The Lost City of Z: "Venez on y retourne, nan?"

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Chez Iter Criminis on aime bien les aventuriers. On aime bien l'histoire. On aime bien la jungle aussi. Et ptètre même les fleuves dangereux. Du coup, au terme d'une révélation digne des meilleurs passages de la Bible (et d'une intense séance de brainstorming) on s'est dit "Eh ptn, venez on parle de The Lost City of Z, nan ?" Et voilà l'article du jour.

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Après Fitzcarraldo, dont on vous racontait la démesure et la fièvre obsessionnelle par ici,  on commençait à se demander de quel autre film d'aventurier fou on pouvait vous parler. Et puis on s'est souvenu de la sortie le 15 mars dernier (on est toujours en avance ici) de l'adaptation du roman de David Grann. Réalisé par James Gray, The Lost City of Z nous raconte l'histoire (vraie) de Percival Harrison Fawcett, qu'on appellera simplement Percy Fawcett pour des raisons évidentes, officier de la couronne britannique parti découvrir le Nouveau monde, et plus particulièrement la frontière Bolivo-brésilienne au cours d'une série d'expéditions qui s'étireront de 1906 à 1925.

Bon, on préfère vous prévenir tout de suite, histoire vraie oblige, on va être forcés de spoiler en balle pour parler décemment du film (et il le mérite), donc si tu veux garder ta virginité intacte et t'aventurer candidement dans le bail tel un Percy explorant les confins jamais foulés de l'Enfer Vert, va te choper le blu-ray sur ThePirateBay et revient dans 2h20.

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Dans The Lost City of Z donc, on suit à l'écran les pérégrinations de notre ami Charlie Hunnam (Jax Teller dans Sons of Anarchy) qui va abandonner femmes et enfants au pays pour taper des bons gros allers-retour dans la jungle bolivienne et tenter de mettre la main sur ce qu'il appelle "Z", un site archéologique inestimable qui serait la preuve de l'existence d'une civilisation dont l'ancienneté ferait pâlir (et chier) l'Empire Britannique. Mais comme on part pas tout seul dans la jungle, hein, faut pas déconner, il se fait accompagner de ses deux sidekicks fidèles: Henry Costin (Robert Pattinson) et Arthur Manley (Edward Ashley) puis, plus tard, de son fils Jack (Tom Holland).

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Comme dans Fitzcarraldo, il va être question de remonter un fleuve qui n'a manifestement pas envie de l'être, de repousser des indiens plutôt territoriaux et de pas se faire graille comme une merde par les moustique ou de crever d'un panaris au petit doigt. Sauf que là où Herzog nous racontait l'histoire d'un pervers narcissique qui devenait progressivement plus illuminé que la communauté afro-américaine après la sortie de Black Panther, James Gray nous offre un regard beaucoup plus bienveillant sur la figure de l'aventurier obsédé. Malgré la dureté des conditions d'exploration, Fawcett ne sombre ni dans la folie ni dans l'egotrip.

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Il faut dire qu'à l'inverse de Fitzgerald, la motivation n'est pas purement égoïste et se veut plus altière: pour Fawcett, mettre la main sur Z c'est faire avancer l'humanité, exhumer son histoire mais aussi prouver au monde que les Indiens qui habitent la jungle ne sont pas les barbares arriérés que l'on dépeint volontiers dans certaines sphères de la "Haute" britannique. Des hommes capable de s'installer et  de se développer dans un milieu aussi hostile valent bien ceux qui ont sué sang et eau pour les dénicher, non ?

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"Tu peux nous faire une carte qui nous mènera jusqu'à Z ?

"Oui je peux mais il faut en faire 600,000"

Le ton du film est donc assez léger, et on insiste plus volontiers sur l'émerveillement face à l'inconnu que sur le danger qu'il représente. Le rythme du récit retranscrit bien cette ambiance d'ailleurs: il prend son temps mais n'est jamais chiant et chaque fois qu'on pense avoir atteint le bout du voyage, ça repart et c'est vraiment kiffant. Le personnage de Fawcett est agréable à suivre et sa quête devient vite contagieuse, il nous donnerait presque envie d'aller crapahuter dans la fange et les piranhas avec lui, juste pour avoir ce plaisir d'explorer cette terra incognita. 

On va pas se mentir, dans The Lost City of Z, la jungle a une gueule de malade. On remerciera Darius Khondji, directeur de la photo franco-iranien connu notamment pour son travail sur Se7en qui nous offre vraiment du taf de haute volée, avec des couleurs sépias de toute beauté et un grain de bâtard qui donne un cachet monstrueux à certains plans. Tout est fait pour donner à la jungle une personnalité propre, envoûtante et mystérieuse. Et c'est vraiment réussi.

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Visuellement, ça claque. Et oui, y'a une séquence première Guerre Mondiale assez stylée.

"The Lost City of Z est un authentique film d'aventure." C'est tout ce que j'étais capable de penser à la fin du film. En racontant l'histoire de Fawcett, James Gray nous a créé un beau petit bijou d'aventurier bien dépaysant. Il faut dire que la vie de Percy, le vrai, celui qui a réellement décidé de marcher là où nulle autre homme (blanc) n'a jamais posé le pied, celui qui a traversé 6 fois l'Atlantique à une époque on le trajet durait plusieurs semaines et l'expédition plusieurs années, avait naturellement ce petit goût des grands récits. Sans vous gâcher la fin, sachez qu'aujourd'hui encore, et alors que son nom est toujours transmis oralement dans certaines tribus amérindiennes, la dernière expédition de l'explorateur, ainsi que sa conclusion, n'appartiennent qu'à ceux qui l'ont vécue à l'époque. Et étonnamment, c'est vraiment touchant.

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Doegoz

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