Holy Motors: sombre histoire du cinéma.

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Leos Carax sort un long métrage en 20 ans. C'est le genre de type qu'il ne faut pas trop trop emmerder, sans quoi il sort un film franco-allemand plus brutal qu'un chicanos au gnouf en supermax à Pelican Bay.Holy Motors, ou comme j'aime à l'appeler "De toute façon tu vas faire quoi ?", raconte une histoire en plusieurs actes et n'hésite pas au passage à te fracasser tous les os du visage avec un jeu visuel et une plaidoirie jouant avec le talent des acteurs. Il faut savoir que pour cet hommage vibrant à l'histoire et au monde du cinéma, la critique à encensé ce film (Première allant jusqu'à décrire le film comme "Magique et accessible"). Le retour de Léos à Cannes a fait grand bruit lors de la sortie du film et pour cause...Vous abandonner à la bande annonce vous donnera sûrement envie de voir ce film, et vous serez en effet surpris par sa "bizarrerie".https://www.youtube.com/watch?v=99esSdHv-KsDe quoi cause Holy Motors ? Vaste question. On aborde le quotidien de Monsieur Oscar, un homme qui  au début à l'air d'être riche, dans un monde qui semble familier. A l'arrière d'une limousine blanche (dont l'esthétique fascine Léos Carax) il possède de quoi se maquiller, se transformer, et semble avancer dans Paris de rendez-vous en rendez-vous, toujours grimé. Pourquoi ? Quelles fonctions occupe t-il réellement ?C'est là toute la question, et la réponse se situe peut être dans un éloge fascinant du monde du cinéma dans son entier. Tant son histoire, que son utilité sociale et ses représentations sont discutées au travers de petites scènes, les "rendez-vous". Le lieu privilégié où la transformation s'opère est sensiblement toujours le même. Depuis sa loge, le personnage se nourrit d'un dossier, peut être même d'un texte, et sort incarner un autre personnage.On ignore réellement si ces derniers sont toujours au courant ou non, si la vie est devenue une sorte de performance généralisée. On ignore si le personnage existe et s'il n'incarne pas une soupape, des instants de vies rêvés sans jamais pouvoir être vécu. La diversité des rôles et des influences, dans un film dont le découpage est loin d'être hasardeux, laisse bien sûr à penser que par la métamorphose illimitée du personnage comme des situations, on fait un hommage aux genres.Ainsi, il y a des échanges profonds entre un père et sa fille qui tiennent d'un bon film français. Dans la voiture, on sent les larmes monter aux joues de la petite, et l'homme dans son rôle de père s'en vouloir de ne pas avoir réussi à élever une gamine normale. Il  y a tant la cruauté du raté qui s'exprime à travers lui, que la détresse du père perdu. Ce méa culpa s'inscrit dans une logique particulière: l'acteur jouant le rôle pour une quinzaine de minutes sans connexité avec les autres rôles, agit comme si il avait toujours été le père de cette jeune fille. Il y à là une émouvante réalité qui, dans l'absence de sens, rencontre une sincérité déconcertante. Elle est d'ailleurs, très communicative.Ainsi, les autres rendez-vous permettent tantôt de connaître un peu mieux ce personnage, le monde dans lequel il évolue, et nous fait découvrir d'autres rôles et d'autres éloges. Un moment sur le motion capture comme un "entrainement" se révèle assez expérimental et perturbant, mais le cinéma noir, la science fiction, voir le cinéma politique et engagé, reprennent assez vite leurs droits pour s'exprimer à leur tour dans ce bal de personnages loufoques.Il y a là la volonté d'exprimer dans une esthétique somme toute assez obscure, bien que novatrice, tous les mondes du cinéma et une partie de ses fonctions. On renoue le lien, dans un manifeste assez clair, avec l'essence de ce que nous regardons. Le héros passe derrière l'écran, et en ce sens l'idée est assez clair.Visuellement, il faut se préparer à une bonne mandale. On laisse peu de choses au hasard dans ce film, et le but est quand même de procurer de bonnes secousses pour faire un écho lointain à vos tripes de cinéphile.Certains personnages incarnés par le grand Denis Lavant sont en soi des archétypes assez complexes. Monsieur Merde, ce trublion en costume vert qui sort des trous d'homme, mange des fleurs et de l'argent, s'improvise bête et esthète à la fois, et ne semble rien respecter au point de ne pas avoir d'existence circonstanciée. D'autres des personnages sont des archétypes de Bonus Pater Familia, de bandit, voir d'humain désabusé.Denis Lavant réalise une performance d'acteur assez intense et un hommage vibrant à ce monde en portant le film d'un bout à l'autre. La scène déchirante où on pense qu'il rencontre l'être aimé et où nous cherchons à déterminer, s'il s'agit d'un rendez-vous, s'il s'agit de la romance d'un amour impossible ou d'une tragédie, vient fendre le cœur des plus coriaces d'entre nous dans un cri de douleur inimitable.Bref, un film à voir. Pas trop de fois, sinon ton cerveau va fondre. Mais ça te sortira de la torpeur dans laquelle te plonge ce bon Kev Adams.

CinémaCharal