Jacques-Louis David: La condition du peintre.

thumb.jpg

A ne pas confondre avec Jean-Louis David, sinon on refait chauffer la guillotine, Jacques-Louis est un artiste illustre, dont on ne pourra pas écailler les dorures déposées par les hommes et les âges.

10924-rock-your-summer-par-jean-louis-david-article_full-2.jpg

10924-rock-your-summer-par-jean-louis-david-article_full-2.jpg

Curieusement, dans une discussion sur l'art de nos jours, nous en sommes venus à nous questionner sur la condition des peintres d'autrefois; c'est à dire sur leurs rôles, leur popularité et leur statut. La société était si différente, l'information transmise par des voies dépassées, et l'image ne prenait pas une telle place en ce monde. Avez-vous une idée du nombre d'images qu'avait vu un humain moyen de l'époque féodal ? Seul la liturgie lui permettait de stimuler son imaginaire, et les représentations étaient pour le moins limitées.

Pourtant, il a toujours existé des peintres, des hommes dont la vie était dévouée à la représentation, à la création et à l'image. Parmi eux, un Néo-classique plutôt crédible et imposant: Jacques-Louis David.

David_Self_Portrait.jpg

David_Self_Portrait.jpg

Déjà citoyen assez actif, puisqu'investi dans la vie politique à plusieurs niveaux (peintre, opposant à la monarchie, vote la mort du roi, soutient Robespierre et va au cachot pour ces raisons), il est fasciné par Bonaparte assez rapidement et entre à son service. Dès cet instant, le destin de l'empereur par delà la mort se retrouve scellé à jamais. Il vient de rencontrer celui qui le représentera, et qui le fait avant son sacre.

Alors peintre confirmé (élève de Joseph-Marie Vien, et non de François Boucher) et d'ores et déjà chef de file des néo-classiques, Jacques-Louis traduit d'abord toute l'époque révolutionnaire dans sa peinture. Il est un œil et un pinceau dans une époque tourmentée. Il en illustre des détails marquants pour l'époque qui nous parvienne tel qu'il les a voulu, mais également prendre position. David va, pendant la Terreur, exercer un pouvoir concret en désignant des suspects, en les convoquant devant des tribunaux révolutionnaires, etc. Après un moment au trou, il revient en société pour se tailler une place de choix dans l'Histoire de France et de la peinture.

Death_of_Marat_by_David

Death_of_Marat_by_David

Après quelque péripéties malheureuses, Bonaparte commande quatre toiles à David. Il devient "Premier peintre" de l'empire (eh ouais, qu'est-ce que tu vas faire ?) et commence à bosser sur le Sacre. A partir de là, David exerce son art comme un peintre remarquable et devient l'un des premiers propagandistes politiques. On se plait toujours à séparer le vrai du faux dans ses tableaux. Joséphine disparaît de certaines œuvres après sa répudiation, des modifications sont parfois apportés (nombreuses sur le Sacre), et le plus éloquent demeure cette volonté de représenter la grandeur, la magnificence.

Tous les angles sont vantés, gonflés, pour que l'image de l'empereur soit la plus grandiose possible. Manipulation politique élémentaire, proto-culte de la personnalité, l'empereur suit l'image du Roi. Les maîtres de David étaient peintres royaux et fidèlement attachés à la représentation du souverain de France et de Navarre. David fait sortir l'empereur d'un carcan passéiste, le représente à des moments importants et significatifs de sa vie de dirigeant. Il y a là un instrument de légitimation, que seul les initiés pouvaient voir et comprendre. Nous avons hérités des toiles, et nous pouvons également comprendre, remettre en situation ces morceaux d'histoires entiers, et y voir une folie des grandeurs autrefois réelle.

david-bonaparte-saint-bernard-1.jpg

david-bonaparte-saint-bernard-1.jpg

Seulement, David est une sorte d'auto-entrepreneur au frai de l'Etat, et les commandes onéreuses finissent par s'arrêter de tomber. Progressivement et pour de multiples raisons, David s'éloigne du pouvoir. Il met ses tableaux en sûreté, et est contraint de fuir la France. La chute de l'empire et la recherche des coupables du régicides de 1793 l'inquiète naturellement. Son nom sera rayé de l'académie des Beaux Arts pour avoir été mêlé à ces tumultes politiques.

A l'époque, les camps politiques étaient plutôt volatiles et un retournement de situation (plutôt énorme étant donné que nous parlons d'un retour à la monarchie) n'était que très rarement profitable à l’intelligentsia en place. Très investi, et surtout très proche du pouvoir pendant un temps, ça n'arrange pas les affaires de David. La chose extraordinaire reste le concours de circonstances gigantesques qui a dynamisé sa carrière. Jamais un aussi grand talent fût au service d'autant de tumultes, d’événements et de représentation.

Il mourra, sans pouvoir se servir de ses mains au fin fond de la Belgique en 1825. Né en 1748 à Paris, ce remarquable narvalo aura accompagné une des période de l'histoire de France les plus bordélique et flamboyante que nous connaissons. Il a inscrit tout cela dans sa peinture, et a clairsemé son oeuvre de merveilles inspirés d'autrefois. Ces exercices de styles le situe dans un classicisme d'un nouveau genre, qui induit la représentation et la symbolique d'une façon concrète.

Une peinture noble et élégante, que David a choisit politique.

hermitage-jacques-louis-david-Sappho-and-Phaon.jpg

hermitage-jacques-louis-david-Sappho-and-Phaon.jpg

david-le-serment-des-horaces-1784-85.jpg

david-le-serment-des-horaces-1784-85.jpg

7c8e8205e1335cdedfdff6bfec5b86d8.jpg

7c8e8205e1335cdedfdff6bfec5b86d8.jpg

1200px-Jacques-Louis_David,_The_Coronation_of_Napoleon_edit.jpg

1200px-Jacques-Louis_David,_The_Coronation_of_Napoleon_edit.jpg

Les tableaux qui contiennent de l'action et plusieurs personnages sont construit sur une "frise". Chaque personnage est sur une ligne, ceux du second plan sur une ligne parallèle plus éloignée. Les couleurs pastels de ces anciennes œuvres sont oubliés au profit de fulgurance, de couleur plus vive, plus noble, lorsqu'il peint Bonaparte. En sus, il est le centre de l'action, et même dans son oeuvre le Sacre, la frise se trouve chamboulé par la présence, la place et la stature de l'empereur qui trouve le moyen de demeurer le centre de l'action dans la représentation.On vous abandonne donc, au Sacre de Napoléon.