déconner) mais la force tranquille de l'idée et son charme simple l'emporte sur des copies chinoises de boyscouts américains en leggings de couleur.

Si vous l'avez manqué, je vous le conseil fortement. Et si vous voulez une raison de plus pour rattraper votre retard, Split (le film avec le type qui a un trouble dissociatif de la personnalité, et pas mal de monde dans sa tête) se déroule dans le même univers et constitue le second opus d'une trilogie de Night Shyamalan. Le troisième volet, Glass, était en cours de tournage l'année dernière et sortira bientôt sur les écrans. C'est donc un long shot assez passionnant, sur lequel on reviendra très très vite.

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