HBO, De Vinyl à The Deuce (2/2): Prostitution, James Franco² et cinéma porno

the-deuce.jpg

Fan de James Franco ? Curieux du sort des tchoins de la 42ème ? Ou juste passionné par les chemises à fleurs ? Cet article est écrit pour toi.

Après avoir fait le tour de l'industrie du disque et déprogrammé Vinyl, on aurait pu faire tomber les 70' dans l'oubli. Cette époque c'est beaucoup de musique, une période de jonction cruciale, et la population n'a pas eût envie que Scorsese poursuive la reconstitution d'une époque en donnant de son temps pour regarder.

Soit. Comment trouve t-on une solution au sommet ? Il y avait quoi ? Trop d'ambition dans Vinyl ? Trop de longs moments musicaux ? Trop de cocaïne ? Pas assez de cocaïne ? Comprendre pourquoi un produit culturel, surtout aussi métissé par les genres que celui ci, est un casse tête absolu. Pourquoi une chose marche et une autre marche pas ? Voilà la question qui baise le cerveau des producteurs.

035073.jpg

035073.jpg

Alors que le tournage hors de prix du pilote de Vinyl commence, The Deuce suit de près avec le sien qui commence à être tourné dès Octobre 2015. Si Vinyl sort en 2016, il faudra attendre Aout 2017 pour voir celui de The Deuce. Il y a donc un bon six mois d'écart entre les deux séries, qu'on a dû tourner à peu près au même moment.

Pour autant, elles portent sur deux thèmes totalement différents, mais restituent une ambiance à peu près identique. Parlons aujourd'hui de The Deuce si vous le voulez bien.

Dans la langue de Shakespeare, "The Deuce" veut dire deux, la paire, le deuxième, et par extension (le second, sous entendu après Dieu) le Diable. On peut utiliser l'expression un peu comme "fuck", au sens "What the deuce are you going ?" = "What the fuck are doing ?" = "Mais que diable fais-tu ?".

the- l.jpg

the- l.jpg

The Deuce, est aussi le petit nom de la 42nd Street, grande avenue de Manhattan. La série éponyme prend donc place sur cette avenue qui débordent d'intrigues et de personnages. Pour faire simple, nous suivons une vingtaine de protagonistes parmi lesquels on compte des macros, des prostitués, des mafiosos styles affranchis, des gérants de bars, de clubs, les petites mains qui lancent l'industrie porno, des flics comme des ripoux et une journaliste zélée. Ouais c'est le bordel, et j'ai pas encore abordé James Franco x James Franco.

THEDEUCE105_4.jpg

THEDEUCE105_4.jpg

Un peu à la mode ces derniers temps, les acteurs incarnant deux rôles (Comme Tom Hardy dzns Légende, dont nous parlions ici) viennent jouer avec l'image et l'intrigue. En l'espece, le bon James joue Vincent et Franky. L'un trime dans les bars mais se révélè plein de ressources, l'autre est un flambeur endetté. Souvent face à face, l'apport est décevant et n'a rien à voir avec Légende. Pourtant, les deux personnages sont très différents, complice, et la place que prend Franky au cours de la saison donne plus de charme au duo.

franco-5.jpg

franco-5.jpg

Pour le reste, c'est un déploiement de faits historiques liés à un flou juridique, une sorte de revirement de jurisprudence qui permet de faire tomber les barrières de la bienséance et du puritanisme pour autoriser de facto toutes les extravagances. Dans ce bouillon de vices, nous suivons le quotidien des prostitués, des pimps et le début de l'industrie porno. C'est donc une série sur un cinéma, sur la pornographie qui gagne la 42ème.

cq5dam.web.1200.675.jpeg

cq5dam.web.1200.675.jpeg

Nous gardons un œil sur le business, sur des micros événements quasi constamment, qui bercent ces moments pour en faire un quotidien. On compatit avec le flic et la journaliste, pour les filles qui font le trottoirs. Par moment, on le fait avec eux, elles se confient leurs secrets, leurs aspirations et leurs humeurs. Et puis, on les accompagne voir leurs maccros, rapporter leurs fraîches, prendre un petit déjeuner ou boire un Gin Tonic.

En parallèle, on assiste souvent à des micros évènements relatifs à la gestion d'un établissement ou d'un autre, à une volonté curieuse d'un agent rationnel qui disparait d'un épisode à l'autre, en donnant de l'importance à l'instant sans pour autant jouer un rôle déterminant. Ces petits coups de pression gratos sont au rendez-vous de The Deuce.

Bien sûr, l'image est belle, nocturne, néonée et les chemises colorés, les pantalons pattes d'ef comme les boots à talonnettes, sont au rendez vous. On assiste parfois à des minutes techniques assez agréable, comme le faux plan séquence à la fin de la première saison qui montre des intimités ou les grands angles sur les plateaux de tournage de boulards en tout genre qui montrent aussi des intimités.

the-deuce_maggie-gyllenhaal.jpg

the-deuce_maggie-gyllenhaal.jpg

Les personnages sont plus attachant et le résultat in fine est plus beau que Vinyl. Les thèmes abordés centrés sur le vice et le stupre, qui cachent une humanité surprenante, sont plus facile d'accès que l'expérience proposé par Vinyl. Deux époques, deux séries, et pourtant l'une est déprogrammée, l'autre se poursuit. Le parallèle eût été flamboyant, mais on regardera ce qui est programmé à ce qu'il parait.

Il faut dire qu'on prend toujours moins de risque à montrer quelque chose de crade, tout simplement. Cette aura néfaste surplombe de loin les travers d'un seul personnage (Richie Finestra, producteur de son état) et ses tortures psychologiques personnelles. Pourquoi ?

Parce qu'elle en impose bien plus. L’iconographie est simple, évidente; là où il fallait bosser le style des musicos, des associés producteurs voir d'une simple dactylo, The Deuce permet de faire vivre un mac en costard violet avec une canne et un rasoir de barbier. La violence de la rue, son côté sulfureux, enchante bien plus qu'un vilain studio d'enregistrement. Enfin, l'intimité d'une femme de joie et la vie qu'elle mène, les souffrances qu'elle traine, recèle un charme curieux bien plus puissant que celui d'une Olivia Wilde embourgeoisée.

the_deuce_episode_3_review_larry_darlene.jpg

the_deuce_episode_3_review_larry_darlene.jpg

En ce sens, même les facéties talentueuses de James Franco impose un style indiscutable. Il tient le thème général de la série entre ses mains, parfois manie la caméra en sus de ses deux rôles et de la casquette de producteur exécutif de la série. Bref, il ne blague pas le bougre, et il nous prend par la main pour nous montrer les lumières fades qui se réverbèrent sur le trottoir de son patelin tous les soirs.

Quant à l'image, elle est entre les mains de David Simon, le man responsable de The Wire. Côté intrigue George Pelecanos est au commande pour présenter l'émergence de l'industrie porno, l'arrivée du Sida et le renouveau des maisons de passes. Quelle aventure ! Sur la 42ème, y'a un monde, qui se trouve être le leur.

Fais pas le malin et embarque, mate The Deuce. Mate aussi Vinyl.

TélévisionCharal