Lucifer, une mauvaise série aux origines magistrales

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Tout d’abord, qu’est-ce que Lucifer ? Si vous en avez le plus probablement entendu parler sous son aspect le moins flatteur, celui de la catastrophique série télé, c’est bien malheureux. Cette dernière ayant commencée en 2016, elle est encore en production et nous assomme à l’heure actuelle de sa troisième saison.Le pitch est très simple : Lucifer, le Prince des Enfers en personne (interprété par un Tom Ellis à l’accent londonien) fuit son trône, visiblement lassé, pour s’installer à Los Angeles y ouvrir sa boîte de nuit, le Lux. Il va très rapidement devenir consultant pour la police locale, résolvant des enquêtes sans aucun intérêt et s’amourachant de sa partenaire, interprétée par la certes magnifique mais dénuée de la moindre espèce de talent, Lauren German.Vous avez ici la quasi totalité de l’intrigue, qui s’étend maintenant sur trois saisons, soit 49 épisodes de 42 minutes, soit 2058 minutes, soit plus de 34 heures de vide. Ça en fait, de l’ennui. Mais je vous comprends. L’idée d’un Prince des Ténèbres qui descend sur Terre (ou y remonte) pour ouvrir un club est amusante, voir, originale, elle est toutefois affreusement exploitée. Mais j’y reviendrais plus tard.Il s’agit donc d’une adaptation (ah) d’un personnage de comics qui apparait pour la première fois dans l’oeuvre culte The Sandman de Neil Gaiman (« Le Marchand de Sable » dans la langue de Booba). Récit de 2000 pages, il a donné naissance à plusieurs spin offs, dont celui qui nous intéresse aujourd’hui.Si la publication de The Sandman s’étend de 1989 à 1996, celle de Lucifer dans sa carrière solo commence en 2000 pour s’achever en 2006, 75 tomes plus tard, tous écrits par Mike Carey. Quels sont les points communs entre le personnage iconique de Gaiman et Carey et Tom Ellis me demandez vous? Le nom. C’est tout, ou presque. Ainsi, la version DC de Lucifer est une oeuvre à bien des égards extraordinaire. Dans un premier temps, le personnage en lui même. Côté télé, il s’agit d’un séducteur beau gosse, qui a pour lui l’immortalité et la faculté de pouvoir faire avouer à quiconque son désir le plus profond. Pas mal certes, mais attendez de voir l’autre.L’autre en question, donc, d’ailleurs visuellement inspiré de David Bowie, est une entité quasiment toute puissante, capable de manipuler à sa guise toute matière de la Création aussi bien que le  temps lui-même, très supérieurement intelligente, étrangère à la mort, à la force gigantesque, télépathe, et j’en passe. Si la toute puissance d’un tel personnage peut laisser craindre un manque d’enjeux dans le récit, il n’en est rien. Ceux-ci sont non moins que la création d’univers, des rencontres avec Dieu, des voyages en mythologies nordique, japonaise et j'en passe.Finalement, la meilleure définition du personnage proviendrait d’une de ses victime : « When the Devil wants you to do something, he doesn't lie at all. He tells you the exact, literal truth. And he lets you find your own way to Hell » Non je ne traduis pas. Démerdez-vous.Il incarne la volonté, une volonté toute puissante, qui s’oppose frontalement à Dieu, ses règles et sa morale. Les thématiques, dans un second temps. La principale est celle du libre arbitre, Lucifer souhaitant s’éloigner de l’ombre de papa, tout en partant dans des trips métaphysiques dantesques, mais qui restent parfaitement maîtrisés. Il s’agit d’une oeuvre formidable, que vous vous devez de découvrir, certes dense, demandant une certaine attention, mais qui saura néanmoins vous récompenser.Côté visuel, vous avez pu le constater, c’est assez inégal. Plusieurs dessinateurs se succèdent, mais il s’agit surtout d’une question de goût. Enfin de si vous en avez ou pas. Peter Gross en est toutefois le principal, et mon préféré, sa vision du personnage aux traits anguleux le rendant particulièrement charismatique.Face à cela, que retenir de la série de la Fox ? Une structure procédurale, chaque épisode suivant une enquête policière, des enjeux inexistants, un humour plus présent qui ne vous fera rire que les soirs de très grande fatigue (mention spéciale à l’épisode dans un studio de films X, au malaise qui vous suivra encore une fois l’écran éteint), une très (TRÈS) grande répétitivité, des acteurs médiocres (Tom Ellis étant le seul à donner de la consistance à son personnage, et encore…).Finalement, la plus grande qualité de cette adaptation, c’est probablement de ne pas faire la moindre ombre à la vision de Mike Carey, et de permettre à un plus large public de la découvrir.Certes, je te le concède, lecteur (lectrice, au cas où, mais on sait tous que les filles n’existent pas sur internet) : la question d’une adaptation n’est pas de coller parfaitement à son matériau de base. Une bonne adaptation n’en est pas une parce qu’elle reprend tous les codes de l’oeuvre originale ; petite pensée émue pour Sin City de Rodriguez, qui est une adaptation très littérale du comics duquel elle est tirée - puisque le style graphique, la mise en scène, les dialogues : tout est repris, -mais qui ne marche pas du tout.Tom Ellis lui même reconnaît qu’il s’agit d’une adaptation très libre : « Nous avons pris quelque chose venant d'un media très différent, et nous l'avons utilisé pour en faire autre chose ». C’est le moins que l’on puisse dire. Et je n’ai aucun problème avec ça. Toutefois, et là est mon problème : partir de quelque chose de si riche, si vaste et si brillant pour aboutir à une énième série procédurale policière, avec un personnage central rigolo (on pense à Mentalist, Castle…), c’est tragique. D’autant plus quand on se met à imaginer tout ce qu’il était possible de faire, avec (beaucoup) plus d’ambition et (beaucoup) plus de moyens.Je termine par un petit mot sur la période post Mike Carey. En effet le personnage a été ressorti du placard pour une pseudo suite / reboot en 2015. Holly Black est cette fois ci à l’écriture. Dans celle ci, Dieu a été assassiné, et Lucifer est à tort accusé. Il s’agit finalement d’une enquête menée par Lucifer et son frère Gabriel, qui s’il retrouve le tueur, regagnera sa place au Paradis.

Bien moins ambitieuse, cette version se laisse toutefois suivre sans déplaisir, mais faute de succès, elle a brutalement été achevée, avec un dernier volume ayant la lourde tâche de conclure toute l’intrigue et les pistes lancées, en seulement une vingtaine de pages. Spoiler : ça se voit. Le futur du personnage est donc pour l’instant incertain.

Sade

Télévisionrackhab