Catch 22 : L'esthétisme au service du message

Catch 22 est une mini série de 6 épisodes, adaptée d’un bouquin de Joseph Heller, publié en 1961. Elle est réalisée et produite, entre autres, par Georges Clooney. C’est d’ailleurs lui qui va venir poser les bases instantanément de la direction que prendra la série. En effet, il apparaît minute 1 du premier épisode, sous les traits d’un général d’armée complètement hystérique, obsédé pour une obscure raison par le fait que ses troupes défilent parfaitement « avec une amplitude des bras de 18 cm, et 10 cm entre poignets et cuisses ». Il passe un bon moment à humilier sa bleusaille, et c’est là qu’on rencontre le protagoniste principal, qui se fait punir par la faute d’un de ses camarades, de manière parfaitement injuste. 

Ressemblant à un jeune Marlon Brando, on apprend donc que le personnage principal, Yossarian, couche avec la femme de Georges Clooney, et fantasme sur son retour rapide de la guerre, la Seconde Guerre Mondiale en l’occurrence. La volupté et la détente va très vite contraster avec la chaleur et la poussière de la base. Ainsi on le retrouve au sein de son camp militaire, une base aérienne au beau milieu de l’Italie. 

Si on s’attend à retrouver une série de guerre classique, type Soldat Ryan, il en est tout autrement, et c’est en fait annoncé directement avec le titre : « Catch 22 ». En effet, Yossarian, bombardier, va tout faire pour ne plus être pris pour cible et quitter le champ de bataille.
Le « Catch 22 » est une règle militaire, qui dispose que les soldats considérés comme fous peuvent demander d’être démis de leurs fonctions. Seulement voilà, un pilote qui demande à être démis, est considéré comme sain étant donné le danger de leurs missions, et ne peut donc pas se soustraire à son devoir. 
Les soldats sont donc pris au piège dans cet univers absurde, où les seuls qui ne sont pas fous sont effectivement ceux qui souhaitent se battre, contre « l’ennemi ». Mus par une espèce de galvanisation, les chefs sont persuadés de représenter la grandeur des USA, et d’éliminer un adversaire qui n’a pas de visage. Chaque protagoniste doit donc faire face à cette réalité, par les moyens qu’il peut. 

Et les personnages sont au coeur de la série. Ils sont tous caractérisés différemment, avec des ambitions et des volontés distinctes. Ce sont des enfants, pris au piège par des enjeux supérieurs qui les dépassent tous. Leur naïveté ou leur détermination contraste avec la volonté du personnage principal de se casser coute que coute, il paraît être le seul raisonnable. Enfin, lui, et l’officier de mess qui va sortir un biff monstrueux de cette anarchie. Les supérieurs hiérarchiques sont par ailleurs représentés comme des fanatiques absolus, qui semblent parfaitement déconnectés de la réalité, et qui renforcent cette situation d’emprisonnement.

La série prend donc place dans ce chaos ambiant. La moindre situation dégénère immédiatement, chaque infime action prend des conséquences hors du commun. Sans poiler plus que de raison, le déplacement d’une ligne fictive sur une carte met à mal toutes les forces armées. Mais la vraie force de ce divertissent, est d’alterner entre un esthétisme incroyable, avec des plans bucoliques de ville et de campagne italienne, des dialogues brillamment écrits au sein de la base, où tout est prétexte à une absurdité sans nom, et la violence crue de la guerre et des batailles. 

La réalité de la vie hors de la guerre dans les villages d’Italie paraît un paradis, où personne ne semble être gêné par la présence d’officiers américains, ou allemands. Pas de bruit intempestif, pas de général gueulard, simplement la vie. Les moments de détente dans la Méditerranée sont savourés, remarquablement mis en scène. Le retour à la base est donc présenté comme particulièrement brutal, où « le devoir » prend la place sur la raison la plus élémentaire. Les dialogues entre les protagonistes sont plutôt crispy, rencontre entre des états d’esprits parfaitement différents. Mais la réalité de la guerre est bien présente. La violence est omniprésente, qu’elle soit psychologique ou physique. Quasiment chaque moment de grâce est suivi d’un retour à la réalité très abrupt, qui nous ramène au sein de la zone de guerre.

Matez donc ce divertissement de qualité, mais vous risquez vous aussi d’être pris au piège.
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Si tu cherches un autre divertissement de type guerrier, va vite donc voir ce qu’on a écrit sur le film Jarhead juste ici.