Nightcrawler: alors, comme ça on ralentit au niveau des accidents ?

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Nightcrawler ou Night Call, est un film de Dan Gilroy sortit en 2014. La pellicule serait plutôt à ranger du côté des thrillers à l'intrigue simple, dont le frisson provient de nos propres sens, voir du comportement perturbant d'un personnage.Même si on connait le talent de l'acteur principal dans les thrillers, le bon Jake est fidèle à lui même mais incarne cette fois ci le cœur de l'action. Un personnage complexe, qui répond au nom de Louis Bloom, Lou pour les intimes, erre littéralement dans Los Angeles. Il n'hésite pas à aller en pleine nuit à droite ou à gauche pour voler des câbles, de la ferraille, et la revendre au petit matin pour presque rien. Celui que nous imaginons alors comme un peu désarçonné par la vie, en quête de leitmotiv, se révèle être un excellent négociateur, une sorte de requin aux fantaisies très riches et très secrètes.Un soir, presque par hasard, Lou assiste à un accident de voiture dramatique. Il observe alors que des hommes équipés de caméras se rendent sur place le plus vite possible et filment l'évènement. Intrigué, il pose quelques questions, cherche à comprendre. Le matin suivant, il retrouve les images aux News matinales, et elles tourneront en boucle toute la sainte journée. Ni une, ni deux, Lou devient le Nightcrawler.Il n'a peur de rien, et arpente les rues dans sa voiture toutes les nuits pour rapporter à une chaine les images qu'elle désire; faits divers, crimes, accidents, etc... Lors de son ascension, on découvre un personnage perturbé, capable de prouesses très éloquentes et de faire sensation en frottant les cordes sensibles de la nature humaine la plus primaire. Ce monstre en liberté, qui file à toute vitesse au milieu de la nuit, se plait à ramener du gore, de la violence et surtout de l'exclusivité.Toute la dynamique "Eyes witness news", est une véritable chasse aux USA. La mécanique bien huilée dans laquelle Lou est dépeint est une réalité, que nous avons critiqué en France à plusieurs moments de l'histoire des média. Durant les attentats, les prises d'otages, certains ont été jusqu'à rendre ces chaines coupables de renseigner des criminels sur la position des forces de l'ordre. En parallèle de cet élément criminel relativement évident, il y a cette dimension voyeuriste.Poussée à l'extrême aux USA, puisque même les traques sont filmées et diffusées, le reportage choc et "sensationnel" prend une place absolument démentielle. Cette dimension est représentée et critiquée dans le film au travers d'un personnage attaché à l'éthique d'un journaliste, et non aux dispositions juridiques applicables à "une chaine de télévision". Ce n'est pas le cas de Lou, ce n'est pas le plaidoyer du film. Bien plus cru, il confine à penser que cette logique abrite d'une part une économie souterraine et d'autre part quelques malades en mal d'amour et de succès.De cette course à l'audience va naître l'histoire démente du personnage. Cette dernière est souvent mise en scène pendant les rondes, les traques et les épisodes dramatiques où Lou se faufile caméra au poing. Des moments très longs, très durs et souvent orchestrés avec un génie humain terrible, présente Lou comme un prédateur absolument terrifiant. C'est là que se cache l'originalité de ce thriller dont le sujet est assez original, nous renseignant sur un monde nocturne, tout en dévoilant par moment un sociopathe froid et condescendant. Accompagner l'intrigue jusqu'à l'irréparable est classique, mais ce n'est pas ce qu'on peut imaginer ab initio. Bien au contraire, il est probable que ce film vous surprenne à plusieurs moments.Prisonnier de ce voyeurisme rejoué pour nous, on se surprend à être captif de cette séance de rattrapage. La violence revêt ce caractère fascinant, et on est parfois dérangé de comprendre l’obsession de Lou pour cette dernière. Il y a là, à mon sens, l'un des points soulevé par le travail de l'équipe. On veut nous prouver qu'on ne décrochera pas les yeux et on veut nous faire comprendre l'industrie du pourquoi. On veut nous montrer la machine, en nous présentant l'un des rouages dérangés qui aspire à en prendre l'entier contrôle. Drôle d'histoire, que je vous invite à découvrir.https://www.youtube.com/watch?v=X8kYDQan8bwLa pulsion scopique est tantôt décrite par un mouvement bref, vif, tantôt longuet, inspiré par une lenteur qui découvre les éléments sur la bande. On suit le héros avec sa caméra au bout des bras, on se permet d'observer une des facettes de l’horreur de ces nuits là. Il la tient, court et s'agite pour imprimer ces ultimes scènes de vie sur la bande. On les redécouvre ainsi dans des succursales où la négociation de leur diffusion s'opère lorsque le badin dort à poings fermés. On suit également cette fureur de la notion d’entreprenariat aux États-Unis.On peut semble t-il, tout faire. On peut développer un business de charognes en un claquement de doigts. Le personnage un peu psycho, allant parfois jusqu'à faire penser à la démence d'un Bateman ou à l'aisance sociale d'un Durden, est très inspiré par les maximes des entrepreneurs du début du millénaire. Richous sur cassette qui multiplient  maximes inspirantes et légèrement molles, qui donnent des conseils sur le managements et des leitmotiv en quasi-permanence. Une fois sorties de leur contexte et appliquées à l'univers du voyeurisme, d'un candaulisme morbide, on se retrouve assez décontenancé, et ça c'est brillant.Pour autant, le film ne fait pas réfléchir sur ce système et aucun intervenant ne pose de questions. Il y à là l'expression d'une nature humaine perfide par un silence. Tout le monde consent, pour du pognon, de l'audience, à voir et à montrer le sang versé dans la nuit. Il n'y aucun questionnement, et c'est évidemment le point  le plus perturbant du film.Il faut croire que l'ivresse des fous fait partie de la nature humaine, et qu'on cherche à les savoir parmi nous, quitte à les employer pour qu'ils nous montre !

CinémaCharal