Family Buisnaze: l'affaire de famille qui sent le naufrage Netflix (plus que la zeub)

Que se passerait-il si on mettait dans un mixeur un coffret DVD de La vérité si je mens et deux saisons de Disjointed en VOD sur Netflix ?

On aurait une affaire "en or", un affaire de famille, une affaire quoi ; la boucherie Hazan. Inventé par Igor Gotesman (le responsable de Five, avec Pierre Niney, un film français pour millenial, assez nouveau dans son genre), Family Buisness est le nouveau coq de Netflix.

Cocorico donc. Après le plan coeur, le business plan.

Mur végétal

Mur végétal



Et quelle idée marginale de parler de Weed, dans un cocon parisien avec des ressorts comiques déjà vu 15657 fois dans une écriture française un peu mollassone ?

On surfe en toute quiétude sur la vague de légalisation qui a saisit Paris l'été dernier, avec un an de retard. L'histoire du CBD, des doses infimes de THC dans des suçettes, des capotes et des muffins, avait déplacé toute une classe besogneuse de la population dans les rues du 11ème arrondissement. Tout le monde voulait son petit sac brandé par "les premiers coffees" de Paname. L'ère du cool suprême a duré le temps d'une queue de 4 ou 5 heures vers Oberkampf, et puis on est revenu au réel.

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Les vrais sont retournés à Gallieni, et les faux ont sucé tendrement leur Chuppa Chupps à 13 euros contenant 0,06% d''une susbtance active. Pourcentage infime qui a d'ailleurs couté leur magasin à tous les "Entrepreneurs Green" à la Jonathan Cohen qui avait "flairé le filon". Braves gens.

Revenons à nos moutons du jour.

On cherchait donc à mesurer l'engouement, à commencer à comprendre si les billets verts (ceux qui sentent la weed) allait plevoir comme en Californie où Schwarzy inaugure le règne du Chanvre. Faire une série sur la question est donc sur le principe une bonne idée. On a en mémoire l'excellente série Weeds, qui a bercé notre adolescence. Seulement en salle de travail faut commencer à lire entre les lignes et à concevoir que sur Netflix les trucs qui parlent de la weed sont en explosion constante. Vice doit avoir 3 avoir formats français sur la question, en passant par le fumage de joint en faisant un carpacio d'ananas ou le fumage de joint dans un ananas. Ca ne s'arrête jamais, on a des couches et des couches de ces conneries, c'était pas nécessaire d'en rajouter une. Mais ils l'ont fait.

Bref, le pitch est simple. La petite boucherie en plein Marais du Père Hazan est en faillite. Avec sa famille composé de son fils, entrepreneur incompris, de sa fille, lesbienne clichée dans le trafic de baskets, de sa mère, la mamie juive bienveillante et déterminée, ainsi que d'un orphelin qui "ne fera jamais partie de la famille" tout en prenant assez souvent le risque de faire 25 ans de trou pour "sa famille".

Ensemble, avec le secours inattendu d'Enrico Macias, ils se lanceront progressivement dans un projet "Beucherie Hazan", en venant ainsi à reconvertir les étales de merguez en douceur d'Amsterdam. Moultes péripéties donc, aussi "inattendues" les unes que les autres. Ce diaporama familial présente beaucoup de clichés, de notes d'intention assez faiblardes et de moments de vies comiques pas si comiques. On multiplie les petits moments de gêne, dans un but assez confus au final.

A ce titre, le pilote est terrible. Le cadre narratif est posé par la quête de Jonathan; faire fortune, trouver "le truc", voir "le bout du tunnel". D'idée de merde en idée de merde, il finit par en trouver une qui va motiver toute sa famille. Le fait est que tout repose sur une présentation des protagonistes par leur secret.

On découvrira ainsi la nature profonde de chaque personnage immédiatement, les enjeux, les tenants et les aboutissants, dans leur intégralité. Le sujet, c'est le business de famille. C'est comment on parvient à la situation initiale, qui est ce que Netflix nous a vendu. Pour ce faire on mutile le pilote, on multiplie les moments de gêne et les catastrophes évidentes. On réunit tous les éléments pour préparer la situation suivante. C'est ainsi qu'est orchestré Family Business, la seule surprise qui intervient dans la narration est toujours détachée de la narration. Family Business est une sorte de TGV, reliant un point A à un point B. On part, on arrive, on a payé pour ça. Ceci étant, les dysfonctionnements techniques du TGV normalement inattendus et surprenants, qui pourraient constituer "l'histoire à raconter à vos amis", elle aussi est prévue. De là, on sait plus trop quoi demander au rythme de cette série.

De ces personnages outils, on ne comprend pas grand chose. Chaque ressort qui vient faire avancer l'histoire survient à la fin d'un épisode, et est en soi une invention totale. On trouvera donc une très mauvaise gestion de l'équilibre, qui devient un classique de beaucoup de série Netflix de ce type.

Tout nous dire de chaque personnage pour le présenter, pour qu'on en vienne à s'inquiéter des ressorts scénaristiques évident qui suivront, nuit grandement à cette série.

De là, tout repose sur la surprise, sur ces fameux évènements qui font avancer le schmilblik. Vers un but que nous connaissons tous; la deuxième saison... euh non. La "Beucherie Hazan".

Avec de bons acteurs, et des dialogues ponctuellement exceptionnels, on fait naître des situations qui dans leur absurdité trouvent un sens. On trouve un soin, parfois malhabile, à exagérer les clichés, à les grossir sous la loupe d'une telle force, qu'on se demande vraiment pourquoi on en parle. C'est cette inspiration La vérité si je mens, où le caractère de présentation des personnages est en fait une initiation. Sorte de vaudeville éducatif et ponctuellement comique, qui nous immerge avec le personnage principal dans un secret (il n'est pas juif) au milieu d'un environnement qu'il affectionne (où tout le monde est juif).

On pourra écrire un article sur ces films, notamment le premier, qui à mon sens relève d'une vieille tradition française du comique. On explore au travers d'un personnage porteur d'un mensonge à l'origine, un univers qui le fascine, qu'il désire ardemment, et dont on se demande s'il fera partie ou non. Pourquoi ? Parce que l'enjeu est réel. A chaque fois que le personnage principal ment, c'est pour renforcer sa place dans un cercle qui ne l'accepterait jamais sans mensonge. Alors on en rit, avec aux bords des lèvres une seule question: va t-on en rire à la fin ? Vont-ils rire de cette histoire ensemble ? Car cela n'est pas dit.

A la différence de Family Business, qui veut reposer sur ce mécanisme en le sagouinant jusqu'à l'os. Jonathan Cohen doit dire une fois par épisode "Nan mais t'inquiète, on en rira tous à la fin.", et devinez quoi ? Ils en rient tous à la fin.

Dans Family Business, on se sert souvent de clichés connus pour les mettre en situation. Ainsi le secret révélé minute 1 de la soeur lesbienne, prend un sens moral et religieux à la fin. C'est la famille et l'amour qui les lient, qui leur permettra de surmonter ce différent. Il en ira de même pour la controverse du héros, épris d'une jeune fille musulmane, soeur de son meilleur ami, et d'un taulard dangereux. La gestion du secret et de l'interdit, est donc vraiment mal foutu pour un truc monté comme ça. Il en ira de même pour le porc fourré à la weed à l'arrière d'un camion Kasher; très drôle ?

D'amour caché en amour caché, d'interdit pas interdit en interdit autorisé, on attend donc bel et bien toutes les réactions par projection.

On pose un cadre, puis un élément dedans qu'on nous présente comme destiné à toucher les bords, et on le regarde frotter sans surprise pendant 6 épisodes.

Ceci étant, tous les acteurs sont bons, sinon excellents. Il en va ainsi des frasques de Jonathan Cohen, dont le texte est tantôt terrible tantôt génial, ou du personnage de Clémentine. Il y a évidemment la famille, Gérard Darmon et sa mère, qui forment un couple très sympathique. En ce sens, les ressorts mal exploités, auraient pu donner un resultat plus agréable.

Le bilan très mitigé va bien sûr ouvrir comme je le disais, à une seconde saison. Il serait bien de lui donner plus de corps, de cohérence, et maintenant que tous les enjeux sont résolus, d'en poser de nouveaux d'une façon plus diffuse et légère.

Ils ont également, totalement obéré le côté culture, qui n'est finalement jamais présent malgré la fascination que les foules vouent désormais à la question. Voir une mamie, comme Paulette, nous expliquer ces choses là, eût été bien plus brillant qu'un fondu de 30 secondes sur le centre de votre Family Business. On achète des boutures sans savoir ce qu'on fout, ni pourquoi. C'est sympa.

Pourquoi au final, maintenir cette absence d'aisance avec les questions soulevées. Que pense la religion juive du Canabis ? Je n'en avais aucune idée avant Family Business, et je n'en ai toujours aucune idée. D'un point de vu plus général, pourquoi mettre en scène la culture, et la revente du cannabis (qui plus est par des néophytes) pour ne pas en montrer une seconde des ficelles ?

Enfin, je vais peut être décevoir certains d'entre vous, mais ce n'est absolumment pas une série de stoner. Et là, on entre dans la plus grosse critique. Quel est le putain d'intérêt d'injecter du mauvais drame français dans une intrigue qui sent la Marie-Jeanne de plein fois, pour ne pas séduire les stoners ? Là où Disjointed était sous plein d'aspects très orienté vers le public des stoners, avec un humour plus noir, parfois simple, et des références évidentes à "leurs cultures".

En soi l'écriture de série française est catastrophique si on se tourne vers l'internationnal. Personne ne peut comprendre Family Business en dehors de France, voir de la francophonie (et encore).

La viralité de la Casa de Papel, ou même la tenue de 3% (la série brésilienne) voire la force de Dark (série allemande) vient bien mettre des grosses mandales dans notre production moyenne. La question, c'est quel est l'intérêt de produire des mauvaises séries pour nous ? Cette faiblesse ne sera peut être jamais corrigée, même Canal + n'y arrive pas, et Netflix reprend le flambeau en produisant des série française sans trop de sens, ni de goûts.

Ce n'est pas qu'un manque d'ambition, c'est une faute de goût. Une boutique en plein marais, un trip familial à Amsterdam, une culture de weed par une mamie juive, et vous êtes incapable de faire de ces 3 éléments une bombe internationnale comique sans tout travestir par du calembour franchouillard et du sous séquençage terrifiant ?

On a littéralement remplacé des skits sur Youtube et des choses de ce genre (présents dans Disjointed) par Valérie Damidot et Enrico Macias; QUI VA COMPRENDRE CA ? ETAIT-CE VRAIMENT DROLE ?

NON. Alors pourquoi on se tire des balles dans le genou dès qu'il s'agit de parler un peu anglais ? Sur Netflix en plus, un catalogue internationnal ? Scénariste de la France entière unissez-vous. Arrêtez les privates jokes de beaufs à la sauce Millenial.

En ce sens, binger 6h de cette série pourra vous conduire à un état de satisfaction assez léger. Si les acteurs vous plaisent, vous les supporterez. Mais le family Business n'ira pas bien loin.

TélévisionCharal