Jean-Louis David, la condition du coiffeur entrepreneur à succès.

Il y a peu nous abordions la vie et l'oeuvre de Jacques-Louis David. Ce peintre légendaire qui a su traverser moult époques tumultueuses et imposer un style graphique impérial. Sacré trublion de l'histoire de France ! On vous conseillait de ne pas le confondre avec Jean-Louis David afin de ne pas passer pour un demeuré, sans penser à l'identité de ce presque homonyme.

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Ceci étant, nous avons pris conscience que Jean-Louis David avait un patronyme connu de tous, et incarnait à ce titre une sorte de monument fantôme de la culture française. On se demandait, qui était ce coiffeur au multiple salons, qu'on retrouve au supermarché et à la télévision ?

Il est bien évident que nous connaissons tous ces publicités faisant la promotion de produits en Kit, à s'appliquer ci et là sur les cheveux ou les racines. Destinés à réparer le cuir, à changer la couleur des tifs, voir à leur donner un effet bouclé naturel, ou que sais-je encore...

https://www.youtube.com/watch?v=tlGKpH355So

Bon, on vous propose l'effet "Gloss Machine", qui en soit demeure de nos jours une obscurité que le Marketing ne saurait expliquer. Tout à l'air très professionnel et donne l'impression que l'expertise d'un coiffeur est derrière tout ça. Sciemment, il faut comprendre que Jean-Louis David en personne est l'homme derrière le shampoing. D'abord dans un laboratoire, où il se guide à l’instinct pour créer des produits et des solutions à vos problèmes capillaires, puis dans un salon blanc avec de grands miroirs et des métrosexuels sur des tabourets rotatifs pour couper des tifs.

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Par le biais savant de la "marque nominative", celui qui passe pour un artisan renouvelé est en réalité un homme d'affaire redoutable. Jean-Louis David, c'est le coiffeur de référence. Connu de tous, il est le seul à multiplier les salons affichant son nom comme un gage de qualité hors du commun. Dans le monde réel ou celui des grandes surfaces, il se présente comme une référence à laquelle on fait confiance. Si on prend l’occurrence d'un point de vue purement business, ses imitateurs sont nombreux et son modèle économique a été copié de partout dans le monde de la coiffure.

Alors, comment Jean-Louis a t-il percé ? Quel était le business modèle du coiffeur le plus riche du monde ? 

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Ce cher Jean-Louis est homme du siècle passé. Il vient au monde en 1934 à Paname. Ses parents sont coiffeurs et tiennent un salon huppé avant puis pendant la guerre. Assez vite, il abandonne les cahiers et se tourne vers les commerces familiaux. Un succès fulgurant va croiser son chemin à plusieurs niveaux. Talentueux, intelligent et chevronné, rien ne semble l'arrêter car en quelques années seulement il dirige le salon que sa famille lui a confié. Avant de souffler ses vingts bougies, il ouvre son salon rue Matignon, et devient coiffeur officiel du festival de Cannes.

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Propriétaire d'une revue de cinéma nommée Cinémonde, il en profite pour tisser des relations durables et s'introduire dans des sphères prétentieuses. Sa place à Cannes lui fait faire des rencontres, et il pose un pied dans un rêve américain qui va transformer son destin. Il va s'occuper des veuchs du gratin, faire les couvertures des plus grands magazines de mode, et bosser avec des photographes influents.

En 1960, il invente le dégradé. C'est le moment où la rédaction d'Iter Criminis te demande ce que tu vas faire ? Impuissant, face à ton inculture du monde de la coiffure, tu ignorais que celui qui fait des couleurs en boite pour la ménagère dans les rayons du Leclerc, avait inventé le dégradé.

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En gros le mec invente la coupe de cheveux des 90' sans pression sur un coup d'inspi, juste comme ça. C'est donc le moment où il entre dans la vibes Warhol et Coco Chanel. Le coiffeur discret est la référence du gratin et s'installe comme le patron du cheveux. Avant son quart de siècle, le premier salon Jean-Louis David voit le jour. L'image du salon est sensiblement la même qu'aujourd'hui; l'endroit est ouvert, lumineux et organisé. Jean-Louis est l'esthète derrière chaque choix, et ne laisse rien au hasard. Il soigne son image pour cultiver une clientèle, décide de s'orienter vers les femmes "actives et attractives". Ces shootings vont clairement asseoir une culture de la coiffure, une manière de faire et de procéder. Ce sont ces espèces de photos de mode bâtardes montrant des coiffures, des femmes sur-maquillées en noir et blanc comme étendard du salon. Jean-Louis invente cette esthétique et la diffuse sans mal.

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Pendant quelques années jusqu'à son départ aux Etats-Unis, le coiffeur assoit sa renommé, ouvre des salons gigantesques et démontre que sa place est imprenable. Du tout au tout, l'empire va basculer. La logique de franchise et l'esprit des USA va littéralement l’envoûter. C'est ainsi qu'il va bâtir un empire franchisé de salon de coiffure en capitalisant sur son image, pour diriger des établissements dans le monde entier mais aussi brander des produits dont le gage de qualité est son patronyme.

Pour autant, il est discret et ses apparitions sont rares. Seul son nom suffira à faire de lui le coiffeur du monde entier, avec plusieurs centaines de salons dans le monde, des marques, des sous franchises, etc... A cette époque, le management est géré par un système de vidéo formation, et les franchisés disposent de peu de liberté. La coiffure devient une industrie. 20 ans après le début de cette expérience sur ces affaires, il possède 378 salons en France et plus de 700 dans le monde. Le groupe est vendu à groupe américain pour une somme tenu secrète en 2002, qui propulse tout de même Jean-Louis dans la liste des hommes les plus riches de Suisse.

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A 36 ans, il se confiait à "La coiffure de Paris", média pro de référence en coiffure, et ne semblait pas envisager un tel destin. Il aborde une vision de la mode, sa manière de procéder, sa clientèle et son chiffre d'affaire. Il se voit comme un créateur d'idées novatrices qu'il se doit de faire accepter à sa clientèle. On compte le dégradé, mais aussi la "résille" (sorte de décoloration capillaire partielle). Mais son empire va faire des petits jusqu'à la vente, et toujours animé par sa vision exigeante du métier il devient le premier coiffeur.

Assez marqué par ce type d'expansion commerciale, les années 90 ont vu beaucoup de business se développer ainsi. Encore aujourd'hui, Jean-Louis David est un nom qui inspire de nombreux produits et services. Deuxième réseau mondial de coiffeur, le patronyme ne semble pas mourir. Clairement la patte du génie qui lance les 4 par 3 de métrosexuel en noir et blanc et met des présentoirs pour un gel hors de prix, vieillit assez bien.

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Pendant un temps la firme a même proposé une sorte "d'incubateur" à franchise en proposant à l'élite de ses salons un contrat qui permettait de dégager une épargne, d'obtenir un emprunt, et d'ouvrir un franchise. Le management novateur des salons allait jusqu'à proposer de telles opportunités. Un système très particuliers qui va alimenter le succès jusqu'au rachat.

Aujourd'hui, leur chaine Youtube peut vous apprendre à vous faire un chignon et il est presque sûr que partout où vous irez aujourd'hui encore, vous pourrez vous faire coiffer chez Jean-Louis.