Mad Max: Film de tape à l'image improbable sur la départementale australienne.

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Que dire des légendes ? Que dire des classiques ? Que dire des inventions du passé qui ont marqué des générations de spectateurs, et qui semblent nous parvenir comme le témoignage d'un cinéma qui nous parait familier ? S'il nous parait si familier, c'est parce que certains chefs d’œuvres ont inventé un genre, une manière de montrer, de filmer et de narrer des événements.

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Remettez-vous dans le bain. Nous sommes à la veille des années 80, en 1979. C'est l'année des grosses productions sur le Vietnam où le traumatisme commence à se faire sentir dans les images américaines; Apocalypse Now voit le jour au côté de Voyage au bout de l'enfer. C'est aussi l'année où on produit les Bronzés font du ski, et où le fameux Gendarme rencontre les Extra-terrestres (dernier volet des gendarmes à Saint-Tropez).

Dans ce monde cinématographique d'une brutalité mesurée, un jeune réalisateur australien va prendre sa chance. Auteur d'un court métrage sur la violence au cinéma, il se lance dans la création d'un "Road Movie". Dix ans après Easy Rider, le scénario picaresque et futuristico-spaghetti mit en scène par George Miller pousse une beuglante remarquée.

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Même à regarder ce film aujourd'hui, l'image semble avoir quelque peu vieilli mais ce n'est qu'une impression. Le fond et la forme de ce film sont intemporels, et il incarne une rupture constante avec ce qu'on peut en penser de prime abord. L'imagerie de Mad Max semble avoir été absorbée par ses héritiers (dont Mad Max 2: le défi, et bien sûr Fury Road un peu plus tard). Si Fury Road est probablement ce qu'on sait faire de mieux dans ce genre là, en matière de claque dans la gueule, il faut avouer que le développement du premier opus force l'admiration.

Placé sur une route, avec un petit casting et quelques bolides, Mel Gibson commence sa carrière dans les bottes de Max Rockatansky. Dirigé par Miller, son rôle est celui d'un jeune homme de la MFP (Main Force Patrol). Ancien flic, désormais livré à son autorité passée pour faire respecter un semblant d'ordre dans une société qui s'est déchirée pour le pétrole. Déchirée à quel point ? On ne sait pas bien.

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Les pourris semblent partout, en errance sur cette route sans fin. Le temps a passé, mais nous ne possédons que bien peu d'éléments et d'indicateurs pour se situer. Un monde post-apocalyptique peu éloquent ab initio, qui se déroule au fur et à mesure qu'on avale les kilomètres avec le héros. L'équilibre nouveau sur lequel repose ce monde effondré fascine. On suit Max et sa maxi paire de cojones quand il prend en chasse des babosses sur la route, et il devient le sujet d'une histoire qui lance la licence.

Ce n'est jamais un exercice de reconquête, il semblerait que le MFP jugule la barbarie entre deux mondes. Comme au sens romain et antique du terme, le Barbare est l'être non civilisé, l'animal qui s'en prend à tout le monde sans considération d'intégrité ou d'humanité. Il n'a par ailleurs, de compte à rendre à personne. Organisés en bande, les énergumènes se dispersent sur les routes et foutent la merde à toute berzingue.

1h30 déroutante, toujours d'actualité, dont la violence a fait tomber des barrières à l'écran. La notion de cruauté en l'absence de lois, et celle incarnée par l'apostat suprême du système (à savoir Mad Max) donne une dimension éternelle à ce film. Les questions posées sont répétées à travers les années, dans des Films comme le Livre d'Eli, Les fils de l'homme et moults autres. Jouer sur le chaos contradictoire qu'implique la guerre pour le pétrole et la maîtrise de la route est une idée brillante, qui trouve un écho profond aujourd'hui encore.

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L'imagerie du film, celle mise en exergue dans Fury Road, n'appartient pas réellement au premier opus. Il est bien plus lisse, bien plus propre et lumineux. Le monde possède encore des endroits paisibles, et il y a de la place pour une famille. En soi, la fin de telles conditions amorcent le chaos et engagent les symboliques qui peuplent la licence par la suite. Cela se fait dans le Mad Max de 1979, lentement on pose un cadre de plus en plus déjanté et décadent dans un film de famille.

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Les mouvements dans le scénario sont très simples, mais la traduction en image chez Miller est toujours assez folle. La mise en scène de la cruauté, d'images dures ou d'une violence décomplexée car profondément humaine, est assez novatrice. Elle rompt avec la platitude desdits évènements simples qui se déroulent, dans un cadre dont nous ignorons presque tout. Finalement Mad Max n'est pas tant présenté comme autre chose qu'un héros très classique, qui peu à peu se transforme au regard des circonstances.

Il a acquis les compétences nécessaire à sa survie dans un tel environnement, tout en gardant à l'esprit une vision du bien et du mal. C'est peut être le plus perturbant par la suite, c'est qu'il n'est pas complètement fou, il est attaché à une vision qui se trouve sacralisée autant que souillée par son usage de la violence. Cette dernière a été censurée, car le parler cru du film dès les premières scènes cassent la représentation "réelle" du gore, du sale et du cruel, qu'on se fait à l'époque.

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La violence à l'écran parait gratuite, bien qu'elle démontre l'état des lois dans le monde sans État et les efforts d'une poignée d'hommes pour faire régner l'ordre. C'est possiblement ce qui explique la censure. Les événements suggérés sont parfois très froids, au point que les manifestations de tels gestes dans le monde du cinéma ne puissent pas être expliquées par notre compréhension du contexte.

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Tout le comportementalisme d'un héros attaché aux normes, aux lois et aux dynamiques de gouvernances, puise des protéines dans l'univers et le personnage de Max. C'est à travers lui et par lui qu'on montre une solitude de l'homme de foi, ou de l'homme respectable aux bonnes vertus, dans un cadre décadent et terrible. Ainsi, il montre les dents quand cela s'avère nécessaire, et la perte d'un être aimé le fait basculer vers un mode plus adapté à la revanche là où l'exercice de la force est débridé.

Aussi perturbant que des films comme Alien ou l'Exorciste, ce monument de l'histoire du cinéma qu'ont pu côtoyer nos parents, trouve un écho puissant dans tout ce que nous matons actuellement. Polisser le héros est une erreur que bien des scénaristes font, pour casser le rythme qui existe dans une oeuvre comme Mad Max. Dès lors, on peut expliquer que Je suis une Légende ou World War Z, mettent sur pieds des héros aux bonnes vertus, indiscutablement humains, dans un univers monstrueux.

Pourtant, le livre Je suis une légende de Richard Matheson est emprunt de cynisme et d'une forme de folie. La conscience se détache, se métamorphose et se fond sur un nouveau squelette. La nomenclature du héros se transforme pour lui permettre des ressemblances avec un anti-héros, qu'on assimile à la folie (de la pathologie liée aux événements et conditions d'existences du personnage). Il est pourtant peu excessif dans son comportement, sa revanche et sa monstruosité son compréhensible.

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Alors la violence prend tout son sens. La manière de la montrer ou de la suggérer chez Miller est par moment époustouflante par sa simplicité, par son évidence. Le mouvement qui s'opère entre le second opus et Fury Road, vient renforcer l'imagerie, créer des chimères post-apocalyptiques comme on a jamais su en chier d'aussi belles. Créatures innovantes et décadentes, qui se dressent dans un désert inhospitalier face au dernier "humain" maculé de stigmates insurmontables qui le rendent laconique et sanguinaire.

On reparlera de l'image et de la cabale à l'occasion d'un article sur Mad Max deuxième du nom et de Mad Max dernier du nom. En attendant, on produit du contenu sur Facebook et Instagram, donc expédie ton cul pronto sur ces plateformes pour entrer dans le cercle.

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