Le Dupieux 100% Daim

Affiche film daim Dupieux

Dans la longue lignée des pitchs grandiloquent, on imagine bien celui là; "Georges, 44 ans, et son blouson, 100% daim, ont un projet."

Simple, net et précis. Légèrement moins absurde que d'habitude, on trouve dans ce film une narration d'un point A à un point B, dont on comprend à peu près les ressorts et les enjeux. Cette idée renouvellée d'un cinéma de Dupieux plus souple, là où Au Poste concentrait déjà l'action, puis faisait évoluer un récit au travers d'une audition de police. Nous étions donc bien Au Poste, dans un but assez précis: reconstituer des élements.

Le Daim est une quête, et effectivement l'évolution d'un projet. On suit également la construction d'un personnage, franchissant ainsi plusieurs barrières du réel. De cette ironie dramatique funeste, jouant avec autant de codes visuels que narratifs, il en résulte un excellent petit film.

Dujardin Dupieux

Pourquoi petit ? C'est un joli compliment. Ce film est beau, et son cadre est simple. Ce sont les interactions, les absurdités répétées, et les faux semblants, qui eux sont le haut lieu d'un travail acharné. La bêtise est simple, le désir aussi. Finalement, tout est simple. Assez condensé, on a cette impression d'épuration, une volonté claire à exprimer. Elle sera peut être la seule, et Dupieux retournera dans un flou, mais nous avons là un petit témoignage d'embruns réels, de fantasme réalisé, que nous vivons dans d'étranges conditions.

Ce cadre de montagne hors saison incarne tout à fait l'ambiance, l'arène d'une quête sans queue ni tête, que Georges va inspirer. Il arrive là par hasard, et depuis lors presque tout arrive par hasard. La déraison prend un sens de plus en plus philosophique, à mesure que le projet grandit. Et dans tout ça, on capte bien dans ces vallons, tapis et silencieux. On capte excellement bien le projet.

Quentin Dupieux

Il est difficile de parler du film tant le peu d'élément qui le font avancer sont cruciaux. C'est bien leur mise en scène, leur durée, l'habitude qu'on prend à côtoyer le personnage et son atmosphère, qui vont retenir notre souffle lorsqu'il va graduellement monter en gamme. Il finira par attendre le rang de bizarrerie du personnage principal de Réalité, mais en circuit fermé. Après une heure avec lui, ses lubies, son panache et sa vibe indien d'amérique, on est conquis par son évolution.

Convaincu qu'il a traversé ce monde en laissant une empreinte, George laisse pantois. George, 44 ans, n'est pas un daim comme les autres. Et il n'a pas un blouson comme les autres. Que représente ce blouson d'ailleurs ? Je vous laisse vous faire une idée.

La petite équipe autour du film laisse à penser que le cinéma français a de beaux jours devant lui. Déjà surpris par Noé et sa frénésie cinématographique de peu de moyens, pour faire naître une expérience. Je crois qu'il faut une fois encore s'incliner, et trouver là une âme tout à fait différente, mais assez modeste. Court, impactant, réalisé ci et là, avec une vision tout du long, on peut féliciter la prouesse.

Ainsi la place des effets spéciaux dans ce film, comme du décorum, prends un ton spécial. Il suffit d'un rien, d'un imaginaire et de faire plier les moyens. Très curieux de passer du côté de l'équipe pour tout en comprendre, il devient d'intérêt public de nous montrer ce secret.

De la même façon, Adèle Hanael comme l'ensemble des acteurs, incarne des présences fantasques, toujours dans le ton malgré le layering d'enthousiasme déplacé et lunaire. Tout le monde est chelou, et c'est savoureux.

Dujardin Dupieux daim

Cette idée est présente dans le film, on joue habilement avec l'idée de faux documentaire, et de la "cassette" d'un film qui n'existe pas. La filmographie latente de Dupieux, est au moins aussi fascinante que celle réalisée.

Toujours en salle ou sur K7 piraté, je vous invite à tenter cette expérience.