3%, la série brésilienne utopico-dystopique dans l'air du temps.

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Première production originale Brésilienne pour Netflix, menée par Pedro Aguilera, 3% est une série qui se fout de la gueule du monde.

Au sens propre et éclairé, elle se fout littéralement de la gueule du monde.

Pourquoi ?

Pour comprendre posons un peu le pitch si vous le voulez bien. L'année dernière, on nous présentait la première saison et ses personnages impatients. Les jeunes adultes vivent dans la crasse et le stupre depuis leur naissance, dans une sorte de désert au fond d'une cuvette rocheuse. C'est la vraie misère, au sens où ça mange du rat, où rien ne pousse, où la flotte est rare et où tout est plutôt dangereux.

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Pourtant, la technologie est omniprésente sous la forme de dispositifs de surveillance qui scrutent les faits et gestes des habitants de ce bidonville géant. Là dedans, on trouve des gens de tous les âges, mais la série se focalise sur les protagonistes dont la majorité ouvre les portes du "process".

Le process est un examen. A ta majorité, des types débarquent en sous marin depuis un endroit dont on ignore les richesses. Ces gars là mangent à leur faim, et portent des vêtements chelous. Après un bref recensement pour voir si tout le monde est raccord avec la puce qu'on lui a enfoncé dans l'oreille, on commence à inviter les concernés dans un bâtiment sur les hauteurs pour se livrer à des épreuves.

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Un peu comme le bac, sauf que si tu foires ta spé math tu retournes dans le bidon ville crever la bouche ouverte en plein cagnard jusqu'à la fin de tes jours. Je suis sûr que c'est ce que te disais ton père à propos du Bac, mais là bas c'est vraiment le cas. Vu l'enjeu du Bac la bas, t'imagines bien que c'est la tape de rue pour avoir une mention.En revanche, si tu passes le process sans problèmes, tu rejoindras la civilisation éclairée sur l'autre rive. Tu embarqueras avec l'élite, qui ne reviendra qu'un an plus tard pour faire passer le process à la nouvelle génération de jeunes gens de 20 ans.

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Tu l'as compris, t'as intérêt à être prêt pour le process si tu aspires à autre chose que t’empiffrer de galettes de terre. Mais comment s'y préparer, et qu'attend t-on des participants ?

La réponse est variable, puisque le process se passe sur plusieurs jours et épreuves de différentes natures. Seul 3% des candidats réussissent et passent de l'autre côté, ce qui fait un winrate assez famélique. Il y a des épreuves de logiques, des oraux, des espèces d'escape game etc... Nous sommes en présence d'un test de QI évolué, qui mesure la cognition, les capacités à travailler en équipe, ou à se montrer individualiste...

C'est l'objet de la saison 1 de se concentrer sur le process de certains jeunes, qui atteindront peut être l'autre rive. La seconde saison se porte plus sur la constitution de l'autre rive, sur la manière dont cette dernière s'est créée et comment elle est administrée.

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Ce qu'on peut dire sur la série en général, c'est qu'elle a été faite avec une quantité de pognon assez dérisoire, et ça se sent bien à l'image. En revanche, il y a un esthétisme intéressant, tant dans la manière de repenser l'élite et sa technologie, que la misère ultime et son humanité.

Le postulat philosophique de la série est intéressant, se penche sur l'idée de justice en quasi-permanence. Certains voit dans la logique du processus une manière de favoriser une méritocratie ultime, tout en destinant les ressources à cette élite considérée comme plus méritante et intelligente. La légitimité du process fonde une société scindée en deux parties qui ne se côtoient jamais. Pourtant l'espoir de chaque jeune de pouvoir rejoindre l'autre rive après l'avoir fantasmé longuement, ne se réalise que dans le mérite.

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Nous sommes face à une société de rêve souvent brisé en moins de 40 secondes, où la répartition des richesses n'existent pas. Dès lors, à l'intérieur de l'enfer où 97% de la population n'a accès à rien, les revendications se font nombreuses et certains s'organisent pour renverser le système. Les laisser pour compte contre "l'élite" se rencontrent dans une dystopie tout à fait fascinante.

Sur la rive évoluée, l'idéologie n'a pas sa place car tous les êtres sont temporalisés, occupés et satisfaits. On berce cette utopie avec des valeurs méritocratiques, on vante sa supériorité, puis on finit par embrasser une vie tranquille sans penser à la misère. Loin des yeux loin du cœur...

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Il faut donc comprendre que cette série met en perspective des postulats assez intéressants, parfois fort de sens dans notre société actuelle. Finalement, l'idée de séparer la population en opposant 97% à 3% se révèle assez présente de nos jours. La simplification d'idées politiques ou d’occurrences économiques qu'opère cette série pose d'excellentes questions.

Elle présente ainsi une sorte d'éthique, qui valorise l'individu "suprême" et vénère l'épreuve de sélection. Il y a une croyance de l'élite et des rites de passages autour du mythe du "couple fondateur" d'un paradis terrestre qui est le leur. C'est en ce sens que la série se fout de la gueule du monde. Il y a une sorte de caricature permanente de la société au travers d'une élite extrémiste organisant une pauvreté extrême, la légitimant voir l’aimantant. Il y a des deux côtés un esprit de supériorité représenté, et souvent un déploiement un peu naïf de ces philosophies à travers un personnage attitré pour chacune d'entre elle. On trouvera le noble, l'humaniste, le méritocrate, le sauvage, le terroriste, etc... Des archétypes simples qui font de la propagande dans leurs mondes respectifs.

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Il faudra s'affranchir du côté assez cheap, et supporter les volutes chantantes du brésilien au long des dialogues. Il est dommage que Netflix n'offre pas plus de moyen à des projets pareils. Dans les faits nous sommes à des siècles de la précision d'Altered Carbon, alors même que les intrigues se ressemblent, qu'un parallèle aurait pu être fait. Le manque de moyen ne nuit pas au déroulement, mais amuse un peu. Par moment, on déplore la simplicité avec laquelle un problème est traité, et on se dit que le scénariste nous emmène où il veut, sans considérations pour une intrigue supérieur ou mieux cousue.

Ceci étant, j'ai dévoré la seconde saison avec autant d’appétence que la première. Au risque que certains puristes trouvent la série ridicule, je la conseille tout de même car elle pourrait vous faire réfléchir un peu. Une fois imperméable à la naïveté ponctuelle de certaines scènes ou dialogues, vous allez appréciez des rebondissements ou des révélations qui structurent bien les deux mondes et l'examen qui les sépare.

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