Split : Un anti-héros dans les petits papiers de la science.

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Après avoir traité Unbreakable sous un angle particulier, nous avons désiré abordé Split. Comme je l'introduisais dans l'autre article, Split est le second volet d'une trilogie de Shyamalan. Le film sort en 2017, soit 17 ans après sont grand frère, et crée une continuité très légère dans l'histoire.

Il y a fort à parier sur le fait que le troisième volet vienne réunir les deux intrigues ! Quoi qu'il en soit, si vous ne l'avez pas vu, on vous conseil de courir dévorer Unbreakable, puis de vous attaquer à Split avant de lire l'article.

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Le film commence sur le rapt de trois jeunes filles, par un James McAvoy bien énervé. On découvre assez rapidement qu'il est atteint de trouble de la personnalité plutôt aigüe, dans la mesure où son "enveloppe" Kévin regroupe 23 habitants. L'un d'entre eux prend le contrôle, et commet ce que nous pensons être l'irréparable en choisissant trois petites nanas pour les enfermer dans sa cave.

On entre alors dans un thriller palpitant, quasiment sans sortir du dédale de ce monstre à la psyché extrêmement curieuse. Il se manifeste sous toutes ses formes négatives et terrifiantes, puisque le lien entre son physique et son esprit est semble t-il radicalement altéré. Il parvient même à tromper sa psychiatre, convaincu que les individus à la personnalité multiple sont des êtres à part, extraordinaire.

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Nous sommes donc en présence d'un double niveau d'action: une lutte pour la survie entre ces jeunes filles qui découvrent la situation, et commence à redouter le pire lorsque le film introduit un évènement à venir dont elles seront le centre. Mais aussi une lutte pour la lumière, dans la tête de l'anti-héros, qui est plusieurs personnages principaux. On explore avec les jeunes filles le souterrain dans lequel il habite et comprend que les geôliers ont tous des espaces, des tenues et des activités réservés. Ils semblent communiquer entre eux, se dire ce qu'il se passe, sinon prévoir des évènements que chacun doit accomplir en l'absence des autres.

Le sujet abordé là, est le trouble dissociatif de l'identité. Le héros atteint de cette affliction cherche par ses actes, et notamment au travers de la synthèse de toutes ses personnalités (réunit en une 24 ème, une "bête") à faire reconnaitre qu'ils "existent" d'une part, et qu'ils sont des êtres supérieurs d'autre part. Cette supériorité est attachée à la douleur que l'être a éprouvé, comme à l'addition d'un éventail de compétences maîtrisées par chaque individu qui le compose, dont la réunion fait de lui un "super-humain". C'est en cela que l'on renoue avec la notion fantastique d'Incassable. Lorsque survient son ultime alter ego, la bête qui fait la synthèse, on perçoit bien ces caractères inexplicables mais non dissociable du réel. Il faudra encore faire le choix du surnaturel sans fioriture et effets de manche dégoulinant, ou d'un extrême naturel et admissible dans le réel qui féconde un nouveau type de monstre.

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Ce personnage a sûrement vocation à devenir le Némésis du héros que nous découvrons dans Incassable. Il est d'ailleurs à l'échelle clinique et médical, un némésis en soi, puisqu'on doute lourdement de l'existence d'une telle pathologie. Souvent romancés, assez peu éprouvée par les faits, cette dernière s'inspire de la vie Billy Milligan. Un américain habité lui aussi par une vingtaine de personnage barjo, parmi lesquels on compte des personnalités désirables ou non, et le plus souvent assez extravagantes et incroyables. Chacune d'entre elle possède des spécificités et des compétences, et comme dans Split la réunion de ces personnalités fait naître une synthèse appelée "Le Professeur". Ce dernier étant d'une extrême intelligence, aurait accès aux aptitudes des autres, et aurait également un pouvoir décisionnaire important sur les autres, qui sont ses sujets. Le film prend donc un contre pied intéressant, en s'attachant à une pathologie dont ignore si elle tient du fantasme, de la légende, ou d'un réel troublant, pour justifier la naissance d'un autre super humain.

Cette fois ci anti-héros, le personnage principal incarne cette ambiguïté et cherche par ses actes à opérer une démonstration au monde. Exactement comme Elijah dans Incassable, qui cherche à démontrer l'existence des Super-héros.

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La construction du thriller est assez sensationnel, et comme à son illustre habitude Shyamalan réserve des twists (so 90') pas piqués des hannetons. Dans un huit clos assez novateur, où on côtoie 5 personnages dans deux endroits (mais une trentaine de personnalité au total, vous l'aurez capté) on en apprend beaucoup sur eux. Tant à travers les dialogues que leurs manières de survivre, on finit par bien connaître ces gens. C'est une forme de prouesse, de permettre d'introduire des personnages sans réellement raconter leurs histoires ou les faire sortir. Dans les remous et les découvertes du film, Shyamalan utilise des ressorts ingénieux et audacieux pour faire avancer son intrigue, et si rien n'est trop simple tout est très mesuré.

Bref, on adhère assez vite à cette histoire et même près de 20 ans après le premier on lui retrouve le même charme. Cette fois ci plongé dans le noir, dans la crasse et les égouts, mais on espère que le troisième opus sera une synthèse du blanc et du noir que représente les deux premiers opus de cette merveilleuse trilogie !

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CinémaCharal