Freelance, le nouveau mercenariat

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"Ce qui distingue principalement l'ère nouvelle de l'ère ancienne, c'est que le fouet commence à se croire génial." écrivait Karl Marx un jour de pluie.

Pour dire quoi exactement ? Que l'évolution du management et de la gestion des hommes rendaient le moyen de pression sur eux absolument brillant. L'outil de leur aliénation, celui qui claque et qui laisse des marques, apparaissaient comme une éloquente redécouverte.

Si on avait pu expliquer à Karl Marx, qu'un jour un travailleur serait maître de son temps, de ses moyens de production et de la commercialisation de son service, il aurait pu tomber de sa chaise ou répéter cette phrase en boucle en tombant dans la drogue. En l’occurrence, il serait sûrement tombé de sa chaise en hurlant cette phrase, après qu'Iter Criminis l'eût informé de la situation.

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Disclaimer: Histoire de les insulter sans prendre la peine de formuler des phrases (sujet+verbe+complément) les "freelances" instagramable -ceux qui font les malins en mode "Fuck Yeah Freelance" tous les matins au coworking qui leur coûte un bras dans lequel il ne dégage que très peu de valeurs avant de retourner en roue électrique dans son pavillon en construction à Pantin, et à plus long terme se faire victimiser par un travail absurde mais rentable- seront à l'honneur en photo Shutterstock.- On les reconnaît sans les nommer, petite pensée pour ces gens perdus que cet article ne concerne pas le moins du monde. Vu que vous les détestez au quotidien, je vous donne la liberté de les haïr visuellement. 

Qu'est-ce qu'un Freelance ? Qu'est-ce qu'un mercenaire ?

En principe un Freelance est un "travailleur indépendant", qui s'opposerai donc à un "travailleur dépendant".

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On envisage classiquement la relation de travail qui lie durablement un salarié à une entreprise; donc une force de travail régulièrement employé et intégré à l'entreprise, rémunéré de façon cyclique par un "salaire". Sorte de rente qui définit ses droits et justifie ses obligations envers son employeur, et qui légitime l'ascendance de ce dernier sur son "employé".

Tout aussi classiquement, on considère que l'outil de production appartient à l'employeur, ce qui justifie le fait qu'il taxe la plus valu ajoutée par son salarié avec la force de travail ainsi loué, couplé à la machine qui ne lui appartient pas. En gros, on le paye pour "utiliser la machine" on cherche donc à rémunérer le rendement, et non à considérer le paiement au pro-rata de la valeur dégagé par "l'utilisation de la machine". Là, se cache l'idée insidieuse de dépendance.

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Le travailleur indépendant domine, sur le principe, plus de facteurs que son antonyme. Il possède une compétence, donc une force de travail, mais est sa propre entreprise. C'est à dire qu'il la loue ponctuellement à des "clients" afin de survivre, en utilisant ses moyens de production. L'aliénation n'est donc pas la même, puisque dans l'idéal, le Freelance est maître de son temps, de son outil, voir de sa clientèle. On est donc moins loin d'un modèle entrepreneurial que salarial.

Là où le travailleur classique est un soldat, astreint aux absurdités du corps qu'il intègre et aux ordres de ses supérieurs, le Freelance serait plutôt un mercenaire dont les compétences sont louées pour apporter de la valeur ponctuellement. Il choisit son camp, peut en changer à tout moment, et définit son prix selon le risque, le temps de travail et la location de ses outils nécessaires à la conception du produit/service vendu.

En pratique, tout cela serait idyllique. Chacun serait sa micro-entreprise, libre de définir ses conditions. En terme juridique, cela se traduit par la main mise sur le "contrat". Le Freelance sera toujours libre de l'accepter ou non, et pourra dans certains cas le produire et le faire signer lui même à son client. En matière fiscal, cela conduit dans la majorité des cas à ce que le Micro-entrepreneur s'emploi lui même pour réaliser l'objet de sa propre Micro, et payent donc des charges sociales afférentes. Il supporte son propre travail en terme de coûts.

Quelle est la fonction d'un mercenaire ? 

A priori, un soldat et un mercenaire exerce le même métier. Cela ne veut pas dire qu'ils ont la même compétence, la même expertise et donc remplissent le même rôle.

Pour comprendre, il est l'heure de la métaphore !

Imaginez-vous élu pour une confédération galactique, qui installe une base sur une exo-planète pour le bien des populations. L'exo planète est habité par un Prédator, alien solitaire passionné par la chasse de toute forme de vie, les collections d'humains écorchés vifs. Il est également doté d'une technologie supérieur. Mais il faut clairement le marave pour s'installer.

Vous pouvez donc 1/ Faire appel à vos hommes d'armée (donc investir dans la formation, le matériel et la rémunération de certains de vos citoyens, puis risquer leur vie pour appréhender le danger) ou 2/ Investir une coquette somme d'argent pour louer la compétence d'un mec chelou avec un cigare et une mitraillette de 46 kilos, dans le but de faire les fesses du prédator.

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Vous l'avez compris, toutes les guerres "injustes" se mènent avec des mercenaires. Le coût de ce dernier est en général proportionnel à sa compétence, à son équipement et au temps/risque que la mission le fera engager/supporter. Les guerres injustes, les guerres sales, les guerres peu rentables... Mais il existe plein d'intérêts à triompher du prédator avec sa propre armée dans cette situation; le mérite, la résilience, et dans certains cas une logique de coûts (si les prédators deviennent une menace constante).

A priori, les Freelances ont les mêmes raisons d'être que les mercenaires. Payer un graphiste pour faire le logo et la charte graphique de votre boîte, ou un développeur en externe pour régler un soucis ponctuel/apporter une plu-valu précise, ou encore financer un pôle de support avec des indépendants pour répondre à une forte demande... La flexibilité du statut permet de réaliser une économie.

Le fait est, que le mercenaire passe la majorité de son temps à nettoyer son flingue et à chiquer son mégot en attendant du boulot. L'homme d'armée, possède un lit à la caserne, un esprit de corps et une rémunération fixe. On peut donc se demander quelle situation est la plus profitable au final, l'indépendance du Freelance ne serait pas sa plus grande précarité ?

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Le Freelance, un homme de situation comme le Mercenaire

A l'image du PNJ qui vous attend devant un Boss dans un jeu fantastique pour vendre ses armes pour le prochain combat, ou d'un Bob Denard, la rentabilité est une question de marché pour le freelance. Certaines compétences se vendent mieux que d'autre, et dans différents endroits. Comme à l'armée, il y a des postes différents, hiérarchiquement et en terme de valeur, qui se retrouvent chez le mercenaire.

Il y a des endroits aussi, où il vaut mieux être pour louer son fusil, comme ses talents de graphistes. En ce sens, faisons comme si nous allions découvrir que les Freelances sont des mercenaires très différents.

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En soi, le mec qui pédale pour t'apporter ton Pokawa aux légumes parce que t'as la flemme d'expédier ton cul dehors, est un Freelance autant qu'un mec inscrit sur Mybizdev ou Comet et qui loue des services tout à fait différent. Déjà leur façon de bosser sont différentes, mais aussi leur coût horaire, leur façon d'être rémunéré, leur droit de regard sur les contrats, leur perspective d'évolution... Tout est si différent, que presque incomparable.

Néanmoins, leur flexibilité est permissive dans tous les cas. C'est ce qui caractérise la liberté du mercenaire, son éthique de l'absence de dépendance.

Dans les faits, un livreur à vélo est très dépendant des géants. Sans eux, il n'a aucune chance de vendre ses compétences de livreurs indépendants. Seul, il est faible. Mais le pouvait-il avant ? Pas vraiment. Que pouvait-il avant ? Pas grand chose.

On peut envisager les géants de la livraisons (Uber, Deliveroo, Stuart) comme de gigantesques apporteurs d'affaires. Il proposera un contrat à un inconnu en moins de 5 minutes, à toute heure du jour et de la nuit, et se placera donc comme un vendeur de contrat. La boîte centralise les contrats, son algorithme calcule le coût et dispatche les missions. A tout moment, le travailleur peut s'arrêter, passer à autre chose, ou reprendre une mission. Il possède cette liberté dans la précarité la plus absolue.

En sont-ils les esclaves ? Le fouet serait-il génial ?

Le seul mérite des géants de ce domaine, est d'avoir ouvert la voie en créant une activité. Elle n'existait pas et la proposition d'un service, scalable au possible et parfaitement rodé, a permis la création d'emploi. Il se trouve que pour être si rapide, si efficace et si disponible sur le marché, il fallait que la main d'oeuvre suive en terme de flexibilité. Engager des mercenaires est donc un excellent moyen de permettre la réussite d'une guerre éclaire.

Ces derniers font une tâche qui exige de la volonté, mais aucune compétence particulière ni aucun niveau d'étude. N'importe qui peut être le mercenaire d'Uber, pour le temps qu'il désire et lorsqu'il le souhaite. Pour certain, c'est une opportunité.

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En discutant de ce sujet avec le patron d'une Start Up dans laquelle je bossais, qui employait des livreurs en Freelance la nuit, j'ai compris bien des choses sur la mentalité de "ceux qui tiennent le fouet". Pour eux, cette opportunité n'est revenue sur aucune autre promesse de la société. Elle était décrite comme un "tremplin". Ce réservoir de contrat permet de sortir de la précarité, un temps seulement, ou de capitaliser sur la répétition de cette tâche. Car les mercenaires ont une façon bien à eux de consommer le modèle et d'user de leur flexibilité.

On peut voir des livreurs enchaîner les livraisons, comptabilisant un nombre record de courses. Leur volonté est littéralement inaltérable et leur chiffre d'affaire suit. Se sont-ils exploités avec l'approbation d'un employeur sans visage ? Sûrement. Qui leur a permis dans de telles modalités par le passé ? Personne. Est-ce un tremplin pour l'avenir ? Très probablement, si l'agent rationnel réinvestie ses bénéfices dans un projet semblable.

Dès lors on promet une valeur importante à son mercenaire, mais ab initio sa perspective de vie n'est pas durable en tant que tel. Il n'appartient pas non plus à celui qui payent le mercenaire de le reclasser, de lui promettre. Pour autant, cela est bien plus fréquent dans l'autre modèle. Celui du mercenaire qualifié !

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Le mercenaire qualifié est-il dépendant ?

Qu'ils soient programmeurs, business developper, dans la com, le graphisme, ou n'importe quel corps de métier qu'il est possible d'employer ponctuellement, ce mercenaire qualifié n'est pas à plaindre.

Il bénéficie également d'apporteurs d'affaires immenses. Des Starts Up, boîte d'intérim d'un nouveau genre, cherchent à centraliser les contrats et à proposer son réservoir de contractors. Suivant le même business model que ses voisins de la livraison, ces réservoirs prennent des commissions sur la rémunération du client vers le géant, qui paiera ensuite son mercenaire. Il y a donc une marque, une figure, un visage pour le client, et un suivie du géant quant à son mercenaire qui effectue la mission.

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Plus durable et personnelle, les missions plus qualifiée mettent généralement en contact de manière plus étroite le client et le freelance. Néanmoins, rien n'empêche au freelance dans le même ordre idée d’enchaîner les missions, de les superposer, afin de capitaliser. Y compris les missions de moins en moins qualifiée, pour évoluer vers l'autonomie, la possession de moyens de production, etc...

A l'inverse, il peut dans de nombreux cas envisager d'intégrer la structure qui le fait travailler. Le mercenaire est si bon qu'il devient soldat. Cette adhésion est intéressante, mais apparaît souvent comme un manque de conviction dans l'idée de rester un mercenaire et donc d'une incompatibilité temporaire avec ce statut.

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Le freelance apparaît alors comme une sorte salariée libre et enchaînée post-industriel, une sorte d'artisan technique qui permet une flexibilité intéressante pour lui et l'entreprise, à condition de jouer dessus. Un mercenaire doit enchaîner les coups pour entrer dans ses frais et trouver du sens. C'est un amateur du hold up permanent, qui doit maximiser son confort de travail en toute circonstance, et chercher une émancipation par l'adhésion ou la création d'une structure plus adapté à ses envies.

Mais l'opportunité n'existait pas, et désormais elle se développe. Fort de constater l'évidence, il serait intéressant de faire coïncider l'éducation et le monde des formations, avec les nouveaux besoins des entreprises et des citoyens, pour que chacun puisse comprendre quand est-ce que et pourquoi il préférable d'être un mercenaire, ou d'en engager certains. Le fouet commence à s'assumer génial, et il serait intéressant de faire toute la lumière sur cette question.

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