Jarhead (2005): "Welcome to the suck !"

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C'est un film ! Sur l'armée, sur les vétérans, sur les Marines bien américain, sur l'absurde, sur l'attente, sur l'ennui et sur la guerre du Golf de 1990. Autant dire que si aucun de ces thèmes ne vous parle, vous pouvez aller chercher un autre truc ou rester et vous intéresser à Jarhead.

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Si t'y connais rien, l'explication qui vient va clarifier la situation. Un Jarhead (Jar-Head), ou littéralement "tête de bocal", est un mot d'argot pour désigner les Marines. Leur tête rasée sur les côtés donne l'impression que leur crâne épouse la forme d'un bocal.Quant au titre de l'article, "Welcome to the suck", c'est une expression familière et bienveillante fréquemment utilisée dans le film.

Urban dictionary définit le "suck" comme la "place of ultimate suckiness". En gros le dawa dont tu ignorais l'existence parce que t'étais un pauvre bleu jusqu'alors.

Et ça tombe bien, parce que Jarhead est un film sur les bleus. La bleusaille, c'est le nouvel arrivant, incarné par un Jack Gyllenhaal en forme. Un type surnommé Swoff qui s'engage sur un coup de tête absolu pour rejoindre l'USMC. Il laisse sa copine et ses études de lettres, pour aller crapahuter en treillis dans les caillasses. Assez vite, il devient Scout Sniper, c'est à dire la crème de son bataillon. Lui et ses camarades partiront pour l'opération Desert Shield en 1990. Contrairement à l'idée qui veut que les américains partent en guerre pour jouter des Irakiens, l'opération assume clairement qu'elle vise à sécuriser des puits de pétrole saoudiens.

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Avant que l'opération ne bascule de "Desert Shield" vers "Desert Storm" (ça veut dire qu'on envoie la cavalerie), il va se passer 6 mois. La majeure partie du film relate ces 6 mois d'enfer absolu, où ceux qui ont été formés comme soldats d'élite semblent attendre indéfiniment l'avènement de leur guerre. Mais le ton choisi est finalement assez léger, souvent drôle, ce qui n'empêche pas le film de se payer un paquet de scènes vraiment puissantes et le sous-texte est finalement plus profond que les premières minutes pourraient laisser penser. Les émotions passent bien, et on ressent pleinement la situation de nos marines.

Quelle situation ?

Celle des prémices d'une guerre qui n'en finira pas et qui tarde à se goupiller. On nous présente cette guerre larvée dans la tête d'un Marine. Tout y est décrit comme absurde, répétitif, et chaque situation dégorge de cette connotation sans queue ni tête. Des références sont faites à l'univers de Camus, et on reconnait dans cette attente un moment douloureux. Son caractère profondément absurde provient tant du fait que des meurtriers d’élites patientent de donner la mort, que du fait que chacun d'entre eux a tout et rien à foutre là.

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Par moment déroutant et macabre, parfois juste déjanté et jouissif, on nous apporte une grande gammes d'émotions, d'idées pour se figurer cette réalité précise. C'est un néant qui se ponctue dans l'action. Il apparaît comme inutile lors du début du film, très Camusien. On fait comme si l'action n'avait pas de but, qu'elle tardait à se justifier. Assez vite les images se remplissent de contenus graphiques, d'une philosophie visuellement explicite, cruelle et violente.

On nous montre enfin la peur, les morts et des puits de pétrole en feu. A ce titre, c'est un film qui joue avec les clichés des films de guerre, des films cultes vantant les mérites de la culture cinématographique et américaine de la guerre et ses représentations. Mais il innove et il claque, d'abord par son ennui et ensuite par son action. Il apporte un traitement, un mouvement propre dans la narration autour des événements au centre de l'action (quand bien même elle serait molle).

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Narrer des événements qui n'ont pas vraiment lieu, est une prouesse très réussie en l'espèce. Par cette dimension du show à l'américaine, on a l'impression de voir un film qui a compris, qui sait que d'autres gens ont étudié la question, d'ores et déjà donné de la profondeur. Il présente sans pressions son côté affligeant de grande démonstration, de grande représentation, ce désir de grandeeeeur. C'est presque ridicule, c'est parfois très drôle, mais on nous présente l'univers des Marines ainsi. Avec un argot à couper à la pelle de tranchée et des foot US en masque à gaz. Qui dit mieux ?

La bande son est prenante, certaines scènes hilarantes, et le travail est soigné. Tout est soigné. L'image est surexposée au point que certains passages sont difficiles d'accès sans que nos yeux nous brûlent. Il y a là une démarche intéressante encore une fois, une volonté de représenter ce quotidien merdique et absurde. Tout est fait pour nous mettre dans la tête de ce brave Swoff, le scout sniper qui n'est pas là par hasard, mais dont la démarche est incomprise.

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L'objet du film entier est de faire comprendre la mentalité de la tribu. De faire comprendre cette gigantesque machine, durable et déchiré par sa logique fraternelle et meurtrière, guerrière et familiale, qu'est l'USMC. On va jusqu'à explorer la gêne intense du retour de ces soldats, qui se sentent encore la-bas, et voient pourtant ces clichés des anciens vétérans du Vietnam et d'ailleurs. Ils sembles souffrir d'avoir eu à s'attacher les uns aux autres pour s'endurcir et partir en guerre, sans avoir jamais pu la vivre et sans jamais obtenir leur Graal: le fameux red mist. Vous voulez de la frustration ? Matez ce film.

La seule chose à reprocher lui reprocher c'est les deux daubes qui le suivent de près pour surfer sur son image. Elles n'ont aucun rapport. N'y touchez pas.

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CinémaCharal