Deadpool 2: Les apports de la dérision dans un univers décadent

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On a parfois imaginé sur son trône, un roi nu qui siège devant ses conseillers. Vêtu d'une tunique particulière il cherche là à renouer avec une fidélité essentielle aux gestes de commandement, mais ne fait que naïvement montrer son zgeg à la plèbe entière. C'est exactement ce qui se passe avec Deadpool dans l'univers Marvel ; il utilise la dérision pour montrer que le roi est nu.

Dernièrement, la fiction est surexploitée car on lui donne une densité qu'un spectateur acharné a du mal à suivre. On peut se le dire, tout part en couille dans la surconsommation/surproduction de "Super Heros". Toutes les extravagances sont justifiées par les fanatiques, de la représentation du Wakanda en passant par le 14 ème visages de Spiderman. Les castings suivent le cours de la mode et les re-castings peinent à trouver du sens. On innove peu, mais on prend toujours les mêmes, pour recommencer. Bref, cette merde n'en finit jamais.

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La licence est source de moqueries, de surprises faméliques, de crossover évident et multiplateforme. C'est là que la nouveauté de Deadpool 2 se jette à pieds joints dans la mélasse. On veut lui conférer un caractère drolatique et exquis avec Deadpool, comme si la dérision pouvait rhabiller un peu le roi, qui commence à avoir froid. Et devinez quoi ? Eh bien, ça fonctionne et on nous démontre, à nous spectateurs, que tout le monde a conscience de ce problème derrière les machines qui font le cinéma.

Deadpool, c'est qui ? Pourquoi ? Quoi donc ?

Le second volet qui parle du héros cynique et laconique de l'univers Marvel sort dans les salles obscurs. Ce dernier possède les mêmes attributs basiques que les autres; une sorte de pouvoir, un costume en lycra et une histoire bien zarb. Sa came, c'est la douleur. Il se régénère et en joue, son mindset auto-destructeur le pousse à se couper en morceaux au besoin. Son immortalité est un fardeau étrange, qu'il lance sur ses ennemies sans pression.

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Incarné par Ryan Reynolds (C'est à dire Green Lantern, et le projet chelou de Deadpool qui affronte Wolverine dans le premier opus centré sur l'homme au squelette d’adamentium), l'humour noir ne fait pas défaut. Ce film est un sarcasme permanent qui caricature à boulet rouge l'univers des super héros. Ce anti-héro, déjà présenté dans les BD comme un délire à lui seul pouvant voyager dans les dimensions et foutre le harb sans concessions, se trouve assez bien adapté au cinéma.

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Il est drôle, reprend le cours du premier opus sans le dénaturer, sans l'achever par sa médiocrité. Il se tient, et nous captive une fois de plus sur une base peu communes. Contrairement à Avenger, il existe assez peu de personnages dans le film, et ils ne répondent pas tous des critères habituels pour être un héros. Et pour cause, ils n'en sont pas vraiment. Pour autant, les apports que permettent la décomplexion de Deadpool sont formidables; On compte un personnage sans pouvoir, une charmante demoiselle qui a juste beaucoup de chance et quelques autres trublions notoires sympa à rencontrer.

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Le protagoniste central quant à lui, à la particularité de savoir qu'il est dans un univers fictif et de jouer avec lui. A travers lui, on sacralise la critique constante du public et on joue avec cette dernière (en te faisant toujours les poches, puisque ce "réactionnaire" est surtout un actionnaire de l'adhérence des spectateurs à l'ensemble de l'univers). C'est donc le lieu des kaméos, des clins d’œil, des pics adresser à tout ce qui ne va pas, qui contribue à faire passer la pilule.

L'image est agréable, le rythme est soutenu, et tout dégorge de cet humour qui prend facilement. Même la structure de la narration tente d'épouser la forme habituelle d'un Marvel, mais les déboires du héros sont bien suppérieur à ce que la structure peut présenter. Tout devient alors très extravagant, et il convient de se laisser embarquer tranquillement pour que soit mise en scène des lieux que nous n'aurions jamais rencontré avec un personnage normal. Il en va ainsi du bar des contracts killers ou de la taule pour mutants dangereux.

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Le manque de sérieux chez un héros est un plus pour rendre crédible le reste de la bande, comme pour réhabiliter leurs valeurs. Les contacts que Deadpool entretient avec les X-mens font de lui un protagoniste à la fois ennemi et allié. Les conflits qu'il a avec son fort intérieur, sa vision cynique de ses propres pouvoirs, et ne serait-ce que sa sale gueule, confortent dans l'idée qu'il réside encore un talent créatif et captivant dans ces films.

Ils sont devenus le rendez-vous de ceux qui veulent se fendre la gueule devant un héros décomplexé, presque pour adulte, dont la nature même le pousse à défigurer le travail des autres braves et valeureux chevaliers du bien. Deadpool n'en à rien à carrer. Et ce depuis son invention en 1991, cette tumeur vivante, à vocation à ressusciter une vision de toute la licence. Tardivement confectionné par le scénariste Fabien Nicieza, son extravagance a du sens dans cet univers policé, parfois naïf.

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Le personnage est une parodie dès le début. Ses créateurs l'introduisent comme un "Spider-man avec des flingues". La majorité de ses attributs ou lubies ne font pas sens, et c'est là tout le caractère ambivalent de cette invention. Il est exaspérant à tous les niveaux pour tout l'univers, et pourtant ils les surpassent tous. De part ses facultés d'auto-guérison et sa maîtrise du bon mot, il les met tous à l'amende.

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Pourtant, il est absolument nécessaire parce qu'on ne semble pas avoir besoin de lui pour les affaires sérieuses mais qui leur donne du sens. Donc si vous êtes un fanatique absolu de Marvel, ne ratez pas Deadpool en salle. Si vous êtes autre chose, vous passerez un meilleur moment devant Deadpool que face à un énième Spiderman (sans flingues).

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CinémaCharal