Le triptyque de Klapisch

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Il aura fallu longtemps pour trouver la détermination nécessaire pour parler de Klapisch. Alors qu'est-ce qu'Iter Criminis appelle le "Triptyque de Klapisch" ? Son aventure, tout simplement.

Le triptyque de Klapisch

Si vous l'ignorez, Cédric Klapisch est un réalisateur français né en 1961. Il a une formation en cinéma pour moitié française et pour moitié américaine puisqu'il s'expatrie assez jeune vers la grosse pomme. Quand il revient dans l'hexagone, déjà rodé grâce à quelques court métrages, il bosse un peu avec Leos Carax (dont on parlait ici).

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Et puis Cédric rencontre le succès du Péril Jeune. Un téléfilm inattendu, qui explose tous les scores et devient la bande de toute une génération. Il est vrai que ce film lance des carrières, immortalisent une image de la fin des années 80 et transmet un nombre d'émotions tout à fait fabuleux.

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Il va multiplier les projets, se diversifier et explorer le champ des possibles. Mais dans les années 2000, il rattrape le Romain Duris du Péril Jeune et le convertit en étudiant perdu. Il va écrire et réaliser trois films autour de ce personnage. Le génie de Klapisch, c'est de sacraliser trois périodes, dans un arc narratif qui a tout d'un long shot. Les acteurs qui composent la bande vieillissent, évoluent, avancent, et le temps qui s'écoule entre les films sont à l'image d'une vie.

Ainsi l'Auberge Espagnole est la première tanière de ces adolescents sur la fin, Les Poupées Russes viennent complexifier l'architecture de leur amitié, et Casse Tête Chinois amorce le réagencement après une demi vie vécue et ouvre la voie à l'acceptation de nouvelles situations (voir de nouveaux modes de vie).

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La poésie, c'est de faire comprendre que dans une vie, les désirs, les pulsions, les affinités sont changeantes. Leur facétie, c'est le lot de la fortune et de la destinée que le scénario déroule comme un tapis rouge sur lequel les protagonistes font hommage à ce petit cinéma français. Très simple, très émouvant, quasiment naïf, il faut être un narvalo chelou pour aimer ce rythme, mais je vous le disais; c'est la que se cache la poésie.

Klapisch choisit de mettre en scène un personnage simple et inspiré, c'est sa vie qui commence par un voyage qui a tout d'une idylle cheap. En Erasmus, ce rêve des années 2000, il profite d'un climat favorable pour nouer des relations. Un nœud solide qui évoluera au gré des rencontres, des aspirations nouvelles. Un nœud qui fera d'autres nœuds, un nœud qui fera des gosses en Angleterre et qui les suivra jusqu'à New York.

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Un nœud au cou de Romain Duris, qui fait sa vie et revient prêter ses expressions pour interpréter ce héros candide et lucide à la fois. Sa timidité évolue un peu, mais sa fâcheuse tendance à être tantôt un mec bien, tantôt une victime, tantôt un chien de la casse, tantôt un connard, c'est en quelque sorte sa personnalité complexe qui s'introduit.

Cette analyse présente ce travail comme une oeuvre majeur, qui s'inscrit dans l'évolution des mœurs. On mêle crise de couple et de la trentaine, copain de culotte et crise de la quarantaine, rêves et désillusions, lourdeur et poésie. Ce cocktail charmant, semblera ne jamais finir en trois film si voir un artiste se faire dresser le portait par un artiste tous les matins d'une vie ne vous enchante déjà pas. Je vous le déconseillerai en raison de son caractère politique aussi évident que discutable.

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J'ignore si on peut dire que le cinéma de Klapisch est politique. Les visions qu'il défend et orchestre au travers du mode de vie de ses personnages, prône un idéal autant qu'un cauchemar intégral. Clairement, tout semble faire un net portrait du progrès chez Klapisch. On peut même parler d’observation attentive, sinon de contemplation, de mises en image de scène de ménage d'un nouveau genre. Comme pour moderniser une vision de l'amour, du couple, du travail et de la société dans ce qui le réalisateur considérait comme le présent à immortaliser (et ipso facto à mettre en valeur).

En ce sens, il y a bien une idée substituée à une autre, posée là sur le cinéma français à un moment où je me gavais de Banlieu 13. Sale affaire ça aussi.

Avec sa vision, Klapisch lance des carrières et les récupère pour les poursuivre dans leur vie rêvée au cours de leur propre vie. Donner cette chance au jeu d'un acteur en appelle à un travail assez complet, parfait par des grandes périodes de maturation. Cependant, il y a dans la manière de jouer avec l'image une fantaisie tout à fait singulière. Intégrer le rêve, la pensée, pour créer un effet comique ou avancer dans la narration, est très courant.

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Il apparaît que Klapisch aime que les fantaisies des personnages prennent le contrôle de l'image, car son cinéma n'est qu'une vision révélée de l'intérieur de ces dits personnages. De la même façon, il faut temporaliser cette poésie, et l'inscrire dans des dynamiques très simples de narration.

Je me demande souvent si cette simplicité et cette clairvoyance, teintant à l'extrême le fond de l'image de naïveté, proviennent de l'évidence du personnage que Klapisch a inventé, ou si toute son oeuvre est la mise en scène de ses propres émotions. Etant donné le lien qui demeure entre tous ses films, et notamment la manière dont il rattache les wagons dans Ce qui nous lie, on sent que la fiction est sa projection, mais que la thématique de ses émotions représentées est une turbulence constante dans son travail. Souvent, c'est à ce moment que l'image devient plus ambitieuse car l’émotion est connue, aisée à représenter, et enfin couvert par le voile d'un personnage fictif, mais le fond est simple. Touchant, mais simple.

Cette évolution trouve une conclusion dans Ce qui nous lie, puisque le thème abordé est le départ, puis le retour, dans une fratrie compliquée. L'humour comme la tristesse sont des pièces maîtresses, que Klapisch cuisine à sa sauce une fois de plus. Les arrières plans, les paysages, comme les scènes d'intérieurs, sont d'une grande beauté, d'une profondeur bien plus révélatrice et parlante que dans tous ses autres films. L'intrigue est simplissime, feutrée, mais il y a toujours en toile de fond l'expression d'un spleen français. Ce triptyque parachève le spleen de Klapisch, et le magnifie en présentant toujours ce caractère naïf et prenant.

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Son triptyque, c'est le début de la sacralisation d'une liberté prise par l'humain, dont on montre tout. Tout, veut dire les conséquences et parfois le drame, comme le regret. Tout, au point qu'après les trois films narrant une dense épopée, le réalisateur fait l'impasse sur le voyage dans son dernier film, pour proposer un temps dédié à la réparation de ce que l'envol peut abîmer. Autour du thème de la famille réapprivoisée par une continuation de l'enfance, on assiste à plusieurs retrouvailles où les frangins frangines pansent leurs plaies.Un travail intéressant, qui a vocation à être agréablement continué !Si tu as aimé ce petit article, tu trouveras une chiée de contenu sur notre page Facebook. Dépêche-toi d’aller poser ton like sans faire d’histoire, fais pas le bâtard ! (Clique donc sur cette phrase pour t'y téléporter !)

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