Alita : Cameron's Angel

alita-1.jpg

Il se produit ce mois-ci un évènement exceptionnel dans le monde du cinéma : la sortie d’un film auquel plus personne ne croyait, un projet lancé il y a déjà plus de 20 ans, par rien de moins que James Cameron. Alita : Battle Angel, l’adaptation d’un manga cultisme de Yukito Kishiro sorti dans au début des années 90 : Gunnm (prononcez « gan mu »).

Gunnm, c’est une série de science-fiction cyberpunk contant la quête d’identité de l’androïde Gally, au cerveau humain dans un corps de machine, et dont les premiers tomes la montreront cherchant sa place dans un monde post catastrophe naturelle, partagé entre Zalem, la cité céleste idyllique, et la Terre, lui servant de décharge. S’étalant en 9 tomes de plus de 200 pages chacun, sortis au Japon entre 1990 et 1995, ce sera l’un des premiers manga à très bien s’exporter à l’international, notamment en France et aux Etats-Unis sous le titre de Battle Angel Alita. L’auteur donnera une suite alternative à son oeuvre entre 2000 et 2014 avec Gunnm Last Order, ainsi qu’une autre série enrichissant encore l’histoire depuis 2014, Gunnm Mars Chronicle.

d4132f299d5d85f7ddfef59005e428736cd985de

En 1999, le manga est présenté à Cameron et à Jon Landau, le producteur du film, par Guillermo Del Toro. Immédiatement, Cameron décide d’en réaliser une adaptation. Au grand désarroi de Jean-Pierre Dionnet (cofondateur de Métal Hurlant et des Humanoïdes associés), qui souhaitait racheter les droits pour faire réaliser un film par Kirk Wong. Mais l’offre de Cameron est impossible à refuser pour les ayants-droit. Ce dernier attend 2003 avant d’annoncer qu’une adaptation est en préproduction. Le scénario est prêt en 2005, et Cameron se retrouve avec deux projets prioritaires dans sa besace : Gunnm et Avatar. Pour lui, la réalisation d’Avatar se fait en priorité parce que Gunnm n’était « qu’une bonne histoire », tandis que l’autre véhiculerait un message mondial sur l’attitude de l’homme face à la nature. Bon, ce sont ses propres mots, chacun est libre d’en penser ce qu’il veut.

781373f_EGw4_YopY5IzaksInimnpYzb.PNG

Toujours est-il que les innombrables suite d’Avatar vont l’occuper, et qu’il va se retrouver dans les rôles de producteur et de scénariste pour Alita. Il se mettra donc en quête d’un réalisateur capable de mettre en scène sa vision. Ce sera Robert Rodriguez, texan déjà à l’oeuvre sur une adaptation de BD avec Sin City en 2005 et ami proche de Cameron.

08-alita-battle-angel

La sortie de la première bande annonce a eu pour principal effet de polariser l’attention sur un détail en particulier : les yeux. En réalité, si les gigantesques yeux d’Alita sont vraiment gênants dans le trailer, et même durant les 5 premières minutes du film, le spectateur les oubliera très rapidement. Cela permet même un réel plus dans l’expressivité de l’héroïne. D’autant que la prestation de Rosa Salazar est très convaincante. De même que celles des autres acteurs principaux, Christoph Waltz et Mahershala Ali en tête. Au final, le blockbuster (200 millions de dollars de budget, quand même) est une vraie réussite. La réalisation façon série B de Rodriguez s’éclipse, bien conseillé par Cameron, et délivre un film très efficace, globalement assez fidèle au matériau de base, bien conscient de ce qu’il est, à savoir une oeuvre vieillissante bien que culte. Vieillissante par certains aspects qui sortent tout droit des années 90, et qui en 2019 font un peu tâches, comme les fameux hunter-warriors, le marteau fusée, le panzer kunst ou bien les berserkers.

917pKyTZDWL

Mais tout cela est bien vite oublié,la cité d’Iron City, même si un peu lisse, est sublime et fascinante, ainsi que ses habitants. Le récit va vite, ne souffre presque pas de temps mort, chaque scène servant un but précis. La réalisation s’envole parfois, notamment durant toutela séquence -bluffante- du motorball (du rollerball avec des androïdes), ou bien durant les nombreux affrontements qui jalonnent le long-métrage.

Le résultat final est un film réussi, absolument magnifique pour qui est sensible à l’esthétique, moins profond et moins violent que l’oeuvre dont il est issu, moins gore aussi, mais qui, bien que plus grand public, ne trahit en rien son hérédité. En lui-même, c’est du grand spectacle très efficace, parfois lourdaud (un baiser sous la pluie, vraiment…), mais sincère, et même, étonnamment, résolument moderne. Ouf.

Sade

Cinémarackhab