Le syndrome de Stockholm: Aimer ses bourreaux, c'est un symptôme.

706.jpg

Il y a peu, nous abordions la série espagnol la Casa de Papel en survolant ce fameux syndrome ! En effet, le temps du délit s'écoulant sur plusieurs jours, les affects entraient en ligne de compte avec une incidence toute choisie pour l'intrigue. Le syndrome était une sorte de "ressort" scénaristique, avec des doutes et des passions, que la science ne saurait défaire encore aujourd'hui.

Pour les néophytes, commençons par une définition on ne peut plus classique du syndrome: c'est un trouble psychique affectant les victimes de séquestration, qui au cours de leur captivité tissent des liens avec leurs ravisseurs. Ces liens peuvent se traduire par de l'empathie, de l'amitié, ou tout du moins de la sympathie.

En gros, un mec vous enferme et vous finissez par le chérir, d'une manière ou d'une autre. A priori, cela suscite une forme de réciprocité dans la détection des symptômes; c'est à dire que la sympathie s'échange du ravisseur à l'otage. En outre, le spectre des crimes concernées est très large puisqu'on peut situer ces symptômes dans des délits sexuels, de prises d'otage, de violence ou de chantage (Edmundo Oliveira, "Nouvelle victimologie: Le syndrome de Stockholm").

if-you-want-to-get-out-of-the-friend-zone-stockholm-syndrome-wor.png

if-you-want-to-get-out-of-the-friend-zone-stockholm-syndrome-wor.png

C'est notamment une situation dans les violences faites aux femmes qui peut se révéler dramatique; puisque la victime, éprouve des sentiments contradictoires pour son bourreau et compagnon. Il faut dire que cette pathologie est né de l'exemple qui en a été donné, il faut donc y revenir pour en faire une genèse correcte.

Le 23 aout 1973, un évadé de prison se retranche dans une banque après un braquage foiré avec son équipe. Il va prendre en otage les employés de la banque et demander à ce que son co-piaule soit libéré. Après des jours de négociations un peu tendu avec les forces de l'ordre et la libération du dit co-piaule, les flics obtiennent la libération des otages. Ces derniers s'interposeront lors de l'arrestation des ravisseurs, ne témoigneront pas contre eux, et iront jusqu'à les voir au trou.

Il en va de même pour un diplomate de l'ambassade allemande en Suède. Séquestré par la bande à Baader en 1975, qui déclare ressentir de l'affection pour eux.

Étrange n'est-il pas ? En 2001, l'expérience se répète avec autant de violence: une jeune femme, fille d'un magnat de la télé brésilienne, est enlevée et négociée contre une rançon. Après 5 jours de captivité, elle profite de son intervention à la télévision pour vanter la sympathie des ravisseurs et ne semblent pas si chamboulée que ça.

https://www.youtube.com/watch?v=16V9BaR9oAs

C'est d'autant plus étrange que cette apparition devient un plaidoyer qui jette la faute sur l’État; l'injustice sociale et la corruption par exemple. Alors, est-ce que cette demoiselle est gravement atteinte ? Ou est-ce qu'elle est tout simplement insouciante et qu'elle s'en tamponne au point d'en rire 5 minutes après sa libération ? Et surtout, est-ce que ce mécanisme psychologique a une fonction ?

L'exemple le plus extrême est celui de Patricia Hearst. Cette dernière est enlevée par "l'armé Sibianaise de Libération". Elle ne sera libérée qui si son père fait un chèquosse pour nourrir les gens les plus pauvres de Californie. Figurez-vous que Patricia défendra cette cause, s'y sentant utile.

640_patty_hearst_gettyimages-487292232

640_patty_hearst_gettyimages-487292232

Bank-robbery-dailymail_co_uk.jpg

Bank-robbery-dailymail_co_uk.jpg

Elle ira jusqu'à attaquer une banque avec ses ravisseurs, arme à la main, histoire de marquer le coup. Bien que sa défense à la suite de son arrestation soit de se défaire de sa propre responsabilité en raison de contraintes évidentes et de sévices manifestes, elle prendra 10 ans de trou avant d'être graciée par le président.

Qu'est-ce qu'il faut y comprendre ?

Eh bien, la victimologie va nous aider ! Lorsque vous êtes un otage, vous êtes vulnérable. Déjà plongé dans une situation très anxiogène, risquée et inhabituelle, vous demeurez par principe à la merci de celui qui vous séquestre, celui qui vous fait du mal. Eh bien le syndrome est l'une des réactions psychologique et émotionnelle susceptible de se manifester. L'affection est un réflex, elle n'est pas forcée et se révèle hors de toute violence susceptible de s'exercer pour en forcer l'adhésion.

Le rapport prolongé est un des éléments explicatifs, le crime duuure. Le victimologue Martin Symonds parle de "frozen fright", c'est à dire de peur congelée. Votre coopération pour survivre se transforme peu à peu en une adéquation avec les mobiles du bourreaux, car vous irez à l'encontre de code sociaux intégrés comme la normalité. Le conflit d'égo pousse parfois à consentir plus qu'à lutter, à se livrer à une forme de rébellion, dans le seul but de se protéger.

83636_backdrop_scale_1280xauto.jpg

83636_backdrop_scale_1280xauto.jpg

Mais attention, le syndrome n'est pas un marchandage conscient. S'il semble apparaître en utilisant pour parti des mécanismes conscient au départ, on a vite fait de perdre pied. D'abord la victime va développer un sentiment de compréhension, de sympathie voir d'amitié, devant les faits, gestes et discours de l'agresseur. Ensuite, les manifestations de gratitude vont se multiplier, ce qui contribue à expliquer qu'aucune maltraitance ne sera à signaler par la victime. En dernier lieu, la victime va tâcher de justifier l'acte de l'agresseur et rejeter la faute sur autre chose.

5602741.png

5602741.png

Pour Edmundo Oliveira, cela traduit l'extraordinaire variété de sentiments que ressent l'humain dans la complexité du phénomène criminel.

Si au départ, c'est une volonté de protection qui anime la décision de "coopérer", une bascule dans le jeu de l'égo et la nécessité de survivre s'opère, et on passe d'une coopération essentielle à une forme de légitimation. Cette dernière va jusqu'à l'identification, voir au passage à l'acte. Mais attention, pour en arriver là il faut que le sujet soit capable de conceptualiser idéologiquement la cause que l'agresseur défend (d'où le fait que nous soyons souvent en présence d'une cause politique et sociale), il ne doit exister aucun biais idéologique freinant l'adhésion (comme le racisme ou haine envers l'otage lui même) et il faut souvent ignorer l'existence du syndrome lui même.

Vous êtes donc vaccinés, sauf dans l'hypothèse où on arrive à vous faire oublier que ce dernier pourrait se manifester en vous faisant réellement adhérer à un plan criminel. Soyez donc vifs, et continuez de vous enrichir en retournant dans le Menu en vitesse, bande de voyous en herbe !

Enquêtes, TélévisionCharal